Du pain et des roses

 1912

1995

 

https://www.revolutionpermanente.fr/Acte-17-un-tour-de-chauffe-pour-se-preparer-a-la-mobilisation-samedi-prochain-fin-du-grand-blabla

 

Cap sur l'acte 18 !

Acte 17 : un tour de chauffe pour se préparer à la mobilisation samedi prochain, fin du « grand blabla »

Malgré les vacances scolaires, ils étaient encore nombreux pour ce 17ème samedi de manifestation. Si les grands médias tournent en boucle sur les chiffres de participation dite « la plus faible depuis le début du mouvement », c’est pour mieux occulter la journée qui s’annonce clé, une journée dans toutes les têtes, celle du 16 mars au lendemain de la fin du Grand-Débat pour l’acte 18. Une journée qui marquera aussi les 4 mois du mouvement.

Imrane Mylhane

samedi 9 mars

Si la rhétorique de l’essoufflement du mouvement est sans cesse rabâchée, depuis 4 mois depuis le début du mouvement, les grands médias tiennent enfin leur scoop ! Ils seraient donc… 29000 manifestants selon la police mais 90000 manifestants selon la plateforme « Le Nombre Jaune » qui comptabilise depuis plusieurs semaines maintenant la mobilisation.

 

Pourtant, qui aurait dit qu’après quasiment 4 mois de manifestation hebdomadaire, il y aurait tout simplement encore des manifestations ? Là encore les grands médias jouent la prophétie auto réalisatrice de l’essoufflement qu’il tente de faire ingurgiter semaine après semaine le tout sans dire mot des vacances scolaires ou même du fait que nombre de Gilets jaunes ont préféré se reposer en vue de la mobilisation pour l’acte 18 en vue de la fin du grand débat. Et certains éditorialistes ne s’y trompent pas. Nelly Daynac journaliste de l’Edition du Soir sur CNEWS, introduit même le débat en disant : « 29000 manifestants aujourd’hui, mais essayons de discuter sans regarder uniquement les chiffres, mais le fond ».

En effet, le problème n’est pas tant le chiffre que l’empreinte profonde que laisse le mouvement des gilets jaunes 4 mois après le 1er Acte, qui a mis en crise Macron-Jupiter, qui restait terré et n’osait même plus sortir de chez lui.

Toujours déterminées et en colères, les femmes en luttes aux avant-postes

Ils étaient donc nombreux sur Paris et en Province, malgré les vacances et la pluie, à être dans les rues de France, rejoints pour la première fois sur Paris par une tête de cortège féministe, haute en couleur et en slogan, composée d’organisation syndicale de la CGT, Solidaire et FSU, mais également des assistantes maternelles, les groupes comme celui des Femmes Gilets Jaunes ou encore le premier cortège en France « Du Pain et Des Roses » composé de cheminotes, de travailleuses précaires et d’étudiantes.

Il était important au lendemain de la journée internationale du 8 Mars, de continuer à faire vivre la lutte contre les violences sexistes et économiques faites aux femmes, en le liant à la lutte des gilets jaunes. C’est ce que nous dit Laura, cheminote et militante dans le cortège féministe Du Pain et Des Roses, « C’est important de montrer que les premières personnes touchées par le cout de la vie, la baisse du pouvoir d’achat, ou encore les bas salaires, sont les femmes, c’est pour cela qu’elles sont nombreuses depuis le début du mouvement des gilets jaunes, il faut savoir par exemple que 82% des travailleurs pauvres sont des femmes ». Ces femmes ont voulu montrer clairement que le capitalisme et le patriarcat doivent être combattus, non pas de manière isolée, mais au sein même des luttes sociales.

 

Une initiative saluée par de nombreux gilets jaunes, qui revendiquent la nécessité de prendre en compte toutes les formes d’oppressions.

Le 16 novembre inquiète le gouvernement !

Les représentants LREM sur les plateaux télé, ne veulent pas refaire la même erreur qu’au moment de la période de vacances de fin d’année, en se gargarisant de la baisse de mobilisation lors des Actes 6 et 7. Ils auront retenu la leçon de cette baisse de leur garde. On se rappelle notamment de l’acte 8 où les forces de polices étaient en sous-nombre prévoyant une baisse de la mobilisation. Dès lors, des Gilets jaunes en avaient profité, avec notamment le fameux chariot élévateur enfoncé dans la porte du ministère de Benjamin Griveaux. Le Gouvernement aura appris à ses dépens qu’il ne fallait plus sous-estimer, la capacité des Gilets jaunes à revenir plus fort après une période de vacance.

Cap sur l’acte 18 !

