Sous-Capitaine Jojo AdOC

16 décembre 2022

Décembre Bleu

 

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Lettre 1 à la revue Silence

Rassembler pour mieux aimer et lutter face à Diviser pour mieux régner et tuer

 

Bonjour,

Le samedi du rassemblement CRHA des Glières ce mois de Mai 2022, deux personnes ont remarqué les exemplaires « Atomes crochus » que j’avais sous le bras, que m’avaient fourni des amis d’ADN rencontrés l’après-midi. En leur donnant, on a discuté un peu et Herbert s’est présenté journaliste de la revue Silence. Dans la conversation j’ai parlé des vigies devant l’OMS, manifestation qui a durée 10ans devant cette tour de glace d’un « bleu-verre » tous les jours ouvrés de 8h à 18H. (www.independentwho.org). Comme le lendemain dimanche sur le plateau, il revint vers moi pour me demander d’autres précisions sur cette manifestation ; c’est surtout notre motivation qui l’interpellait. J’ai le temps maintenant et commence à écrire sur le sujet. Il fallait bien sûr pour ce faire une motivation certaine et un mélange détonnant de « caractères » de tous pays et milieux sociaux confondus avec leur propre histoire. Ces personnes ont réussi à mettre en commun leurs expériences et leur volonté pour le bien du même nom. J’ai pu avoir la chance de rencontrer au moins une centaine de personnes sur les plus de 450 qui sont restées devant l’OMS. Il y aurait beaucoup à dire sur la motivation de chaque personne qui ont participé. Certaines ont livrés spontanément des bribes de leur vie. D’autres ne se livraient pas mais cela me paraissait clair qu’elles avaient « une raison », un parcours qui les avait fait venir là et, sans doute pour moi, il y avaient un rapport avec une histoire de « résistance d’hier et d’aujourd’hui » comme cet événement du CRHA depuis 2008.

Cette vigie est issue de la rencontre entre russe(s) et breton(s).

Les initiateurs bretons d’abord,  avaient déjà de la bouteille dans les luttes de chez eux ; ce sont des membres actifs de NDDL depuis le début et certains avaient fait les luttes et révoltes paysannes avec Bernard Lambert, puis au Larzac. Et sûrement d’autres luttes mais surtout, et c’est peut-être ce qui explique leur motivation ; ce sont les membres actifs qui ont participé aux deux luttes victorieuses contre les projets de centrales dans l’estuaire de Nantes : Le Pellerin et Le Carnet. D’autres vigies étaient aussi à Plogoff , Erdeven. C’est fort de leur expérience et toujours révoltés de l’injustice concernant la non reconnaissance des conséquences du nucléaire sur la santé qu’ils ont agit en nombre.

Herbert me demandant aussi avec quelle « tactique » se sont déroulées ces luttes sur le terrain de Le Pellerin et Le Carnet, j’ai répondu « le harcèlement » car je me souvenais que Paul et son groupe par exemple couvraient régulièrement les escaliers d’entrées des Mairies concernées avec des aliments marqués par le logo trèfle nucléaire. Et les élus devenaient « fous »…

D’autre part, Annick B. m’avait dit que lorsque qu’agriculteur impacté recevait le référent Edf chargé de négocier son terrain. Un grand groupe de manifestants avec banderoles, cornes de brume et instruments de musique se cachaient à l’étage ; et lorsque la discussion de l’agriculteur s’engageait avec la personne d’EDF au Rdc, le groupe descendait en fanfare faisant fuir le pauvre démarcheur...

Voilà donc deux anecdotes. Pour « les bretons ».

 Cette vigie est issue de la rencontre lors d’une conférence de Wladimir Tchertkoff organisée par les bretons chez eux. Un des organisateurs de la conférence ; Paul et sa dame Thérèse (ils disent souvent « dame » à chaque phrase…). Ils ont discuté ensuite ensemble sur le pourquoi de l’étouffement des conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl et de toutes les autres contaminations radioactives au plus haut niveau des instances onusiennes et surtout celle qui en a la charge et le devoir (sur le papier). L’OMS basée à Genève « garant de la santé mondiale ...) serait sous influence de la plus haute autorité « garante » elle des intérêts de l’industrie du nucléaire civil et militaire et donc des États nucléaires ; l’AIEA basée à Vienne en Autriche. Wladimir (voir son livre « Le Crime de Tchernobyl ») avec l’équipe de journalistes italo-suisses mené par Emanuella Andreoli ont produit plusieurs documentaires sur le sujet qui fâche les nucléocrates et l’OMS. Wladimir est né en Serbie d’une famille d’origine russe, il nous a dit que son nom signifierait peut-être « celui qui tient le diable par la queue ». En vigie j’avais discuté avec son frère Nicolaï prof de français à New-York. Comme j’avais lu récemment des petits livres de Tolstoï non recommandables pour les Etats ; « Aux travailleurs, Où est l’issue ?, l’esclavage moderne et « le grand crime », je demandais à Nicolaï si il avait un lien de parenté avec « l’ami de Tolstoï », il me répondit qu’ils sont les descendants d’un frère de l’ami de Tolstoï, et il insista sur le fait que l’ami de Tolstoï était « plus Tolstoïen que Tolstoï »… Il y a aussi des traductions mentionnées par Alain Refalo https://alainrefalo.blog/2022/04/06/eloge-de-lobjection-de-conscience-a-la-guerre-et-a-sa-preparation-hommage-a-leon-tolstoi/, engagé lui aussi dans l’action non violente et qui est aussi intervenu aux Glières en 2009 http://www.citoyens-resistants.fr/index.php

Voilà le lien à faire entre l’auteur du « Crime de Tchernobyl » et l’auteur de « Le très grand crime »http://crasputas.canalblog.com/archives/2013/01/12/26128078.html

Comme le disait Lama Mo vigie devant l’OMS ; « Il n’y a pas de hasard »

Voir aussi l’article « Les sentinelles » sur https://www.agoravox.fr/auteur/elian-guesard

 Il y a bien sûr d’autres personnes, d’autres groupes qui se connaissaient (Comité Bandajevski, enfants de Tchernobyl et enfants de Tchernobyl Belarus, ceux de Taverny et l’action non violente, Pr Fernex d’IPPNW et son équivalent en France mené par Abraham Béhar, la Criirad etc ; et tous les réseaux anti nucléaire internationaux et surtout les locaux Contratom Genève et SDN.)

Des scientifiques anglais Pr Busby, Russes Yablokov, et Belarusse Pr Gocharova, Pr Nesterenko etc.

et dès le 11 Mars 2011, une autre culture venait à nous...

Le mieux serait de demander précisément au premier intéressé. Le paysan breton Paul qui s’est inspiré des femmes de la place de Mai en Amérique latine qui défilaient régulièrement avec des pancartes, et il a envisagé avec Wladimir et d’autres volontaires de manifester devant le siège de l’OMS avec des pancartes interpellant l’énormité du mensonge et surtout du crime nucléaire.

Pour faire court et imagé ; cette manifestation est le produit de la rencontre entre l’ours et la blanche hermine, quelque soit leur grosseur, les deux mammifères ont la réputation de ne pas lâcher le morceau ; même à moitié assommés, la mâchoire serre encore...

 Il y a de quoi écrire un "Décembre bleu" en complément de "Octobre rose" bien critiqué ici: https://www.terrestres.org/2022/10/19/octobre-rose-ou-la-non-politique-du-sein/

La téléthonisation, c'est à dire la dépolitisation de toutes les pathologies dues à la pollution industrielle dont le nucléaire et la chimie de synthèse tiennent une place majeure doit être dénoncée et combattue.

Meilleures Salutations

https://m.youtube.com/watch?v=PxS2SMV8Iy4&feature=youtu.be

 solennelles sentinelles

birdynuclobby

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VigieOMSa

Le 17 décembre un message reçu d'un autre couple de l'ADN :

Les raisons essentielles pour appeler à l'arrêt du nucléaire,
Annie et Pierre Péguin, décembre 2022

- le fonctionnement des centrales génère en permanence de nouveaux radioélèments très dangereux pour la santé.
Ces nouveaux atomes radioactifs sont métabolisés par les organismes vivants, se concentrent le long de la chaine alimentaire et nous contaminent par ingestion, pouvant s'attaquer au métabolisme de nos cellules et à leur ADN. Les conséquences n'en sont pas immédiates ; mais n'y aurait-il pas un lien avec la prolifération des cancers, leucémies, maladies diverses qui ne seraient pas seulement dues aux pollutions et produits chimiques ? Même si les liens directs sont bien difficiles à établir - sauf pour le cancer de la thyroïde que les pronucléaires ont bien été obligés de reconnaître- les victimes au voisinage des centres atomiques, en Biélorussie suite à Tchernobyl, en Polynésie depuis ls campagnes d'explosions atomiques, l'attestent.
On sait maintenant que même les faibles doses de contamination ont des effets sur la santé, et plus grave encore sur la reproduction : les cellules sexuelles y sont particulièrement sensibles.
Quant aux
usines nucléaires, telles que Marcoule, Cadarache, Pierrelatte, surtout la Hague et d'autres, elles contribuent à la dispersion dans l'eau et dans l'air de ces élèments.

- Le fonctionnement de toute la chaîne nucléaire produit des quantités considérables de déchets d'extrème dangerosité, de durabilité infinie à l'échelle humaine et pour lesquels il n'existe pas de solution raisonnable.
L'enfouissement des déchets de haute activité et de vie longue
que l’on s’apprête à enfouir à 500 mètres de profondeur, à Bure dans la Meuse, sans savoir de quelles façons on pourra prévenir du danger les populations du futur, est une monstrueuse faute. La pérennité des emballages de ces déchets ne peut pas être assurée pour des centaines de milliers d'années. La seule solution raisonnable est de les gérer en surface ou près de la surface du sol pour pouvoir les reconditionner au fur et à mesure de leur dégradation.
Et une fois les réacteurs mis à l'arrêt, comment démanteler les réacteurs, sans à nouveau en reporter la gestion sur nos successeurs, multipliant les déchets et les dangers ?

- Nous risquons en permanence la catastrophe atomique qui dévasterait pour longtemps une grande région et toucherait une nombreuse population.
la prochaine sera-t-elle chez nous, compte-tenu du grand nombre de réacteurs qui vieillissent et donc se fragilisent ? Au moins à trois reprises, nous avons frolé la catastrophe (St Laurent des Eaux 1969 et 1980, Blayais décembre 99). Et en Ukraine la menace grandit autour de la centrale de Zaporijjia, faisant craindre le pire pour l'Europe.
Un simple missile sur l'une de nos centrales, ou un acte terroriste contre l'un de nos multiples transport de matières radioactives peuvent provoqurer un grave accident.
Et sait-on que la sécurité de nos centrales repose en dernier ressort sur une technologie du passé ? Celle des groupes électrogènes lorsque qu'il faut de l'électricité pour refroidir le coeur du réacteur afin d'en éviter la fusion, et ils ne sont pas toujours fiables….

- La maitrise des réactions nucléaires ouvre la possibilité de fabriquer des bombes atomiques à uranium enrichi, à Hydrogène (la bombe H), ou encore au plutonium produit par les réacteurs en fonctionnement. Leur utilisation malheureusement possible dans le climat délétaire actuel aurait d'horribles conséquences.
De plus les puissances nucléaires disposent de gros stocks d’ Uranium dit « appauvri », rebut de l’enrichissement du combustible, c’est un métal lourd dont les armées se servent en tête d’obus pour percer les blindages, largement utilisés par exemple en Irak par les USA . Il émet des rayons alfa, et les poussières disséminées et absorbées provoquent de gros dégâts chez les vétérans de l’armée et dans la population (en particulier naissances de monstres !).

Voilà pourquoi il est criminel à nos yeux de prétendre poursuivre la production d'électricité nucléaire.



il ya bien d'autres raisons qui ne touchent pas à notre sécurité ni à notre santé, mais qui contribuent à rendre incompréhensible l'obstination de
nos dirigeants dans cette technologie d'un autre âge. D'ailleurs son importance décroit au niveau mondial ne produisant plus que 2 % de l'énergie totale consommée, soit moins de 10 % de la consommation mondiale d'électricité. Les énergies renouvelables s'imposent de plus en plus, domaine dans lequel la France est très en retard.

Tout d'abord il convient de dénoncer les mensonges qui nous sont assénés et relayés en permance par les médias, les commentateurs bien en vue et recherchés. Rares sont les contradicteurs qui peuvent s'exprimer librement.

- L'électricité nucléaire n'est pas une énergie décarbonée. Si on considère tous les matériaux, et tous les transports nécessaires au développement de la filière nucléaire, depuis l'extraction de l'uranium jusqu'au démantèlement des centrales et la gestion des déchets atomiques pour des temps infinis, on peut difficilement prétendre que l'électricité produite est une énergie décarbonée !

-
Énergie prétendue pas chère. L’État subventionne depuis le début la recherche, le développement et le fonctionnement de la production d'électricité nucléaire à coups de milliards. Ce sont nos impots qui en font une énergie apparemment bon marché. Actuellement le coût des énergies renouvelables est devenu bien moins cher, et les investissements mondiaux dans ces technologies d'avenir dépassent de loin ceux dans le nucléaire.

- Le leurre de l'Indépendance énergétique n’est qu’un mensonge d’État. Nous sommes en fait dépendant de la Russie. En effet, Il n'y a plus d'extraction d'uranium en France, nous sommes dépendant des importations provenant du Niger, d'Ouzbékistan, et surtout du Kazakhstan controlé par le géant russe Rosatom pour près de la moitié de nos importations.
C'est encore à Rosatom qu'est confié le recyclage d'uranium issu du retraitement à la Hague. Les navires
russes livrent donc à Dunkerque ou à Cherbourg l'uranium dont nous avons besoin. Apparemment les sanctions ne concernent pas les échanges avec la Russie dans le domaine atomique !



Et ce dont on se garde bien de parler,

- Les délais face à l'urgence climatique, la prétention de gérer cette urgence par la construction de réacteurs se heurte à des délais bien trop importants : Là où des éoliennes ou des installations solaires peuvent être mises en route en peu d'années, l'exemple des EPR de Flamanville ou de Finlande montre qu'il faut au moins attendre une quinzaine d'années. Et encore à condition que soit retrouvé un savoir faire aujourd'hui perdu !

- En fait, le nucléaire contribue au Réchauffement climatique. Le nucléaire est présenté comme un recours, ce qui paraît convaincre les jeunes générations ; mais en est-il vraiment un ? L'ouvrage d’Hervé Kempf “Le nucléaire n’est pas bon pour le climat” montre bien qu'il n'en est rien.
Non seulement il ne fournit pas une énergie vraiment décarbonée, mais en plus il contribue au réchauffement climatique, comme le font toutes les centrales thermiques. Le rendement des centrales étant à peine de 30 %, 70 % de l'énergie dégagée par la fission de l'uranium
est dissipée en chaleur dans l'eau et dans l'air. Des estimations récentes en montrent l'importance significative par rapport aux autres causes.

- Peut-on vraiment toujours compter sur nos voisins pour pallier aux défaillances du systèe de production électrique francais ? La défaillance de notre mode de production d'électricité, unique au monde par la proportion considérable de la part du nucléaire, rend notre pays non seulement dépendant de la Russie pour nous alimenter en uranium, mais aussi dépendant des pays voisins pour nous alimenter en électricité particulièrement en heures de pointe. C'est en effet chez nous que les pointes sont les plus importantes à force de vouloir tout électrifier. Et cela continue (voiture électrique, 5 G par exemple).
Mais nos voisins
ne pourront pas toujours pallier à nos besoins, et nous seront parmi les rares pays à devoir subir des restrictions.

- Et n'est-il pas trop vulnérable ? La sécheresse de ce printemps et de cet été a démontré la vulnérabilité des réacteurs au dérèglement climatique : énormes consommateurs d'eau pour leur refroidissement, ils sont dépendants du régime fluvial. EDF a dû obtenir des dérogations pour poursuivre la production de plusieurs d'entre eux malgré la température trop élevée et/ou l'étiage insuffisant de l'eau des fleuves.
Qu’en sera-t-il des nouveaux EPR construits en bord de fleuves ?

 

Enfin quelle folie peut conduire ceux qui nous gouvernent à prétendre relancer la construction de réacteurs ; alors que la plupart de nos voisins européens abandonnent le nucléaire ? Ils ne s'en sortent pas plus mal, ne sont pas retournés à la caverne et à la bougie, et ce sont eux qui soutiennent notre système défaillant !

Par son État centralisé et fort , la France peut imposer le choix politique de son développement, assumer les coûts, en cacher les effets sanitaires et neutraliser l'opposition à cette technologie mortifère.

Mais n'est-il pas dément que pour assurer quelques décennies de production électrique, on fasse courir tant de risques à la population et qu'on génère de dangereux déchets pour toujours ?

http://collectif-adn.fr

 

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Rappels

- sur la Polynésie :

https://bureburebure.info/essais-nucleaires-en-polynesie-francaise-dossiers-militaires-declassifies/

- sur l’Algérie

Un exemple « de ceux qui font des mesures et qui ne remontent pas à la source; le crime politique et sa volonté de puissance » est l’article de l’ACRO sur le sable du Sahara du 6 février 2021 https://www.acro.eu.org/wp-content/uploads/2021/02/CP-ACRO-vent-du-Sahara-v2.pdf

suite sur https://bellaciao.org/fr/IMG/pdf/arretonsLA_Machine_A.pdf

 

VigieIWHO

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Il y avait un abris bus devant la vigie avec ses panneaux publicitaires ; c’est bien connu que la pub tue. On se souvient peut-être qu’il y a quelques années, un spot publicitaire d’une marque de berline allemande avait fait long feu avec le slogan « il a la voiture, il aura la femme ». Hier et encore plus aujourd’hui, on peut retourner les propos infâmants pour la femme. Rachel de Nancy s’était prêtée à ce retournement, et le slogan est « les hommes ont la voiture électro-nucléaire, ils auront toutes les femmes irradiées comme eux »

LaPubTue

Bonsoir

Merci de votre soutien.

Notre questionnaire épidémiologique n’a pas été retenu par l’ARS en 2019, on pourrait s’en douter.

Notre institut va être mieux placé pour faire le job maintenant.

Merci encore. Bien à vous

Pour le collectif Stop aux Cancers de nos Enfants


Le 26 déc. 2022 à 16:24, Stop aux Cancers de nos enfants a écrit :

Objet : epidemiologie populaire

Corps du message :
Bonjour, je prends connaissance de votre lutte par un article paru sur Bastamag

https://basta.media/soit-on-regarde-les-enfants-mourir-soit-on-agit-l-expertise-citoyenne-contre-l-inaction-publique-cancers-pediatriques-Sainte-Pazanne-Marie-Thibaud
J'ai pu constaté aussi que les organismes de santé publique ne peuvent être indépendantes des Etats eux-mêmes complètement emmanchés avec les industriels.
On l'a vu avec les faucheurs pour les pesticides et avec les vigies devant l'OMS pour le nucléaire.
Des enquêtes épidémio populaire étaient déjà promulguées par des scientifiques clairs.
Il y a des exemples sur le lien; http://elianguesard.l.e.f.unblog.fr/files/2013/04/enqueteepidemiopopulaire.pdf
http://elianguesard.l.e.f.unblog.fr/files/2013/04/anniethebaudmony.pdf
Comme les études épidémio sont complexes,û trop longues et coûteuses, j'avais soumis ce brouillon

Posté par crasputas à 16:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 novembre 2022

Le Machin dans le Règne Machinal

 Le Machin dans le Règne Machinal

2016

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DosVigie

Vienne

https://www.coreysdigs.com/u-s/laundering-with-immunity-the-control-framework-part-1/

 

Blanchir en toute immunité

Laundering with Immunity: The Control Framework – Part 1

September 29, 2022 /

 

Blanchiment avec immunité : le cadre de contrôle – Partie 1

 

Une bande de criminels s’est réunie il y a un siècle et a décidé qu’ils allaient posséder le monde, détenir tout le pouvoir, créer et accumuler tout l’argent, et garder tout le monde sur un cycle de spin constant pour les tromper. Non seulement ils allaient le construire comme bon leur semblait, mais ils allaient construire le système d’esclavage le plus élaboré que le monde ait jamais vu – un système qui leur donne l’immunité totale, qui leur permet d’opérer en dehors de la loi, et ils allaient le faire sans que personne ne s’en rende compte jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Ces dirigeants auto-imposés se croient intouchables, ont créé des documents qui en disent autant et se moquent de l’humanité alors que les gens se déplacent dans leur vie sans être au courant de ce stratagème complexe.

 

C’est l’histoire qui doit être partagée avec le monde et avec chaque législateur d’état qui devrait agir immédiatement pour créer l’indépendance du système de la Réserve Fédérale et des Banques Centrales, et appliquer notre Constitution et nos lois de gestion financière pour protéger la souveraineté au niveau de l’État et au niveau local. Cela devrait comprendre des mesures visant à récupérer les sommes volées illégalement, à prévenir les dépenses illégales actuelles et futures de nos impôts et à mettre fin aux privilèges d’immunité souveraine qui ont été utilisés pour se livrer à des activités criminelles systématiques et au racket.

 

 

• 76 Les organisations internationales et les banques bénéficient d’immunités, de privilèges et d’exonérations fiscales

 

• GAVI, Big Pharma et CERN bénéficient d’immunités similaires

 

• La Banque des règlements internationaux jouit d’une immunité souveraine et certaines de ces immunités s’étendent à ses membres, soit 63 banques centrales et la Réserve fédérale, tandis que d’autres immunités s’étendent aux « institutions d’importance systémique ».

 

• Des billions de dollars des contribuables et de l’argent imprimé ont transité par ces organisations et ces banques sans transparence ni reddition de comptes alors qu’elles continuent de bâtir un système mondial d’esclavage

 

• Des centaines, voire des milliers, d’ONG et de sociétés travaillent avec et par l’intermédiaire de ces organisations et banques, dont certaines ont des accords, des AMN et/ou une immunité par extension

 

Elles ne sont pas au-dessus de la loi, elles sont tout à fait hors de la loi.

 

La partie 2 plonge profondément dans les connexions qui dévoilent un groupe plus large tirant de nombreuses ficelles qui semblent avoir été peu ou pas exposées, et montre à quel point cela s’étend et le véritable pouvoir qu’ils détiennent tous – où les lois et la constitution ne semblent pas exister pour eux.

 

Téléchargez ce rapport complet en format pdf à partir de The Bookshop >

 

Écoutez Corey Lynn et Edge discuter de ce rapport dans leur balado Dig It!

 

Version audio complète de ce rapport : système d’asservissement

 

Le cadre de contrôle

 

Le monde dualiste qu'ils ont créé va bien au-delà de ce que la plupart des gens ont imaginé. Ce n'est pas tant que ces individus et organisations sont "au-dessus de la loi", mais plutôt qu'ils opèrent entièrement en dehors de la loi, et qu'ils se sont autorisés à le faire par des décrets, des traités et la création de la BRI. La structure qu'ils ont créée ressemble en un sens à un système pyramidal. Au sommet de la tour d'ivoire, se trouve la BRI, la Banque des règlements internationaux, qui jouit d'une immunité souveraine. Lorsqu'elle mène des activités spécifiques dans le cadre de la BRI, cette immunité s'étend à ses membres, qui se composent de 63 banques centrales et autorités monétaires mondiales, du Federal Reserve System, ainsi que des assureurs et des systèmes de paiement par le biais de leurs filiales, que la BRI considère comme des "institutions d'importance systémique."

 

Comme si cela ne suffisait pas, il y a pire. Les États-Unis ont accordé à 76 organisations internationales publiques des immunités, des privilèges et des exonérations fiscales remontant à 1946, soit 10 ans seulement après que la BRI ait étendu ses immunités avec la Convention de La Haye de 1936. En outre, certaines de ces organisations ont ajouté des immunités par le biais de traités.

 

Sous cette couche, il y a des centaines d'ONG, de sociétés et d'universités qui opèrent avec et par le biais de ces organisations internationales et qui détiennent des immunités et des privilèges - certaines d'entre elles ont signé des accords et des NDA, d'autres ont reçu une immunité par extension.

 

Le processus est assez simple. L'argent est essentiellement blanchi par l'intermédiaire d'organisations et de banques qui n'ont que peu de transparence ou de responsabilité et qui sont réparties dans de nombreux pays, ce qui rend la tâche encore plus facile.

 

Mais cela ne s'arrête pas là. Outre les immunités dont jouissent ces banques et organisations, la GAVI de Bill Gates bénéficie également d'immunités et de privilèges. Bien entendu, la Banque mondiale siège au conseil d'administration, gère les finances et est l'administrateur, qui jouit d'un grand nombre d'immunités et de privilèges vis-à-vis des cinq branches du Groupe de la Banque mondiale. Si l'on ajoute à cela la décharge de responsabilité accordée aux grandes entreprises pharmaceutiques en matière de vaccins, on obtient une recette pour le désastre. Même le CERN détient un statut d'immunité internationale, indépendamment des listes fournies dans ce rapport.

 

Au bas de cette pyramide se trouvent des civils qui paient des impôts, se conforment à un ensemble de lois dont les autres n'ont jamais à se préoccuper, et qui ont cru naïvement que ces organisations et ces banques agissaient dans leur intérêt, alors qu'elles dilapidaient des milliers de milliards de dollars pour construire un système d'asservissement humain, et que le grand gouvernement leur faisait parvenir l'argent des contribuables. C'est ainsi qu'ils ont réussi à le faire pendant si longtemps, sans crainte ni conscience.

 

Ce qu'il est important de reconnaître à propos de ces organisations spécifiques, c'est le fait qu'elles couvrent presque toutes les industries. En d'autres termes, ceux qui sont derrière ces organisations et ces banques sont les futurs dirigeants du monde si on ne les arrête pas. Leur cadre est déjà en place. Que faut-il faire pour arrêter cette bande de personnages criminels qui ont trouvé le moyen de se créer des privilèges spéciaux, en dehors du système, ont signé quelques bouts de papier et ont déclaré avoir l'immunité pour voler l'argent durement gagné des gens ?

Loi sur l'immunité des organisations internationales (IOIA) du 29 décembre 1945

 

Presque immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, le Congrès a adopté la loi sur l'immunité des organisations internationales, qui a été promulguée le 29 décembre 1945. Cette loi établit des immunités, des privilèges et des exonérations fiscales pour les organisations internationales qui pourraient ne pas être considérées comme des organisations internationales selon les règles du droit international, comme le Fonds mondial, par exemple.

 

Qu'est-ce qui définit une "organisation internationale" qualifiée ? L'IOIA stipule : "Aux fins du présent titre, le terme "organisation internationale" désigne une organisation internationale publique à laquelle les États-Unis participent en vertu d'un traité ou sous l'autorité d'une loi du Congrès autorisant cette participation ou prévoyant un crédit pour cette participation..."

 

Une fois l'IOIA adopté, c'est par l'autorisation du ou des présidents d'accorder ces privilèges aux organisations internationales par décret. Le président a également le pouvoir de conditionner, limiter ou révoquer la désignation. Si quelques organisations ont reçu des privilèges limités, aucune ne semble avoir été révoquée, à l'exception des organisations qui se sont dissoutes. Toutefois, en 1983, le président Ronald Reagan a accordé à Interpol des immunités supplémentaires contre les poursuites et les procès, et en 2009, le président Barack Obama a accordé des avantages supplémentaires.

 

L'IOIA stipule que "les organisations internationales ... jouissent de la même immunité contre les poursuites et toute forme de procédure judiciaire que celle dont jouissent les gouvernements étrangers, sauf dans la mesure où ces organisations peuvent renoncer expressément à leur immunité." Cela leur conférait une immunité absolue. En 1976, la loi sur les immunités souveraines étrangères a été adoptée et a créé certaines restrictions sur les immunités, mais l'IOIA semble être restée vague sur la question.