Pour l’heure il n’y a pas de sursaut notable dans le mouvement des gilets jaunes, avec des mobilisations dans le calme, bien loin des scènes quasi-insurrectionnelles de décembre autour de l’Arc de Triomphe. Les gilets jaunes annoncent cependant déjà une convergence avec de nombreux syndicalistes qui appellent à rejoindre les cortèges de gilet jaune pour l’Acte 18, ainsi qu’une importante mobilisation pour le climat ce jour-là. Les spécialistes, ont pu également remarquer la présence de plus en plus de drapeau algérien, rappelant le lien avec ce qu’il se passe dans le pays contre le gouvernement Bouteflika. À Bordeaux des centaines de Gilets Jaunes, lancent « Police partout, justice nulle part », après que dans sa prise de parole à la suite d’un concert sauvage de HK et les Saltimbanks, un Gilet jaune explique « Nous devons avoir une pensée pour ces 2 jeunes, morts des mains de la police, quand on voit comment ils répriment les gilets jaunes, on comprend ce qu’il se passe dans les quartiers populaires maintenant ».

 

C’est dans la lutte que l’expérience des masses se fait, et le moins que l’on puisse dire, c’est la manière avec laquelle ce mouvement a su évoluer et commencer à se chercher des alliés qu’il s’agisse des militants syndicaux à la base, très nombreux toujours dans les cortèges, mais aussi en soutenant des ouvriers contre les fermetures d’usines, en se montrant solidaires des jeunes des quartiers, Adam et Fatih tués par la BAC, comme en a témoigné le soutien d’Eric Drouet, ou dans la condamnation des actes antisémites. Les Gilets jaunes évoluent et ont compris depuis plusieurs semaines maintenant, qu’il était nécessaire d’élargir leur mouvement pour le renforcer face au gouvernement.

Fin du Grand Débat, Algérie, Assurance Chômage, Gilet Jaune, l’exécutif dans le doute !

On pourrait penser que le gouvernement serait satisfait d’avoir réussi à restaurer l’ordre ou encore en réussissant relativement à reconquérir une partie de sa base sociale étroite, mais toutes bonnes choses à une fin et le gouvernement en a conscience. L’éditorialiste Anne Saurat nous explique que « le gouvernement essaye de voir comment il peut rallonger la fin du grand débat le plus longtemps possible pour éviter de donner les conclusions dans cette période ». On annonce déjà qu’aucune prise de parole du Président ne se fera avant la mi-Avril. Voila donc la stratégie du gouvernement, jouer le pourrissement le plus longtemps possible pour éviter que les sondages en faveur de Macron ne s’inversent.

Cependant face à la politique politicienne, la crise sociale bien réelle et ne passera pas avec la montre. C’est en tout cas le marqueur important de ce mouvement des Gilets jaunes. « On ne se débarrassera pas de nous comme ça, on ne lâchera rien, tant qu’on ne sera pas entendu dans nos revendications, le Grand débat c’est du Grand Blabla, nous on veut des vrais solutions » voila les mots d’un gilet jaune, qui symbolise la situation dans laquelle ce trouve le gouvernement. Stephane Sirot spécialiste des mouvements sociaux, explique au micro de BFM TV « je ne vois pas comment le gouvernement pourrait reprendre la main cette fois ci… Macron ne démissionnera pas, il ne mettra pas en place le RIC, ni le rétablissement de l’ISF, rien non plus pour les bas salaires, on voit difficilement comment le mouvement pourrait s’arrêter. »

Le Gouvernement a conscience qu’il est pris en étau aujourd’hui, avec d’un côté la nécessité de maintenir son bloc bourgeois renforcé derrière la liste LREM aux européennes et de l’autre la conscience que sans de grandes annonces, le mouvement des gilets jaunes ne s’arrêtera pas. De plus le cauchemar de Macron avec la situation algérienne se confirme avec encore une dernière journée de mobilisation historique. Le gouvernement sait que le printemps est une vraie poudrière pour la lutte, surtout s’il continue à balader les Gilets jaunes, dans des réponses inadaptées à la crise. La hausse des prix du gaz et de l’électricité à partir du 31 Mars prochain déjà retardé de 3 mois pour ne pas chauffer les esprits en janvier, ne vont rien arranger, surtout que le prix de l’essence est entrain de repartir à la hausse avec la crise d’un grand producteur de pétrole comme le Venezuela.

Si Macron a su jouer de manœuvre pour pouvoir apparaitre plus fort, dans la dernière séquence, il a conscience que pour l’heure il doit son regain dans les sondages en grande partie à l’agonie de l’opposition. Les français ne s’y trompent pas avec 43% des Français qui admettent que Macron n’a aucune opposition organique face à lui.

La conjoncture peut être explosive. Si seulement le mouvement ouvrier à la base se mettait à la hauteur de la détermination des Gilets jaunes, ce serait une étape importante pour aider à briser le plafond de verre au-dessus de la tête des Gilets jaunes depuis la mi-janvier maintenant, empêchant de donner un sursaut offensif au mouvement. Le soutien ne doit plus être uniquement verbale mais, c’est sur le terrain de la lutte, dans les blocages, dans la grève, que se soutien doit dorénavant se matérialiser.

Macron est en réalité très faible, même s’il parade des heures dans des débats, en maraude ou au salon de l’agriculture, il surjoue car il sait que le vent va tourner tôt ou tard et même une victoire quasi assurée aux européennes ne changera rien pour la suite de son quinquennat, si la crise perdure.