 

En ce qui concerne les immunités et les privilèges, certains pays les accordent aux organisations internationales selon leurs propres critères et règles, il existe des accords de siège qui prévoient des immunités et des privilèges supplémentaires, et il existe des traités internationaux qui accordent également des immunités et des privilèges. Une même organisation peut en avoir un, deux ou les trois à la fois. À titre d'exemple, le Fonds mondial bénéficie de privilèges aux États-Unis et de traités internationaux avec plusieurs pays, tout en bénéficiant d'immunités supplémentaires en Suisse, notamment d'un accord de siège. En d'autres termes, il est protégé au maximum.

Immunités, privilèges et exonérations fiscales dont bénéficie le statut IOIA

 

Notez que dans cette loi, ainsi que dans les traités, on dit souvent "à moins que l'immunité ne soit levée", et ce que l'on entend par là, c'est que les dirigeants internes de l'organisation déterminent s'ils souhaitent lever l'immunité afin qu'une affaire juridique particulière puisse voir le jour devant un tribunal, sans que l'organisation n'utilise son conseil interne pour de tels débats ou actions en justice. À moins qu'une situation scandaleuse ne se produise, comme le meurtre d'un employé par un autre employé, il est peu probable qu'une organisation renonce à son droit à l'immunité pour régler elle-même ses différends.

 

Il s'agit là d'un résumé succinct de leur capacité à opérer en dehors de la loi. La version complète de l'IOIA peut être examinée en détail sur le site de la loi originale, Yale Law School, ou pour plus de détails, visitez Wikipedia.

 

- Les organisations internationales, leurs biens et leurs avoirs, où qu'ils se trouvent et quel qu'en soit le détenteur, bénéficient de la même immunité contre les poursuites et toute forme de procédure judiciaire que celle dont jouissent les gouvernements étrangers, à moins que l'organisation ne renonce à son immunité.

 

- Immunité de perquisition et de saisie des biens et avoirs, où qu'ils se trouvent et quel que soit leur détenteur.

 

- Les archives sont inviolables

 

- Exonération de l'impôt foncier, de l'impôt sur le revenu intérieur, de la taxe sur les communications, de la taxe sur le transport des personnes ou des biens, des droits de douane et des taxes.

 

- Admission des fonctionnaires et employés, ainsi que des membres de leur famille, sans contrôle de la douane

 

- Les dirigeants et les employés sont exempts de poursuites judiciaires ou de toute autre action en justice concernant les activités liées au travail.

 

- Les employés sont exonérés de l'impôt sur le revenu, s'ils ne sont pas citoyens américains ou s'ils sont à la fois citoyens américains et citoyens du Commonwealth des Philippines.

 

- Les dirigeants et les employés de l'organisation internationale, ainsi que les membres de leur famille immédiate, autres que les ressortissants des États-Unis, n'ont pas besoin d'être enregistrés en tant qu'étrangers ou de faire prendre leurs empreintes digitales, ni d'être enregistrés en tant qu'agents étrangers.

 

- Si le secrétaire d'État détermine que la présence continue d'une personne d'une organisation internationale aux États-Unis n'est plus souhaitable, ou s'il souhaite retirer les privilèges, exemptions et immunités de l'organisation internationale elle-même, il a le pouvoir de le faire.

76 Organisations internationales bénéficiant d'immunités et de privilèges

 

La liste ci-dessous reprend l'ordre dans lequel les immunités ont été accordées pour la première fois à ces organisations. Comme on peut le constater, Truman a donné le coup d'envoi avec 20 désignations, et Bill Clinton occupe la deuxième place. Depuis le président Truman, chaque président a accordé des immunités à diverses organisations, à l'exception du président Trump et, jusqu'à présent, de M. Biden.

 

Il s'agit d'une liste exhaustive qui comprend l'organisation, la date de sa création, son siège, les dates auxquelles elles ont obtenu l'immunité et par qui, ainsi que les numéros des décrets qui correspondent, qui ont été rigoureusement vérifiés. Notez également que certaines de ces organisations ont également des traités qui leur confèrent des immunités et des privilèges supplémentaires, comme l'ONU. Nous y reviendrons dans la deuxième partie.

 

Organisation des États américains (anciennement l'Union panaméricaine)

Fondée : 1890 (la charte a été officiellement créée le 30 avril 1948)

Siège social : Washington D.C.

Statut de l'IOIA : EO 9698 le 19 février 1946 par Harry S. Truman et EO 10533 le 3 juin 1954 par Dwight D. Eisenhower

 

suite sur LeMachinDansLeRegneMachinal

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19 octobre 2022

« Octobre rose » ou la non-politique du sein

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https://www.terrestres.org/2022/10/19/octobre-rose-ou-la-non-politique-du-sein/

« Octobre rose » ou la non-politique du sein

Le mois d'octobre est censé être dédié à la mobilisation contre le cancer du sein. Or la communication publique d'Octobre rose neutralise largement les enjeux sociaux, environnementaux et politiques de cette maladie. Face à cette neutralisation générale, il est nécessaire de repolitiser le cancer du sein.

Marie Négré Desurmont

 

 

Le mois d'octobre est censé être dédié à la mobilisation contre le cancer du sein. Or la communication publique d'Octobre rose neutralise largement les enjeux sociaux, environnementaux et politiques de cette maladie. Face à cette neutralisation générale, il est nécessaire de repolitiser le cancer du sein.

 

Oncologues,

chirurgiens,

médecins de la fertilité,

radiothérapeutes,

échographes,

gynécologues,

psychologues,

acupuncteurs,

sophrologues,

coupeurs de feu,

Une centaine de consultations.

Une cinquantaine d’examens et de bilans d’extension,

échographies,

mammographies,

IRM,

biopsies,

scans,

petscans,

scintigraphies osseuses

Des produits de contrastes radioactifs,

des opérations, pour la pose et la dépose du port à cathéter,

des mastectomies avec pose et dépose de prothèse,

parfois des reprises,

et on rouvre à chaque fois, et on pleure à chaque fois,

des journées d’hospitalisation,

des brassières,

anti-douleurs,

anti-inflammatoires,

antibios,

somnifères,

antidépresseurs,

sédatifs,

pansements,

compresses,

éosine,

biseptine,

crèmes cicatrisantes et hydratantes,

solution saline,

collyre,

anticoagulants,

antihistaminiques,

antifongiques,

antibactériens,

vitamines D3, B12, B6,

morphine,

antalgiques,

antiépileptiques,

de ponction ovocytaire et des traitements hormonaux avant la ponction,

et puis des cures de chimiothérapies, cyclophosphamide, épirubicine, doxorubicine, paclitaxel, docetaxel, taxol, carboplatine, stéroïdes,

et de médicaments pour les effets secondaires de la chimiothérapie,

pour les troubles vaginaux,

intestinaux,

digestifs,

les anti-nauséeux,

suppositoires,

crèmes anesthésiantes,

crème anti-démangeaisons pour le crâne chevelu quand les cheveux tombent,

huiles quand ils repoussent,

antiépileptiques pour soigner les neuropathies,

piqûres pour faire remonter les globules blancs,

piqûres intramusculaires pour couper les hormones,

et la radiothérapie tous les jours,

l’hormonothérapie tous les jours,

et les médicaments pour les bouffées de chaleur,

pour les douleurs musculaires,

les lubrifiants pour les sécheresses vaginales,

les tests PCR et les prises de sang avant chaque chimio et chaque opération,

des centaines de séances chez la kinésithérapeute…

C’est ainsi que vivent, tous les jours, les femmes malades d’un cancer du sein, le corps et l’âme meurtris, patientes à temps plein. Rose vous dites ?

Car Octobre Rose a commencé, avec ses jolies bannières colorées, ses vitrines roses, ses rubans un peu partout, sur ma veste et les vôtres, mais je me demande pourtant ; parlons-nous vraiment de la même chose ?

Ces femmes que vous voyez sourire sur fond de pub pour cosmétiques adaptés à leurs peaux abîmées, ces femmes qui ont défilé sous la Tour Eiffel rose, avant d’être des héroïnes ou des guerrières, sont des femmes qui ont failli mourir ou mourront peut-être de leur cancer.

Seulement, plutôt que de politiser cette maladie grave, on préfère répéter que c’est le cancer le mieux soigné, on se concentre sur les comportements individuels en valorisant les survivantes qui ont tant appris de cette épreuve, qui ont fondé une entreprise après leur combat, qui ont couru un marathon. On se focalise, comme toujours, sur le bien-être, l’apparence, « car il est plus facile d’exiger des gens qu’ils soient heureux que d’assainir l’environnement. Partons à la recherche de la joie n’est-ce pas, plutôt que d’une nourriture saine, d’un air propre et d’un avenir moins fou sur une terre vivable » disait Audre Lorde dans son Journal du cancer1.

Notre société a tellement confiance en ses capacités technologiques, qu’elle s’occupe plus de mettre des moyens dans la réparation des dégâts de la croissance, que dans le fait de trouver une autre forme de production et d’échange moins mortifère.

Pourtant, la réalité d’un cancer est d’être la cause principale de mortalité en France. Le cancer du sein est même devenu en 2020 le type de cancer le plus couramment diagnostiqué dans le monde, avant le cancer du poumon. Entre 1990 et 2018, le nombre annuel de nouveaux cas de cancer du sein chez la femme a quasiment doublé, passant de 29 970 à 58 459 cas2 et il pourrait augmenter de 60 % dans les deux prochaines décennies d’après l’OMS.

La réalité de cette jolie maladie rose, c’est aussi son coût. Une personne malade pourra être amenée à dépenser de sa poche plusieurs milliers d’euros en soins non remboursés (produits cosmétiques spécifiques, frais d’essence, soins de supports et médecins allopathiques, soutiens gorges post opératoires etc.3): À la société, ce « petit cancer qui se soigne bien », qu’on pourrait presque se permettre, coûtera entre 100 000 et 200 000€ par personne malade. D’après un article de Catherine Ducruet paru dans les Échos : « le prix d’une chimiothérapie classique est {…} de 5.200 et 31.200 euros selon le produit utilisé. Elle ajoute que le coût d’une journée d’hospitalisation en cancérologie est de 1.600 à 2.170 euros, puis finit ainsi son article : « Comment maîtriser l’évolution [des coûts] ? Peut-être déjà en ayant une meilleure hygiène de vie. L’Institut National du Cancer rappelait récemment que 40 % des cancers seraient évitables en mangeant mieux, en supprimant le tabac et l’alcool et en ayant davantage d’activité physique.

 C’est vrai, d’après une étude réalisée par Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), 41% des cancers sont attribuables à différents facteurs de risques comportementaux4.

Mais cette étude parle aussi largement des facteurs de risques liés à l’environnement, c’est à dire pas seulement du tabac ou de l’alcool, mais aussi des perturbateurs endocriniens, des rayonnements ionisants, de la pollution atmosphérique, de nouvelles substances chimiques (comme des pesticides), de l’exposition aux gaz d’échappement diesel, des expositions professionnelles, et de l’exposition aux substances chimiques en population générale.

 

À elles seules, les particules fines augmentent de 36 % le risque de développer un cancer du poumon chez les hommes, et de 80 % le risque de développer un cancer du sein chez les femmes. Certains perturbateurs endocriniens sont aussi connus pour leurs effets avérés ou suspectés dans l’apparition de cancers hormono-dépendants comme le mien (sein, utérus, prostate, testicules)5).

Pourtant, si vous cherchez les causes de l’augmentation d’incidence du cancer du sein, partout vous trouverez des articles comme celui des Échos qui nous parlent de ces 40% évitables, énumérant les tares de nos modes de vie, le fait que nous buvons trop ou mangeons trop sucré, que nous les femmes avons des enfants plus tard, que nous allaitons moins. On blâme aussi la génétique ou le stress.

Bien sûr, avoir une bonne hygiène de vie fait baisser nos probabilités d’avoir un cancer. Mais est-ce vraiment une affaire de responsabilité individuelle ? Serions-nous tous de mauvais petits soldats paresseux ? Pourquoi faisons-nous comme s’il était simple de bien manger, comme si nous avions tous le temps de marcher tous les jours, comme s’il ne tenait qu’à nous d’être moins stressé ?

À force de vouloir nous faire croire que nous sommes maîtres de notre santé, imperméables aux conditions environnantes et indépendants de nos structures sociétales, nous en venons nous patientes, à chercher désespérément la cause de notre cancer, psychologisant à tout prix cette maladie. Nous l’individualisons, notre petite boule, nous l’affublons d’un surnom, en parlons à la troisième personne : nous l’extériorisons alors qu’elle ne fait pourtant qu’un avec le reste de nos cellules, et que nous ne faisons qu’un avec notre environnement. Le crabe est le méchant que nous, guerrières, devons combattre au mieux avec des « sœurs de combat », au pire, seule, puisque nous serions seule responsable.

Sur les images des réseaux sociaux, les filles sont représentées comme des k-fighteuses, des warriors ou des survivors qui luttent contre le cancer avec des gants de boxe et le crabe est une vilaine bête sans foi ni loi, mais surtout sans morale et qui touche injustement des femmes qui n’ont pas mérité ça.

 

Sauf que nos petites cellules se moquent bien de notre morale et de la justice humaine, ce sont des petits êtres qui ont une vie et un monde propre, bien loin de nos considérations éthiques. La justice est un principe philosophique, juridique qui concerne les actions humaines, et qui connaît même des variations selon les cultures et l’histoire. Le cancer, lui, est un phénomène biologique, sans morale et sans message. Lui prêter des comportements humains, c’est faire de l’anthropomorphisme. Ce qui est vraiment injuste, c’est ce qu’on a fait du monde, pas le cancer qui n’en a que faire de ce que nous pensons de lui et qui profite juste du tapis rouge que nous lui déroulons pour se développer.

La réalité, c’est qu’en parlant d’injustice et de petites batailles individuelles, nous finissons par croire que le cancer est anecdotique, que c’est « la faute à pas de chance », et qu’il suffit d’avoir un moral d’acier pour le vaincre. Alors qu’il s’agit d’une épidémie pas vraiment rose bonbon et qui s’aggrave en même temps que se dégrade l’environnement. Adoptez un mode de vie sain mesdames, mais s’il vous plaît oubliez que lorsque vous faites votre footing, vous respirez à pleins poumons un air pollué.

Et pour les jeunes femmes atteintes d’un cancer comme moi avant 30 ans, qui n’ont pas eu le temps d’avoir un mauvais mode de vie , elles doivent garder la pêche ; ça ira mieux,  avoir un bon mental ; ça les guérira, défiler ; ça leur fera des souvenirs…

Le mental a bon dos, mais comme l’écrivait la poétesse américaine Anne Boyer dans son roman The Undying : « Mourir d’un cancer du sein n’est pas la preuve d’une faiblesse ou d’un manquement moral chez la personne décédée. Le manquement moral du cancer du sein n’est pas chez celles qui en meurent ; il est dans le monde qui les rend malades »6.

NIH

Je ne veux pas dénigrer l’attitude des femmes cancéreuses, moi aussi je me suis prise en photo pour les réseaux sociaux, j’ai défilé crâne nu tout sourire, j’ai couru pour la cause et j’ai tellement eu besoin de voir sur les réseaux vivre et survivre des femmes malades avant moi. Je regrette simplement que ce soit l’unique prisme par lequel on voit cette maladie, si culpabilisant, et si désengagé.

« Peut-on imaginer ce qui se passerait si une armée de femmes opérées du sein faisaient une descente sur le Congrès pour exiger l’interdiction des hormones saturées de graisse et cancérigènes dans l’alimentation animale ? » écrivait la romancière Audre Lorde.

Notre système de santé est une bénédiction et je parle sans peine au nom de toutes les femmes qui sont soignées en France pour un cancer du sein. Mais combien d’heures investies à combattre cette jolie maladie rose ? Combien de rêves déchus et de couples brisés ? De projets abandonnés et de peurs perpétuelles ? Il est vrai pourtant que c’est une belle leçon de vie un cancer, ça vous remet les idées en place, ça vous apprend avec force la valeur de la vie et vous fait vous sentir aimée. Mais, je dois le dire, j’aurais préféré cent fois vivre avec les idées un peu moins en place et me sentir peut-être moins aimée, mais être certaine de pouvoir avoir des enfants, avoir mes deux seins que j’aimais tant, et surtout, vivre dans un monde plus sain, dans lequel la nature n’est pas qu’un concept romantique et qui aurait des égards pour les êtres vivants. Quelle leçon de vie oui, mais quel gâchis.

Anne Boyer, elle, disait : « Je ne pleure pas mes seins perdus parce qu’il me semble qu’il y a des raisons de plus en plus immenses de pleurer l’état de notre monde en partage ».

Ayons le courage de voir plus loin qu’Octobre Rose et d’exiger qu’on puisse mettre au monde des petites filles qui n’auront pas à perdre autant d’énergie à tenter de survivre, soignées par ce même monde qui les aura rendues malades.

Notes

Notes

↟1

Audre Lorde, Journal du Cancer, traduit de l’américain par Frédérique Pressman, Éd. Mamamélis, Genève, 1998.

↟2

Defossez G, Le Guyader-Peyrou S, Uhry Z, et al. Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018. Résultats préliminaires. Saint-Maurice : Santé publique France, 2019. www.santepubliquefrance.fr ou https://bit.ly/3202yEh

↟3

Mounia El Kotni et Maëlle Sigonneau, Im/patiente, p.158, F1rst Éditions, Paris, 2021.

↟4

IARC (2018). Les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine. Lyon: International Agency for Research on Cancer. Accès à : http://gco.iarc.fr/resources/paf-france_fr.php

↟5

Macon MA and Fenton SE. Endocrine disruptors and the breast : early life effects and later life disease. J Mammary Gland Biol Neoplasia (2013

↟6

Anne Boyer, The Undying, p.229, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Éditions Grasset, Paris, 2019.

 

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02 juillet 2022

Maintenant que la France brûle; contre l'Holocauste de la Terre, il faut arrêter la recherche

soleil

I

Il faut arrêter la recherche car elle sert la guerre; la volonté de puissance, le colonialisme, et ce rêve imbécile et puéril de conquête infinie jusqu’à la planète Mars. Toute cette débauche de scientisme appliquée nécessite d’exterminer la Terre et ses habitants qui la respectent pourtant depuis toujours; les autochtones en accord  avec l’univers (Jaulin).
Nous devons arrêter la recherche car nous nous dirigeons tout droit vers l’Holocauste de la Terre; c’est bien un sacrifice religieux par le feu;  le feu des pesticides et de toute chimie de synthèse, le feu nucléaire, le feu des forêts, le feu de la guerre etc. Et c’est bien une religion: le scientisme, la croissance ou « développement », sans tenir compte de l’entropie, le colonialisme et la conquête infinie.
Nous devons réellement  dénazifier l’Occident et dés-occidentaliser le monde, c’est à dire le désintoxiquer.
On doit encore et encore rappeler que le nazisme a été la forme la plus aboutie du capitalisme industriel, et cette idéologie de la volonté de puissance, dont l’eugénisme et le scientisme, nous mènent qu’à la destruction. Tout cela était dénoncé et documenté de longue date.
Le fascisme est encore là (ainsi que le techno fascisme décrit par PMO dans « Le règne machinal » est aussi d’actualité et lié. De plus, Von Braun recrutait à Doha avant de recruter à la NAZA, tous les États impérialistes ont récupéré des chercheurs nazis en échanges de « bons services »,

 

La science sert la guerre; Grothendiek l’avait bien montré et il avait démissionné; refusé de parvenir etc.
Le fascisme couve car il n’a jamais été condamné sur le fond; l’État en a besoin pour faire ses basses œuvres d’hier et d’aujourd’hui (coloniale, affaires etc), et les puissances d’argent l’utilisent en dernier recours.

Dans le livre de Polanyi « La grande transformation » en gros l’auteur décrivait que le bluff de la société de marché, entièrement basé sur la rapine arrivait à son terme et écrivait : « p321 « système politique et économique menacé de paralysie totale »[…] »Les temps étaient mûrs pour la solution fasciste »[…] »Solution à l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral.[…]
p322″Elle proposait une manière d’échapper à une situation institutionnelle sans issue qui était, pour l’essentiel, la même dans un grand nombre de pays, et pourtant essayer ce remède; c’était répandre partout une maladie mortelle. Ainsi périssent les civilisations. »[…] « solution à l’impasse où s’était mis le capitalisme libéral »


Il faut ajouter d’autres livres comme celui d’Enzo Traverso « la violence nazie, une généalogie européenne », « La violence des riches » du couple Pinsot Charlot, « l’étrange défaite » de Marc Bloch confirmée par « le choix de la défaite » d‘Annie Lacroix Riz et tous ses autres ouvrages. « Big business avec Hitler »de Robert J.Pauwels, « L’éternel Treblinka » de Paterson, Tous les ouvrages de Primo Levi dont « Si c’est un homme » , Vichy France » de Paxton,  etc. et un autre encore recensé  sur https://www.contretemps.eu/nazisme-hitler-bourgeoisie-allemagne-fascisme-capital/ ; « Les milliardaires nazis » de David de Jong.


Ce monde est nazi parce que:
- La forme la plus aboutie du capitalisme industriel a été le nazisme; le modèle et ami d’Hitler était Henry Ford toujours en exemple dans ces grandes écoles où on apprend à marcher sur l’autre pour avancer. Et le modèle de Goebbels était Edward Bernays neveux de Freud, il avait bien compris tout le profit que l’on peut tirer de la connaissance de la psychologie humaine. « Propaganda ».
« Bernés par Bernays » , nous devons sortir de la propagande, le conditionnement depuis l’enfance, sortir déjà de notre aliénation est déjà le premier pas à faire, et c’est cela le « grand pas pour l’humanité ». pas celui sur la Lune ou d’autres « conquêtes »
- On peut argumenter aussi sur  l’impunité de ceux de la conférence de Wannsee,
Les expérimentations des médecins fous des camps ne se sont jamais arrêtées, c’est vraiment » Tous Cobayes » (JP  Jaud) de Monsanto au Dr Fauci (livre de Robert Kennedy Jr)
 
Parmi les rescapés des camps il y a aussi à voir le travail de Vera Sharav https://childrenshealthdefense.org/defender/aux-survivants-de-lholocauste-ne-laissez-pas-les-autorites-utiliser-la-peur-pour-vous-transformer-en-robot/?lang=fr
https://www.arianebilheran.com/post/entretien-avec-vera-sharav-mars-2022
https://eveilinfo.org/category/c-0-v-l-d/declarations/
Au regard de l’intervention de Ginette Kolinka le 27 Juillet 2022 à Annecy, et comme elle est la mère du batteur du groupe Téléphone,Richard , on peut dire que ce monde est nazi et « je rêvais d’un autre monde »
 
Voir enfin le parcours des « enfants des Justes » Bella Belbéoch et celui d’Alexandre Grothendieck. En hommage à ce dernier, un groupe critique de cette « science au dessus de tout soupçon » s’est constitué à Grenoble ;

https://ggrothendieck.wordpress.com/

 
Enfin un autre livre que m’avait prêté le guide de haute Montagne Guy Demenge:

p133 « D'autre part, il importe de prendre conscience qu'il est contradictoire de critiquer à la fois l'importance du budget militaire et les ventes d'armes à l'étranger sans remettre en question la défense militaire elle-même. Les armes modernes sont si coûteuses qu'un pays ne peut se constituer un armement indépendant suffisant, sans en vendre une partie à l'étranger, pour rentabiliser la production, à moins d'augmenter très sensiblement le budget militaire. » :..p141 « ...en vendre une grande part à l'étranger, ce qui a pour effet d'accroître la fréquence des conflits, leurs violence potentielle et leur durée. Lire à ce sujet « Les trafics d'armes de la France » Ed. Maspéro 1977) [...]

 

p136 « La dissuasion nucléaire est fondée sur la menace de destruction massive de femmes, d'hommes, d'enfants, sur l'anéantissement de villes...Nos technocrates parlent avec des mots abstraits qui permettent de cacher la réalité au grand public...En fait, la dissuasion nucléaire n'est rien d'autre que du terrorisme d’État à grande échelle. On prend en otage des millions de personnes, et le cas échéant, on massacre ces « otages » « préventivement » ou par vengeance ». la France qui se prétend civilisée est en fait arrivée avec la bombe à un degré de barbarie extrême, grâce à un système de délégation de pouvoirs et d'irresponsabilité quasi générales favorisée par une sous-information voulue par nos dirigeants et les technocrates. »[...]

 

p138 « La paix internationale est impossible sans la paix sociale ; la guerre est effet et non cause d'un mal plus profond qui a sa source en chacun de nous. Il est probable que si nous voulons aller vers une société plus juste, plus « sociale », nous trouverons pour nous barrer la route toutes les forces conservatrices de la société actuelle qui permet et favorise le profit et l'injustice, par l'exploitation de l'homme par l'homme, par la destruction du milieu de vie et le pillage des ressources naturelles. Ces forces conservatrices auront recours à diverses agressions. »[...]

 

p139 « Ils ne faut pas oublier non plus l'existence de foyers locaux de tension mondiale, et la volonté délibérément expansionniste des impérialismes (causes qui ont déjà provoqué les deux dernières guerres mondiales) »[...]

 

p140 « Le psychisme humain et l'expérience historique de l'humanité se conjuguent pour pousser tout homme à rechercher un climat de sécurité qui le « rassure ». Ce besoin de sécurité personnelle des individus s'ajoute au besoin de défense d'un lieu de vie collective défini par des traditions culturelles et à la nécessité de défendre certain droits tels que droits syndicaux et politique, libertés individuelles et collectives. »[...]

 

p140 « Reconnaissant que les enjeux des éventuels conflits sont désormais globaux et ne se limitent plus à la défense des « frontières », nous arrivons logiquement à la conclusion que la défense est une fonction du corps social dans son ensemble : au lieu de militariser toute la société, il faut civiliser toute la défense, c'est à dire donner à l'ensemble de la population la maîtrise sur les finalités, les structures et les techniques de défense. »[...]

 

p141 « Toutes les fois qu'une armée classique se contente de se défendre, elle est pratiquement vouée à la défaite. L'agresseur a généralement l'avantage car c'est lui qui choisi le terrain et le moment de l'attaque. Autrement dit, la logique de défense militaire est telle qu'un pays qui veut se défendre efficacement par les armes, doit mener une politique agressive et impérialiste pour avoir toujours la priorité de l'offensive. Logique absurde qui mène inévitablement à la guerre et à plus ou moins long terme, à la défaite devant un nouvel agresseur plus fort et mieux armé. »

 

p147 « La force civile non-violente »[...] « D'autre formes d'expression de la force se sont développées, et ce sont précisément celles de la non-violence »[...] « souligner cette volonté de rupture avec l'héritage historique, culturel, psychologique de la violence : car elle n'est pas l'unique voie pour résoudre les conflits. »[...]

 

p149 « Pour que cette intégration de l'adversaire soit possible, trois conditions sont nécessaires : pureté des moyens : reconnaître ses torts, reconnaître la part de vérité chez l'adversaire, respecter sa personne, refuser le mensonge et la fraude ; courage des « combattants » : accepter les risques et les sacrifices de tout combat, ne pas fuir, ne pas se protéger, persévérer malgré les échecs ; justesse de la cause : si la cause n'est pas objectivement juste, la non-violence perd toute sa force. La non-violence repose sur la force de la vérité. Cette vérité est justice et amour. Si la non-violence découle de la vérité, il suffit d'être « vrai ». la vérité c'est le contraire du mensonge. Nos politiciens construisent le plus souvent sur des mensonges institutionnalisés. Chacun de nous est responsable là où il est. Partout, il faut dénoncer l'injustice, refuser de collaborer à cette injustice (même légalisée) et vivre avec ceux qui la subissent. »[...]

 

p150 « Antonin Artaud disait : « En même temps que la révolution sociale et économique indispensable, nous attendons tous une révolution de la conscience qui nous permettra de guérir la vie». La non-violence, en rupture totale avec les manières de penser qui nous ont menés au désordre établi actuel, d'une part nous offre les moyens de mener cette révolution sociale et économique d'autre part et surtout, nous amène progressivement à cette révolution de la conscience qui nous permettra de guérir la vie...du mal de la violence. On comprend maintenant mieux pourquoi les gouvernements installés sur la violence de l'exploitation et de la contrainte ne tiennent guère à « enseigner » cette non-violence si « révolutionnaire » aux jeunes citoyens ».[...]

 

p153 « L'erreur est de croire que la seule manière d'abattre un système injuste est d'utiliser la violence armée contre les personnes qui le défendent. Un système politique, en effet, n'est jamais un bloc homogène et monolithique. On peut toujours y discerner trois grandes composantes : une minorité qui détient les leviers de commande politiques et économiques, une « majorité silencieuse » convaincue ou résignée, traversée de courants d'opposition et soumise le plus souvent à une intense propagande. Et enfin des policiers et des militaires, force armée du système, qui permettent au pouvoir de se maintenir en place. Chacune de ces composantes est, elle-même, traversée de courants divers qui peuvent, à chaque instant, compromettre l'unité de l'ensemble. Lutter contre un système politique (et une armée d'invasion n'est qu'un élément d'un système politique) en utilisant la violence armée, c'est d'abord renforcer ce système qui devient un bloc uni, cimenté par le nationalisme et l'exaltation militariste des uns et par l'instinct de conservation des autres. Une fois cette unité réalisée, il ne sera possible de venir à bout du système par la violence armée, qu'en constituant un système opposé aussi monolithique et porteur des mêmes tares que celui contre lequel on voulait lutter. »

 

Mouvement écologique « Vers une société écologique aujourd'hui » (1978 !)

 

 

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17 juin 2022

« La disparition de Dom Phillips et Bruno Pereira marque un basculement dans la guerre contre l’Amazonie »

https://basta.media/Amazonie-disparition-Dom-Phillips-Bruni-Pereira-Bresil-guerre-contre-la-foret-Eliane-Brum

venceremosenfan

par Eliane Brum 16 Juin 2022

Le journaliste Dom Phillips et le chercheur Bruno Pereira ont disparu depuis une semaine en Amazonie, probablement assassinés. Pour l’écrivaine Eliane Brum, « ils sont les toutes dernières victimes de la guerre menée par Bolsonaro contre la forêt ».

 

Tôt, le lundi matin du 6 juin, j’ai été surprise par un message sur WhatsApp. On me demandait si Tom Phillips, le correspondant du Guardian au Brésil, était porté disparu dans la vallée de Javari, l’une des régions les plus dangereuses de l’Amazonie. Mon mari, Jonathan Watts, qui est rédacteur en chef de la rubrique environnement du journal britannique, vit en Amazonie avec moi. Tom, qui était chez lui à Rio de Janeiro, a rapidement répondu au téléphone. Si ce n’était pas Tom, qui avait alors disparu ? Nous avons immédiatement pensé à Dom Phillips.

 

Eliane Brum

Eliane Brum est une écrivaine brésilienne, primée à de nombreuses reprises. Elle est également chroniqueuse pour des quotidiens espagnol (El País) et britannique (The Guardian). Elle vit à Altamira, au cœur de l’État du Pará, dans la forêt amazonienne. Elle tient un blog et anime un compte twitter.

Rainforest Journalism Fund

 

La différence d’une lettre à peine dans les noms de deux journalistes qui écrivent pour The Guardian au Brésil prête souvent à confusion. Dom est un gars adorable, excellent journaliste, reporter expérimenté et responsable. Nous savions que Dom travaillait à la rédaction d’un livre sur la forêt. J’ai donc demandé à un dirigeant autochtone de la vallée de Javari de m’envoyer une photo de la personne disparue, afin que nous puissions en être sûrs. Avec l’image s’ouvrant à l’écran du téléphone, la certitude nous tordit l’estomac. C’était bien Dom. Notre Dom bien-aimé, avec le visage ensoleillé de celui qui n’a rien à cacher au monde, vêtu du vert de la forêt qui l’entourait.

La douleur est alors devenue plus poignante. Il fallait dire à sa femme, notre amie Alessandra, et à sa famille en Angleterre que Dom avait disparu depuis 24 heures. Il était également nécessaire d’informer le Guardian, le journal avec lequel Dom collabore le plus fréquemment. La personne qui voyageait avec Dom, Bruno Pereira, était l’un des leaders indigènes les plus importants de sa génération, démis de son poste à la FUNAI (Fondation nationale de l’indien) en 2019, par l’ancien ministre de la Justice Sergio Moro, pour avoir commandité une opération de répression des exploitations minières illégales. Bruno avait dû demander congé pour continuer à protéger les autochtones : sous le gouvernement de Bolsonaro, la FUNAI est devenue un organisme hostile aux autochtones.

Nous devions agir très rapidement, car nous savions que le gouvernement Bolsonaro ne ferait rien sans forte pression. Notre crainte allait bientôt s’avérer légitime : le retard délibéré du gouvernement dans la mobilisation des ressources humaines et matérielles pour retrouver les disparus est devenu une évidence dès le premier jour. « L’ordre » de déclencher les « missions humanitaires de recherche et de sauvetage » a mis longtemps à arriver. En tant que journalistes qui couvrons et vivons en Amazonie, nous savons que dans la forêt, le temps est un élément crucial. Chaque seconde compte.

Au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne savons toujours pas si les corps ont été retrouvés ou non. C'est une obscénité de plus de la situation actuelle du Brésil

Ce lundi 13 juin, je me suis réveillée d’une mauvaise nuit en apprenant que les corps avaient été retrouvés attachés à un arbre. Depuis la découverte du sac à dos, des vêtements, des bottes, restes matériels d’une vie, de gestes interrompus et de désirs, un froid s’est installé en moi, de l’intérieur vers l’extérieur, et j’ai passé la nuit à frissonner. Pour ce froid, il n’y a pas de couverture. Pour ce froid, il n’y aura jamais de couverture. Un peu plus tard, la nouvelle a été démentie. Les objets leur appartenaient, mais il n’y aurait toujours pas de corps. Au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne savons toujours pas si les corps ont été retrouvés ou non. C’est une obscénité de plus de la situation actuelle du Brésil.

 

Depuis la semaine dernière, ma plus grande crainte était que les corps ne soient pas retrouvés car je partage la douleur déchirante des membres des familles de disparus politiques de la dictature militaro-entrepreneuriale que Jair Bolsonaro vante tant. Ne pas avoir de corps à pleurer, c’est la torture qui ne s’arrête jamais, c’est le deuil qui ne peut se faire et qui ne sera donc jamais surmonté. Pourtant, j’ai découvert ce lundi matin, qu’il y avait quelque chose en moi qui attendait un miracle parce que j’ai craqué. Il m’a fallu quelques heures pour rassembler ma colère et me remettre sur pied pour écrire ce texte. Et puis, j’ai craqué à nouveau devant l’horreur de ne pas savoir ce qui est vrai ou pas.

Bolsonaro en guerre contre l’Amazonie

Dom et Bruno sont probablement morts. Ils sont les toutes dernières victimes de la guerre menée par Bolsonaro contre la forêt, ses peuples et tous ceux qui luttent pour défendre l’Amazonie.

C’est ça le problème.

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La disparition de Dom et Bruno n’est que la dernière violence en date dans une Amazonie piégée dans ce pays appelé Brésil, dirigé par un partisan de la dictature, des exécutions et de la torture appelé Jair Bolsonaro. Nous sommes en guerre. Et affirmer cela n’est pas de la rhétorique.

C’est désespérant de continuer à crier que nous sommes en guerre et de ne pas être compris. Parce que comprendre, ce n’est pas être d’accord, retweeter ou liker ; c’est quelque chose de plus difficile : c’est agir comme des gens qui vivent une guerre. Si, au Brésil et dans le monde, les gens ne comprennent pas cela, les vies de ceux qui se trouvent sur le sol de la forêt, avec leurs corps en première ligne, auront encore moins de valeur qu’aujourd’hui. Et lorsque les leaders des peuples de la forêt, les environnementalistes, les défenseurs et les journalistes en première ligne seront morts, la forêt le sera aussi. Sans la forêt, l’avenir sera hostile pour les enfants déjà nés. Enfants, neveux, petits-enfants, frères et sœurs de ceux qui lisent ce texte. Vos proches. Vous.

Il y a cinq ans, j'ai choisi de vivre à Altamira, l'une des régions les plus violentes du monde, parce que j'ai choisi d'être en première ligne de la guerre climatique

Il est indéniable que l’émoi national et international suscité par cette disparition est plus important du fait que Dom Phillips est blanc et citoyen britannique. C’est un fait facilement vérifiable si on le compare aux meurtres qui ont ouvert la saison des exécutions cette année en Amazonie, à São Félix do Xingu, la municipalité qui possède le plus grand troupeau de bétail du Brésil. Protecteurs anonymes de la forêt, sans amis influents, José Gomes, Zé do Lago, sa femme, Márcia Nunes Lisboa, et leur fille de 17 ans, Joane Nunes Lisboa, ont été peu pleurés et le crime reste impuni à ce jour. De même, en 2019, Maxciel Pereira dos Santos, collaborateur de la FUNAI depuis plus de dix ans, a été exécuté de deux balles dans la nuque sans que le monde ne bouge. Comme la plupart des crimes contre les personnes invisibilisées, le sien reste également impuni.

Ce que je veux dire, c’est que cet immense mouvement, si fort et si puissant, qui a été lancé pour Dom et Bruno, et dont j’ai fait partie dès la première minute, doit maintenant être animé par tout le monde.

Tous. Toutes. Tou.tes.

Ou nous succomberons. Ceux qui se trouvent sur le sol de la forêt, dans le sang. Ceux qui vivent dans les grandes villes du Brésil et du monde, impactées par le climat, dont la pandémie de covid-19 n’a été qu’un des premiers moments de la catastrophe.

Au Brésil, la violence d’État est omniprésente

Il y a cinq ans, j’ai choisi de vivre à Altamira, l’une des régions les plus violentes du monde, parce que j’ai choisi d’être en première ligne de la guerre climatique. Je soutiens, comme d’autres, que les véritables centres du monde sont les enclaves de la nature, les supports naturels de la vie, comme les forêts tropicales et les océans, les autres biomes, comme le Cerrado et le Pantanal. Dans ces centres, les semaines commencent et se terminent par des maisons incendiées, des coups de feu tirés par des hommes armés, des appels à l’aide de défenseurs de la forêt et de communautés entières, des menaces de mort.

Les véritables centres du monde sont les enclaves de la nature, les supports naturels de la vie, comme les forêts tropicales et les océans

Le début de la semaine dernière, avec la nouvelle de la disparition de Dom, n’a pas fait exception. Seule la victime était plus proche, seul Dom appartenait à la même couche sociale de personnes publiques capables de faire porter sa voix au loin et possédait le passeport de citoyen britannique, ce qui est encore un avantage dans un monde où les murs ne font que se multiplier.

La violence d’État, associée à l’initiative privée, dans la collusion perverse qui a structuré le Brésil, a été massive, principalement depuis la dictature militaro-entrepreneuriale (1964-1985). Il y a eu quelques périodes de moindre violence pendant la re-démocratisation, notamment lorsque Marina Silva était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Lula (Parti des travailleurs - PT), mais la destruction n’a jamais été arrêtée. Les terres autochtones n’ont jamais été délimitées dans leur intégralité, comme le prévoyait la Constitution fédérale, dans les cinq ans suivant sa promulgation en 1988.

À aucun moment, la FUNAI n’a été suffisamment renforcée pour éviter d’être démantelée par des gouvernements ennemis de la forêt et de ses habitants. Les unités de conservation auraient dû être agrandies et réellement protégées, avec des personnels et des moyens techniques permettant une réelle prise en charge, en renforçant des organes tels que l’IBAMA [équivalent brésilien de l’Office nationale des forêts, ndlr] et l’ICMBio, à un niveau bien plus élevé. Cela n’a pas été le cas. Une réforme agraire aurait également dû être réalisée afin de fournir des conditions efficaces pour le développement de l’agroécologie par les paysans sans terre et les colons. Sans réforme agraire dans la forêt et autres biomes, il n’y aura pas de justice climatique.

La mort violente des autochtones, des paysans, des leaders indigènes, des écologistes est fréquente. Pas celle de journalistes. Surtout pas celle de journalistes blancs et encore moins originaires du nord du globe

La violence a connu une nouvelle escalade durant la période précédant la destitution de Dilma Rousseff (PT, gauche) et a explosé depuis que Michel Temer (MDB, droite) a usurpé le pouvoir, soutenu par un Congrès corrompu et une presse complice. Elle a atteint un niveau encore plus critique dès lors que le candidat Bolsonaro a eu une chance de gagner. Lorsque cet extrémiste de droite a pris le pouvoir, l’escalade de la destruction s’est encore accélérée. En cette année électorale du tout pour tout pour Bolsonaro et sa base de soutien en Amazonie, composée de grileiros (accapareurs de terres publiques), exploitants forestiers et de mines illégales, la violence atteint des niveaux sans précédent et la saison des feux n’a même pas commencé.

Cela va s’aggraver.

Plus personne n’est à l’abri

Je tiens à dire avec force qu’en ce moment, une limite a été franchie en Amazonie, sur le territoire brésilien. Et cela place la guerre à un autre niveau d’utilisation de la violence, pour les journalistes également. Si sa mort est avérée, Dom Phillips sera alors certainement le premier journaliste assassiné dans la forêt amazonienne au cours des dernières décennies. Il y a eu des professionnels de la presse exécutés en milieux urbains en Amazonie, mais pas dans la forêt. La mort violente des autochtones, des quilombolas [communautés villageoises héritières des communes libres d’anciens esclaves, ndlr], des habitants des rivières, des paysans, des leaders indigènes, des écologistes et des militants est fréquente. Mais pas celle de journalistes. Et surtout pas celle de journalistes blancs et encore moins étrangers originaires du nord du globe.

Tuer des journalistes, tout comme tuer des étrangers originaires de pays dotés d’un pouvoir économique et politique, est généralement une mauvaise affaire pour les criminels car cela attire davantage de presse, davantage d’autorités, davantage d’attention internationale, davantage de répression du crime. Cela s’est confirmé dans l’histoire récente lorsqu’en 2005, la missionnaire américaine Dorothy Stang a été perforée de six balles dans la municipalité d’Anapu, dans le Médio Xingu. Depuis lors, les prédateurs de la forêt et de ses habitants suivent une double stratégie : d’une part, ils tuent les leaders en ville, afin que le crime ne soit pas présenté comme un conflit territorial ; d’autre part, ils parient sur la disqualification de ceux qui peuvent avoir une résonance plus large, comme cela s’est produit en 2018 avec le père Amaro Lopes, l’une des personnes ayant poursuivi le travail de Stang et qui a été arrêté dans une opération tapageuse destinée à ruiner sa réputation.

C’était une limite respectée par la criminalité pour des questions pragmatiques. Sa violation indique au moins quatre points : 1) le manque de contrôle dans les opérations criminelles, ce qui multiplie les risques ; 2) l’avancée du trafic de drogue et du crime organisé dans la forêt ; 3) l’implication croissante de personnes issues des communautés forestières traditionnelles dans les activités illégales, souvent parce qu’elles n’ont pas d’autre alternative, puisqu’il n’y a plus aucune protection de la part de l’État ; 4) la garantie d’impunité assurée quotidiennement par Bolsonaro et son gouvernement pour les auteurs et les instigateurs des crimes contre la forêt et ses peuples.

Il n'y a pas de choix entre se battre et ne pas se battre. Le choix se résume à vivre en se battant ou à attendre que la guerre tue tout ce que vous aimez et respectez.

Des gens respectables affirment que l’État est absent en Amazonie. Je ne partage pas ce point de vue. Je pense que l’État est très présent en Amazonie aujourd’hui. Bolsonaro s’est approprié l’État et l’a corrompu à un niveau sans précédent. Cela explique le communiqué du commandement militaire de l’Amazonie indiquant qu’il disposait de toutes les formations et conditions pour rechercher les personnes disparues, mais qu’il n’avait pas reçu l’ordre de le faire. Il explique également que ceux qui ont réellement entrepris les recherches et n’ont jamais cessé de chercher, avec toutes les ressources dont ils disposaient, étaient les autochtones, sous la coordination de l’Univaja (Union des peuples autochtones de la vallée du Javari). Les premiers jours, à part eux, il n’y avait littéralement qu’une demi-douzaine de policiers militaires participant de la recherche. Cela explique aussi pourquoi aucun hélicoptère n’a été affecté aux recherches dès le départ.

Il ne s’agit pas d’incompétence ni de négligence. C’est de la méthode. À la veille des élections, Bolsonaro a montré qu’il dominait l’État brésilien et ses bases criminelles, et qu’il ne ferait rien pour les défenseurs de la forêt, qualifiant même « d’aventure non recommandable » l’expédition professionnelle entreprise par Dom Phillips et Bruno Pereira pour dénoncer les crimes commis dans la forêt. La disqualification des victimes, nous le savons bien, est une méthode récurrente. Et ça marche.

De quoi nos demains seront faits ?

Notre lendemain sera déterminé par ce qui se passera selon quatre axes : 1) Élucidation du crime probable et responsabilisation des coupables, bien au-delà des auteurs. Il est nécessaire d’identifier les instigateurs et de les traduire en justice. Il ne suffit pas et il n’a jamais suffi de trouver celui qui a commis l’acte et qui, en général, n’est que le maillon le plus faible de la chaîne d’opérations criminelles dont le commandement et les profits se trouvent souvent hors du Brésil ou dans des États du Centre-Sud, comme São Paulo ; 2) Pression pour une protection réelle de la forêt, avec des sanctions immédiates contre le gouvernement Bolsonaro et une augmentation du boycott des produits de la déforestation et des accords économiques avec le Brésil qui impliquent la déforestation. 3) Renforcement de la mobilisation contre l’ensemble des projets maléfiques, en cours au Congrès, qui permettent une avancée prédatrice sur la forêt, comme ceux qui prévoient l’exploitation minière sur les terres autochtones, la régularisation des terres accaparées et le seuil temporel. 4) Implication directe de chaque citoyen du Brésil et d’autres pays dans la création de réseaux de protection plus larges et plus efficaces des défenseurs de la forêt, afin que chaque crime ou tentative de crime ait des répercussions massives et immédiates.

Le plus difficile en ce moment est aussi notre unique chance de sauver l’Amazonie, ses défenseurs et chacun de nous, habitants de cette planète-maison. Le plus difficile est de comprendre - vraiment comprendre - qu’il s’agit d’une guerre et que l’illusion qu’il existe un endroit sûr n’est que cela, une illusion. Le plus difficile est de comprendre que l’illusion qu’il reste un choix est une partie intrinsèque de ce nouveau type de guerre.

J’ai essayé d’expliquer à mes proches qu’il n’y a pas de choix entre se battre et ne pas se battre. Le choix se résume à vivre en se battant ou à attendre que la guerre tue tout ce que vous aimez et respectez. Dans les villes du Centre-Sud du Brésil, cette illusion peut encore être alimentée et distraite par des produits de consommation et de divertissement. Au cœur de l’Amazonie, dans le Cerrado et d’autres biomes, cette illusion est impossible. La guerre est là, avec nous tous les jours - sans trêve aucune.

Lors de semaines comme celles-ci, nous, qui sommes encore en vie, devons choisir ce que nous dénonçons et pour qui nous nous mobilisons. C’est une honte. Alors que le monde clame à juste titre les noms de Bruno Pereira et Dom Phillips, dans le « lot 96 », un campement paysan d’Anapu (État du Pará), à l’aube, les agriculteurs ont dû se cacher dans la brousse pour échapper aux tirs d’assaillants armés. Erasmo Theofilo, sa femme et ses cinq enfants sont gravement menacés, et d’autres personnes et familles subissent des attaques et des violences dans toute l’Amazonie en ce moment, comme les femmes autochtones violées par des orpailleurs, illégaux en territoire Yanomami.

Effondrement climatique, sixième extinction massive d'espèces : deux catastrophes causées par la minorité dominante qui, selon le penseur yanomami Davi Kopenawa, a mangé la planète

Le fait de devoir choisir pour qui nous protestons est aussi une violence, une violence dans laquelle, en plus d’être violés, nous sommes corrompus. Et pourtant, c’est ainsi. Nous devons mener campagne en faveur des personnes menacées de mort dès maintenant, mais nous craignons de ne pas être en mesure de mobiliser l’opinion publique. Et nous craignons qu’après ces semaines d’horreur, ceux qui se sont déplacés pour Dom et pour Bruno se retirent pour reprendre des forces et que nos cris tombent dans des oreilles épuisées.

C’est la réalité de la guerre. Les corps continuent de tomber parce qu’ils ne sont plus l’exception. Soit nous devenons les frères, les amis, les parents de tous ceux qui tombent ou sont menacés de tomber, quels que soient les liens de sang, d’amitié, de culture ou de nationalité, soit nous continuerons à perdre. Et perdant, perdant jusqu’à ce que nous soyons ceux qui tombent.

J’entends souvent dire que, si nous battons Bolsonaro dans les urnes en octobre, nous pourrons reconstruire le Brésil. Il est clair qu’il n’y a aucune chance pour aucun d’entre nous si Bolsonaro reste au pouvoir. Il n’y a aucune chance, même pour les adeptes du bolsonarisme, si leur « mythe » reste au pouvoir. À un moment donné, plus tôt que tard, ils le découvriront à leurs dépens.

L’Amazonie est proche du point de non-retour

Le fait est, cependant, qu’il ne sera pas possible de simplement « reconstruire » le Brésil. Nous ne sommes pas au 20e siècle et ce qui se passe en Amazonie et au Brésil ne ressemble en rien à l’Europe d’après-guerre, après 1945, ou même à la re-démocratisation du Brésil après la dictature militaro-entrepreneuriale. Nous sommes dans un effondrement climatique. Nous en sommes à la sixième extinction massive d’espèces. Deux catastrophes causées par la minorité dominante qui, selon les mots du grand penseur yanomami Davi Kopenawa, a mangé la planète.

Nous devrons recréer un pays qui a toujours été structurellement raciste et brutalement inégalitaire alors que nous sommes confrontés au plus grand défi de la trajectoire humaine sur notre planète. C’est une tâche immense face à au moins trois générations d’adultes, dont je fais partie, qui sont manifestement égoïstes et corrompus par la logique du marché. Malgré tout, c’est la matière humaine que nous avons, et c’est pourquoi des adolescents comme Greta Thunberg ont pris les devants. Et c’est avec cette matière humaine que nous devons mener cette guerre qui, jusqu’à présent, s’est avérée être un massacre, étant donné la disproportion des forces. Il ne reste que ce pour quoi il faut se battre, car les peuples qui sont restés dans la nature résistent depuis des siècles. Au Brésil, depuis 1500.

La plus importante guerre du moment, celle qui définira l’avenir très proche, le lendemain des enfants qui sont déjà nés, est celle qui se déroule dans la plus grande forêt tropicale de la planète et dans d’autres enclaves de la nature, celles qui, selon nous, sont les centres légitimes du monde. La guerre que la Russie de Vladimir Poutine inflige à l’Ukraine est encore une guerre du 20e siècle. Les guerres les plus longues et les plus difficiles à gagner, celles du 21e siècle, sont celles qui se déroulent sur les supports naturels de la vie en ce moment, celles qui viennent de faire de Dom Phillips et Bruno Pereira des victimes. Si nous ne comprenons pas ce changement clé, il sera peut-être impossible de donner la réponse urgente dont nous avons besoin maintenant si nous voulons arrêter notre autodestruction.

La guerre amazonienne est la guerre contre les mangeurs de planète. C'est à nous, qui sommes encore en vie, de mener cette guerre. Soyons dignes et battons-nous

L’Amazonie pourrait, selon les scientifiques, être à quelques années seulement du point de non-retour. Sans la forêt sur pied, il n’y a aucune possibilité de contrôler la surchauffe mondiale. La disparition de Dom Phillips et Bruno Pereira marque également un point de basculement en Amazonie. Un autre type de point de basculement, mais toujours très dangereux pour la santé de la planète. En tant que journalistes, nous devons répondre à la violence par le journalisme, nous devons terminer le travail que Dom Phillips a commencé. En tant que peuple vivant de cette planète, nous devons montrer que pour chaque personne qui tombe, des milliers se lèvent.

Mais ce n’est pas encore suffisant. Si nous voulons que les enfants du présent puissent avoir un avenir, la communauté mondiale doit cesser d’être une fantasmagorie et commencer à exister sur le terrain de l’action, en s’engageant dans la guerre la plus meurtrière de notre époque, la guerre de la nature, la guerre de l’Amazonie. Dans cette guerre, là où aujourd’hui des spécimens meurent, dans le futur une espèce entière pourrait succomber. Comme toutes les guerres, elles ne requièrent pas notre action une ou deux fois, elles exigent notre engagement quotidien, elles exigent d’être notre première pensée au réveil et notre dernière pensée au coucher. Subir la guerre et ne pas la reconnaître est la forme la plus dangereuse de déni. Je ne fais pas référence au déni calculé de Bolsonaro et de ses partisans, mais au déni qui domine la majorité comme symptôme - et aussi comme bouclier, contre l’insupportabilité de la vie en situation de catastrophe.

Bruno Pereira connaît l’essence de cette guerre et n’a jamais cessé de se battre. Dom Phillips est en train d’écrire un livre intitulé : « Comment sauver l’Amazonie ? » Et nous ?

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Même les organismes les plus primitifs ont un instinct de survie. Je fais appel ici à l’instinct de survie de chacun. Tout ce que nous faisons n’est pas suffisant. Il est temps de faire non seulement ce que nous savons, mais aussi ce que nous ne savons pas. Pas seulement par altruisme ou par compassion pour ceux qui tombent. Mais pour la vie. La guerre de l’Amazonie est la guerre de ce temps. La guerre amazonienne est la guerre contre les mangeurs de planète. C’est à nous, qui sommes encore en vie, de mener cette guerre. Soyons dignes et battons-nous.

Eliane Brum
Traduction : Philippe Aldon (Autres Brésils)

En photo : des agents de la police fédérale brésilienne, à Anapu (État du Para), après l’attaque, fin mai, par des pistoleros d’une exploitation en agroécologie sur laquelle vivent 54 familles dont 25 enfants / CC Mídia NINJA

 

 

 

 

Posté par crasputas à 07:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 avril 2022

La résilience selon Macron

source : https://sniadecki.wordpress.com/2022/04/24/ribault-macron/

Gérer la catastrophe au lieu de lutter contre

Dans la logique macroniste, les catastrophes sont inévitables et, en dépit de la mort qu’elles sèment, il ne s’agit pas de les empêcher mais de « vivre avec ». Cette résilience mise en valeur par le pouvoir vise avant tout à ce que ses sujets continuent à être fonctionnels sans être paralysés par la panique ou l’anxiété.

À ceux qui s’étonnent encore de la volonté du candidat Macron de pousser encore plus loin le modèle productiviste et hypertechnologique qui est en grande partie responsable des catastrophes climatique, sanitaire et énergétique dans lesquelles nous nous trouvons, il convient de rappeler qu’en bon collapsologue, le président sortant n’a jamais eu l’intention d’empêcher ni les désastres en cours ni ceux à venir, mais d’amener chacun à consentir à « vivre avec ». De fait, se renforcer dans l’épreuve est au cœur de la métaphysique étatique du malheur vertueux qu’il incarne.

Si l’on en croit la lecture du très discret rapport de la mission parlementaire sur la résilience nationale, publié en février 2022, « engagement et résilience de la nation » constituent le programme d’une République en marche acquise aux thèses effondristes, selon lesquelles les désastres sont inéluctables. Sous la férule de la commission de la défense nationale et des forces armées en la personne de Thomas Gassilloud, rapporteur principal, il s’agit d’« envisager les chocs de toute nature auxquels le pays doit se préparer » et d’éduquer les citoyens à être des bons soldats au service d’une « défense totale » de la nation.

Dans un contexte de « conflictualité généralisée à tous les espaces » et de « compétition stratégique » entre grandes puissances, ces parlementaires imprégnés de militarisme en appellent à un engagement en faveur d’un durcissement de la nation qui ne peut passer que par un endurcissement des individus. Ils s’inquiètent du fait qu’« auparavant, alors que l’effort de guerre et ses répercussions sur la population française étaient considérables, ils étaient acceptés par la société », tandis qu’aujourd’hui, « l’acceptabilité sociale des crises et des difficultés est devenue plus faible ». Comment les adeptes de la Résilience En Marche envisagent-ils de nous adapter aux désastres ?
Éloge du sacrifice

L’incantation à la résilience lancée par les auteurs de ce rapport en passe par l’éloge du sacrifice, sous couvert de solidarité :

« Des centaines d’exemples d’héroïsme civil et militaire montrent la résistance collective des peuples face aux épreuves – famines, invasions, exils – qu’ils traversent, illustrant que les membres d’une société humaine peuvent être habités par un sentiment ou des idéaux qui leur paraissent plus élevés que leur propre vie. »

Nous voici donc rassurés sur l’avenir, du fait que :

« La crise du Covid-19 a prouvé que des milliers de citoyens étaient prêts à s’engager, y compris en prenant des risques. »

Il est vrai que pour les précepteurs de la résilience, on ne souffre jamais en vain.

On ne s’étonnera donc pas qu’outre l’« évaluation des effectifs directement mobilisables pour contribuer à la résilience nationale, c’est-à-dire des hommes et des femmes susceptibles d’intervenir en première ligne en cas de crise grave », les rapporteurs préconisent une généralisation du service national universel et du port de l’uniforme dans les écoles. Ainsi peut-on lire que, « chez de nombreux jeunes et moins jeunes, l’abondance inhérente à la société de consommation a fait oublier la possibilité du manque matériel, l’habitude du confort a fait perdre l’aptitude à la rusticité » aboutissant à « une société qui assimile moins le risque et le danger, et perd en résilience face à l’adversité ».

Bref, nous serions des sous-hommes enjoints à nous tenir prêts à nous faire crucifier dans l’espace canonique de la résilience sans cesse en expansion. Décidément, dans ce « monde en guerre » dans lequel nous sommes projetés et dont il nous faut nous accommoder à tout prix, la quête effrénée de résilience nationale prend les allures d’une rhétorique de nationale-résilience.
La résilience pour ne rien changer

Risques et menaces seraient partout : il en va de la guerre des minisatellites en orbite basse, indispensables au déploiement de la 5G, comme de la « menace cyber », de la crise climatique, des épidémies de maladies infectieuses émergentes touchant l’humain, des pannes de service internet, des tentatives de déstabilisation par la désinformation, ou des agressions directes. Il s’agit de les identifier sans jamais remettre en question leurs causes.

En revanche, concernant ce sur quoi nous pourrions effectivement agir, c’est le grand silence. Nous ferions tous partie des forces vives de la résilience nationale pour sauver la 5G et non pour que tout le monde, en France, ait un toit et mange à sa faim. Quant à la leçon de la « crise sanitaire », elle réside dans la nécessité d’être solidaires, non pas pour se battre afin d’avoir suffisamment de lits d’hôpitaux pour la prochaine pandémie annoncée, mais pour « renforcer significativement notre autonomie en matière de production industrielle et d’approvisionnements ». Effectivement, à quoi serviraient des lits supplémentaires dans un contexte où « la crise sanitaire a montré l’aptitude remarquable de notre pays à résister aux conséquences de la catastrophe », notamment grâce au « dynamisme de la société civile » et à « des services publics développés et performants » ?

De même, bien que soulignant avec force le rôle des activités humaines dans l’« accélération de la fréquence des épidémies », notamment en matière d’élevage industriel et d’urbanisation échevelée, les auteurs ne nous proposent là encore que la résilience comme arme d’adaptation massive aux effets des catastrophes. Non seulement le modèle de la ferme industrielle n’est aucunement questionné, mais son expansion est encouragée par les actions biosécuritaires : confinement, vaccination, destruction de cheptels. De manière similaire, pour toute réponse au dérèglement climatique, les résilients en marche se rabattent sur une énergie nucléaire dont ils reconnaissent pourtant qu’« elle comporte inévitablement des risques industriels, sanitaires et environnementaux », et « s’accompagne d’exigences supplémentaires de prévention des accidents et de résilience en cas de survenue de ces derniers », substituant la fatalité des risques liés à l’atome à celle des risques liés au réchauffement. Car résilier signifie gouverner dans la fatalité des désastres, sans jamais se demander si l’adaptation est véritablement adaptée.
La promesse de la violence

Pour les rapporteurs :

« Nous avons tous le devoir de faire prendre conscience à nos concitoyens que le monde qui les entoure est un monde violent et qu’ils vont être rattrapés par cette violence très rapidement, quoi qu’il arrive. »

Une fois ce vent de panique semé, ils prescrivent d’« éviter que s’immisce au sein de la population des jeunes une peur du futur », car :

« si ce futur est perçu comme hostile, comme menaçant, cela devient très problématique […] la propension à l’anxiété et à la frustration des générations actuelles tend à réduire notre capacité de résilience collective dans une situation de crise grave. »

Dans cet édifiant exercice de double pensée, où il faut simultanément avoir peur et cesser d’avoir peur, il s’agit donc d’évacuer cette anxiété que craignent tant les dirigeants, pour mieux se préparer au pire sans jamais se révolter contre ses raisons. Le récent « Plan de résilience économique et sociale » proposé pour faire face à la flambée des prix de l’énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine, s’inscrit pleinement dans ce gouvernement par la peur de la peur, la remise à la pompe ayant pour principale fonction d’étouffer toute volonté de révolte. Mieux vaut des Français ultra-résilients, plutôt qu’« ultrajaunes », pour reprendre le terme des parlementaires. Le « bouclier tarifaire » est un palliatif temporaire aux boucliers des CRS.

Tout comme à Fukushima les autorités ont enjoint la population à participer à la gestion du désastre en décontaminant afin d’apprendre à ne plus avoir peur de la radioactivité, on veut demander aux Français de cogérer les catastrophes avec des bouts de ficelle pour qu’ils se calment :

« Votre rapporteur estime qu’il est indispensable qu’en France, les populations soient mises dans la position d’acteurs plutôt que de consommateurs, comme lorsque nous avons été incités à fabriquer nous-mêmes des masques sanitaires. Cette implication pourra, en retour, réduire le sentiment d’anxiété, voire d’angoisse, éprouvé. »

Ce gouvernement par la peur de la peur est cohérent avec l’abandon du principe de précaution, cet empêcheur de résilier en rond jugé « omniprésent », faisant l’objet d’une « utilisation abusive », et contribuant à « donner le primat à l’émotion et à l’irrationalité ». Les auteurs en appellent à une évolution collective de notre rapport au risque :

« En passant d’un principe de précaution à un principe de résilience, qui reposerait sur une approche bénéfice-risque perçue comme plus souple et plus dynamique ».

Conscients du fait que « la communication gouvernementale est un enjeu majeur de bonne gestion d’une crise », les résilients En Marche confirment que l’administration des désastres, c’est-à-dire la cogestion généralisée des catastrophes et de leurs dégâts, est indissociable de l’administration des sentiments et des émotions à leur égard. Car la morale de la fable de la résilience est toujours la même : rien ne sert de se fâcher, il faut résilier à point.

Thierry Ribault
Chercheur en sciences sociales
au Clersé-CNRS-Université de Lille.

Il est l’auteur de Contre la résilience. À Fukushima et ailleurs,
éd. L’Échappée, 2021.

 

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Tribune publiée sur le site Reporterre le 20 avril 2022.

Evelyne Pieiller :

Résilience partout, résistance nulle part

2021

Jusqu’où aller dans la mise en œuvre de nouvelles contraintes, et comment y aller ? Comment faire pour qu’elles apparaissent justifiées, voire bénéfiques, pour s’assurer de leur acceptabilité sociale ? Le recours aux sciences cognitives permet d’armer dans ce but les politiques publiques et de contribuer à un modelage de nos comportements ; ce qu’illustre la valorisation de la « résilience ».

« Ici, la résilience a la saveur d’une crépinette de pied de cochon. » Moins d’une semaine après les attentats du 13 novembre 2015, c’est ce qu’on pouvait lire dans un article du journal Le Monde vantant un restaurant. On peut supposer que la crépinette était d’autant plus forte en embrayeuse de résilience que ledit restaurant était situé dans l’un des arrondissements où avaient eu lieu les fusillades. C’était hardi, mais précurseur. Cinq ans plus tard, le mot est mis, si l’on ose dire, à toutes les sauces. Les institutions internationales, le monde de la finance, du management, de la santé publique, les économistes, les urbanistes, les climatologues : tous y recourent. Les politiques en raffolent. M. Joseph Biden a évoqué dans son discours d’investiture, le 20 janvier dernier, la « résilience » de la Constitution américaine. M. Emmanuel Macron le décline sans craindre de se répéter. S’il évoque, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les « scénarios de résilience » (France Info, 19 février 2021), il sait aussi se montrer plus inventif. Ainsi, pour le cinquantième anniversaire de la mort du général de Gaulle, le 9 novembre 2020, il salue son « esprit de résilience ». Il baptise la mobilisation de l’armée en mars 2020 opération « Résilience ». Au Forum économique mondial de Davos, le 26 janvier dernier, il se déclare « pour un capitalisme résilient ». Un récent projet de loi s’intitule « Climat et résilience ». Les ministres partagent le lexique du président, et Mme Roselyne Bachelot évoque avec entrain, sur fond de suspense durable, un « modèle résilient de fonctionnement des lieux culturels » (Twitter, 23 décembre 2020).

Manifestement, être résilient, c’est bien.

C’est peut-être même le bien.

Certes, on s’en est longtemps passé. Par exemple, si on se souvient bien, le général de Gaulle donnait plus dans la résistance que dans la résilience. Mais il est clair, quel que soit par ailleurs le flou qui l’entoure, qu’elle est toute vibrante d’une « positivité » particulière. On fait remonter sa popularisation en France aux travaux du psychiatre Boris Cyrulnik, autrefois membre de la commission Attali sur les freins à la croissance et devenu « le psy préféré des Français » – ses livres figurent, depuis le début des années 2000, parmi les meilleures ventes du secteur du développement personnel [1]. Cyrulnik définit la résilience comme :

« La capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque grave d’une issue négative. » [2]

Positivons ! Tout un lexique a fleuri en relation avec cette merveilleuse capacité : face aux « accidents de la vie », on peut « se reconstruire », « rebondir », voire « se réinventer ». La souffrance peut vous faire du profit, en une version psychologique de la destruction créatrice…
Chocs intimes et crises sociales

On voit assez vite l’intérêt de mettre en avant cette émouvante notion. D’abord, elle a le charme de pouvoir s’appliquer de façon équivoque à l’individu et au collectif, comme si étaient superposables les chocs intimes et les crises sociales. Et puis, c’est quand même autre chose que le courage, la chance, l’entraide, la lutte, tous éléments qui permettent de fait de « s’en sortir », mais qui, franchement moins « psy », n’ont pas ce beau mystère du processus mental qui vous sauve et vous recrée. Il s’agit là d’une opération très réussie de célébration de la magie de nos ressources, qui maquille « l’adaptation permanente du sujet au détriment de la remise en cause des conditions de sa souffrance », comme le formule Thierry Ribault dans un livre précis et emporté [3].

Son extrême valorisation est bien sûr en accord avec l’air du temps, qui invite chacun à se considérer comme un capital à faire fructifier. Mais, de façon plus large, la promotion de la résilience comme modèle diffus de traversée profitable des épreuves, du résilient comme modeste héros qui a reconnu et transformé ses fragilités est une arme idéologique et politique idéale. Elle est de fait posée aujourd’hui et saluée comme la solution pour surmonter les temps difficiles. Ce que confirme l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), aujourd’hui intégré au ministère de l’intérieur, quand il propose en mars 2020 « la résilience comme axe de communication de crise ». Le contrat passé le 17 mars 2020 avec la BVA Nudge Unit (l’« unité coup de pouce » du groupe BVA), chargée de conseiller le gouvernement dans sa gestion de la pandémie, éclaire son rôle et le cadre dans lequel se situe la nouvelle « fabrique du consentement ». Car « coup de pouce » est le terme inoffensif qui désigne des techniques de suggestion indirecte chargées d’influencer, sans contrainte, les motivations et la prise de décision, de nous extraire en douceur de notre irrationalité spontanée, obstacle naturel à l’adoption de la « bonne pratique », en l’occurrence… de la résilience [4].

En France, BVA Group, société d’études et de conseil, offre, selon son site, des expertises « pour comprendre les individus et leurs usages émergents, afin d’anticiper les grands mouvements », mais aussi « de la communication pour créer, émouvoir et convertir [sic] grâce au formidable pouvoir des idées, de l’imagination et de la créativité ». Le site de sa filiale BVA Nudge Unit précise avec moins de lyrisme :

« Nous actionnons les “facteurs de changement” qui façonnent les comportements. »

On sait que la perception et l’interprétation du monde se traduisent en informations électrochimiques au long d’un réseau de nerfs et de cellules nerveuses (neurones) qui font circuler des signaux ; pour résumer, les neurones « codent » l’information. Les neurosciences, qui décrivent et interrogent cette transmission, peuvent se spécialiser dans l’examen de ce qui est mis en jeu dans les comportements ou dans les capacités mentales. Quelle fonction remplit la sérotonine, l’« hormone du bonheur » ? Quel rôle joue la dopamine dans les addictions ? Quelles sont les zones de la réflexion dans le cerveau, que s’y passe-t-il quand elles sont activées ? Ces neurosciences, qu’on appelle alors « cognitives », cherchent ainsi à identifier ce qui produit du « rationnel » et de l’« irrationnel », à cerner la connexion entre le conscient et l’inconscient, et, en s’appuyant sur l’examen des dysfonctionnements, à définir le processus physiologique qui sépare le normal du pathologique.

Elles portent donc sur des sujets majeurs, car elles contribuent à établir « scientifiquement » des normes de santé, psychiques ou comportementales, et peuvent être sollicitées pour corriger, améliorer ou transformer des « mécanismes » défaillants [5]. Puisqu’on sait quels messagers chimiques interviennent par exemple dans les émotions, puisqu’on connaît la localisation cérébrale de l’attention, il serait regrettable de ne pas profiter de ces avancées étourdissantes pour aider les individus à surmonter leurs difficultés ou à optimiser leur potentiel. Il suffit pour cela d’une analyse fine des processus, d’une cartographie détaillée des connexions neuronales et du recâblage des mécanismes. C’est à quoi va contribuer l’examen des « biais cognitifs ».

Dans les années 1970, les psychologues Daniel Kahneman (prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, dit « Nobel d’économie », en 2002) et Amos Tversky avaient mis en lumière l’irrationalité de certains choix économiques [6]. Ce qui conduit à la prise de décision erronée est un raccourci généralement inconscient dans le traitement de l’information, qui lui fait subir une distorsion. Ce « biais cognitif » a pour lui le charme de la rapidité (on ne se fatigue pas le cerveau) et de l’évidence (il rayonne de certitude). On en est aujourd’hui à un répertoire d’environ deux cents biais cognitifs. Nous nous en tiendrons à quelques exemples : le « biais de confirmation », lorsque nous préférons ce qui va dans le sens de nos croyances ; le « biais de cadrage », lorsque nous choisissons ce que la présentation du propos nous incite à choisir ; ou encore celui qui pousse à valoriser le court terme. Il ne semblerait pas vraiment nécessaire de s’attarder sur ces biais, qui ressemblent assez au poids des préjugés, de la rhétorique, du tempérament, etc., si les neurosciences ne les incorporaient à leur champ d’étude, dans la perspective d’agir sur eux.

Selon elles, ces biais, dûment repérés dans toutes sortes de domaines, de la mémorisation aux relations sociales, présentent quelques caractéristiques remarquables. Contrairement à l’erreur, qui est aléatoire, ils seraient systématiques ; ils opéreraient chez tous les individus ; et ils seraient immémoriaux : durant la préhistoire, leur fonction était « de permettre à notre cerveau d’économiser du temps et de l’énergie » [7]. Mais, autrefois utiles, ils faussent aujourd’hui « nos décisions quotidiennes » [8]. Ces faiblesses universelles produisent un état émotionnel et orientent notre pensée. Or le fonctionnement du biais, à l’instar de celui de toute opération mentale, peut être modulé grâce à l’intervention de messages autres : pour que la décision soit moins émotionnelle, plus pertinente, changeons les connexions.

C’est là le rôle des nudges. On connaît l’histoire de la mouche cible dessinée au fond des urinoirs à Amsterdam, qui a effectivement permis une forte diminution des frais de nettoyage. L’anecdote est célèbre ; le sont un peu moins les multiples Nudge Units qui ont été mises en place pour guider certaines actions politiques : au Royaume-Uni, en 2010, dans le gouvernement de M. David Cameron ; en 2013, aux États-Unis, auprès de M. Barack Obama… En France, comme le résume M. Ismaël Emelien, qui a fait recruter la filiale de BVA lorsqu’il était conseiller de M. Macron, l’objectif n’est pas si loin de la mouche cible :

« On fait juste en sorte que la personne regarde dans la bonne direction. C’est complètement indissociable de l’intérêt général. » [9]

C’est très gentil. C’est toujours très gentil quand on pense pour nous, qui pensons mal. Concrètement, la Nudge Unit gouvernementale entreprend de « construire le bien-être et la résilience à long terme », car cette dernière ne saurait être une grâce personnelle, un don inexplicable, non : elle se « construit ».

Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici de la simple virtuosité de communicants surdoués. M. Éric Singler, responsable de la BVA Nudge Unit, le souligne :

« Informer et convaincre, à partir d’éléments rationnels, un individu qui ne l’est pas n’est pas pertinent pour qu’il change son comportement. » [10]

Et il insiste :

« Le Nudge implique un changement comportemental, pas seulement un changement d’image. Son enjeu n’est pas de créer une motivation, mais bien de faire basculer les gens de l’intention à l’action. L’intention se crée par la pédagogie et la communication. L’action se crée, elle, par la bascule comportementale. » [11]

Vive la mouche. Autrement dit, l’objectif, pour reprendre les mots de la philosophe Barbara Stiegler, est un « modelage infra-conscient de nos comportements » [12].

La Nudge Unit est discrète sur ses actions, ce qui se comprend. Néanmoins, il est clair que construire la résilience, et donc recâbler les connexions pour induire à accepter ce qui est censé contribuer à la résilience générale, passe évidemment par la culpabilisation, intériorisée, du « déviant » et par la gratification, intériorisée, de la « bonne pratique », porteuse d’un avenir radieux. Toutes émotions qui, une fois les neurones enfin codés correctement, modifient vertueusement les comportements et permettent d’accueillir les contraintes nécessaires à l’amélioration de l’état personnel comme de la situation collective. Les sciences cognitives « arment » ainsi, pour reprendre un terme cher à M. Singler, les politiques publiques, en rendant acceptables de nouvelles normes sociales, qui apparaissent alors morales, altruistes, bénéfiques pour tous.
Disparition du mauvais esprit

Évidemment, il y a de quoi s’assombrir. On peut s’effarer de la « scientisation » d’une entreprise politique de… mise aux normes. On peut être horrifié par la manipulation idéologique, le cynisme de l’éloge secret de l’adaptation, où disparaîtraient les mauvaises émotions et le mauvais esprit qui conduisent à l’insoumission. Mais on peut aussi remarquer avec un certain plaisir que la volonté de transformer chacun en soutien de la résilience a dû s’assortir de moyens de coercition aussi archaïques que les contraventions, et que l’« opinion publique » n’est pas entièrement convaincue de la puissance de réinvention censée naître des crises et des états d’urgence…

Evelyne Pieiller

Article publié dans le mensuel Le Monde diplomatique en mai 2021.

[1] Cf. l’étude cinglante de Nicolas Chevassus-au-Louis, « Le grand bazar de Boris Cyrulnik », Revue du Crieur n°6, 2017/1.

[2] Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, Paris, 1999.

[3] Thierry Ribault, Contre la résilience. À Fukushima et ailleurs, L’Échappée, 2021.

[4] Le terme a été popularisé par l’économiste Richard Thaler et le juriste Cass Sunstein dans Nudge. La méthode douce pour inspirer la bonne décision, Vuibert, coll. Signature, 2010. Richard Thaler a reçu le « prix Nobel d’économie » en 2017.

[5] Elles sont déjà à l’œuvre, entre autres, dans la réflexion pédagogique. Cf. Stanislas Dehaene, Les Neurones de la lecture, Odile Jacob, 2007. L’auteur est président du conseil scientifique de l’éducation nationale, mis en place par le ministre Jean-Michel Blanquer.

[6] Lire Laura Raim, « Pire que l’autre, la nouvelle science économique », Le Monde diplomatique, juillet 2013.

[7] Éléonore Solé, « Comment notre cerveau nous manipule-t-il ? », Sciences et Avenir, 21 juillet 2019.

[8] Jérôme Boutang et Michel De Lara, Les Biais de l’esprit. Comment l’évolution a forgé notre psychologie, Odile Jacob, 2019.

[9] Cité dans Géraldine Woessner, « Emmanuel Macron et le pouvoir du “nudge” », Le Point, 4 juin 2020.

[10] Éric Singler, « Pour une “nudge unit” à la française », Libération, 11 mai 2014.

[11] Cité dans Hubert Guillaud, « Où en est le nudge (1/3) ? Tout est-il “nudgable” ? », InternetActu, 27 juin 2017.

[12] Barbara Stiegler, De la démocratie en pandémie. Santé, recherche, éducation, Gallimard, coll. Tracts, 2021.

 

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 https://youtu.be/NhlJtMuhSC0

 

 

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15 avril 2022

Pasvoter et Décroissance

ceriseCommune

Très grandesoleil

ecotopieGDemenge

https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2022/04/05/albert-libertad-le-criminel-cest-lelecteur/#more-3662

Albert Libertad, « Le criminel, c’est l’électeur »

L’Anarchie, n° 47, 1er mars 1906

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants, quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras – par crainte – et que tu fabriqueras toi-même – par croyance à l’autorité nécessaire – des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal-vêtu, le mal-nourri, le mal-abrité ? Oui, pourquoi le sans-pain, le sans-souliers, le sans-demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien. Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote – et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que, n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aie confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement tu pourras vivre pleinement.

Le Criminel, c’est l’Électeur !

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http://cqfd-journal.org/Ce-cirque-qui-consiste-a-voter

Paru dans CQFD n°208 (avril 2022)
Par Simone Sittwe
Illustré par Cécile Kiefer

Mis en ligne le 08.04.2022

Si on ne se hasardera dans ces pages à aucun pronostic quant au résultat de la présidentielle, ce qu’on peut en revanche affirmer sans trop de risque, c’est que Francis Dupuis-Déri n’ira pas voter les 10 et 24 avril. D’une, parce qu’il est Québécois ; de deux, parce que mettre un bulletin dans une urne, c’est pas franchement sa came. Chercheur et professeur de sciences politiques et d’études féministes à l’Université du Québec à Montréal (Uqam), ce spécialiste des mouvements sociaux est aussi l’auteur d’un essai qui fleure bon la sédition : Nous n’irons plus aux urnes, sous-titré Plaidoyer pour l’abstention, paru chez Lux en 2019.

Quand on l’interroge sur l’intérêt politique de s’abstenir, Francis Dupuis-Déri ne fait pas dans la dentelle : « Pour ne pas participer au choix de nos maîtres ; ne pas cautionner un système fondamentalement inégalitaire qui maintient au pouvoir un monarque élu (le président) et une aristocratie élue (les parlementaires) ; parce qu’on a si souvent été déçus ; qu’on n’en peut plus de voter “contre” ; qu’aucune candidature ne correspond à nos priorités, nos valeurs, nos espoirs et nos intérêts  ; parce que la vie est ailleurs… »

Une diatribe à l’emporte-pièce ? On en est loin, l’opuscule de Francis Dupuis-Déri reposant en grande partie sur des éléments d’histoire politique solides et des réflexions inspirantes, imprégnées entre autres de la pensée de grandes figures de l’anarchisme, de Louise Michel à Errico Malatesta en passant par Voltairine de Cleyre et Pierre Kropotkine. Entretien.

Vous parlez du vote comme d’un outil de « dépossession », voire « d’usurpation » de notre pouvoir politique par les élites. C’est-à-dire ?

« Le fait est que les expériences de démocratie réelle, ou directe, ne connaissaient pas le vote ni d’élites élues. C’était vrai à Athènes mais aussi chez les Premières Nations autochtones en Amérique du Nord, avant que les puissances coloniales anglaise et française ne détruisent leur système politique, et en bien d’autres endroits du monde où les décisions se prenaient collectivement dans des assemblées de villages, y compris au Moyen Âge en Europe – et parfois dans des assemblées non mixtes de femmes, comme chez les Igbo au Nigéria, avant que le colonisateur anglais ne les interdise au début des années 1930. Lors de la fondation des premières républiques modernes à la fin du XVIIIe siècle, d’abord aux États-Unis d’Amérique après la guerre d’indépendance contre l’Angleterre, puis en France et à Haïti, les élites révolutionnaires n’ont pas proposé d’instaurer la démocratie directe et elles ne se définissaient même pas comme “démocrates” – mot repoussoir qui évoquait le chaos et la tyrannie des pauvres. Elles ne visaient qu’à remplacer l’ancienne aristocratie coloniale et monarchiste, en instaurant un régime électoral, qui n’est rien d’autre qu’une aristocratie élective.

Ce n’est que plus tard, dans les années 1820 aux États-Unis et en 1848 en France, que certains candidats vont commencer à se prétendre démocrates, par pur calcul électoral (car c’est un discours qui séduit le peuple), sans pour autant proposer d’abolir le parlement ni d’instaurer un système de démocratie directe dans lequel ils se retrouveraient d’ailleurs au chômage ! Évidemment, cette aristocratie élue se gargarise de beaux principes comme “la souveraineté du peuple” et “la démocratie”, mais c’est elle qui détient et exerce le véritable pouvoir politique, qu’elle partage avec le monarque élu, le président.

Aujourd’hui, non seulement nous sommes dépossédés du pouvoir politique réel par une élite qui prétend nous gouverner pour notre bien, mais on nous culpabilise1 si on refuse de participer à ce cirque qui consiste à voter pour nos maîtres…. sans parler de l’imbrication entre les élites politiques, économiques et médiatiques. »

On rappelle souvent aux abstentionnistes que certaines personnes sont mortes pour le droit de vote. Or, vous écrivez que « rendre hommage avec insistance aux personnes mortes pour le droit de vote contribue souvent à occulter la mémoire de celles qui défendaient […] l’autogestion, l’autonomie, l’anarchie »…

« Des gens sont morts pour toutes les causes : pour défendre la monarchie ou le fascisme et aussi, il est vrai, pour obtenir le droit de vote. Ces derniers ont permis à la nouvelle élite libérale-républicaine d’accéder au pouvoir. Mais une fois instauré, ce régime parlementaire est aussi inflexible que le précédent et ne permet certainement pas son remplacement par la vraie démocratie, la démocratie directe. Dans les faits, des défenseurs du parlementarisme ont aussi, de leur côté, assassiné et massacré des partisans de la démocratie directe, par exemple conseillistes ou anarchistes. Même les Communes ont été écrasées par le régime parlementaire centralisateur, comme vous le savez très bien en France… Bref, à chacun ses héros, à chacun ses martyrs, à chacun ses bourreaux. »

Vous évoquez l’histoire des suffragettes de Grande-Bretagne dont on célèbre encore aujourd’hui la victoire, tout en éludant les modes d’action qui l’ont rendue possible…

« Le mouvement anglais du droit pour les femmes de voter – et d’être élues – s’est divisé entre les suffragistes et les suffragettes. Les premières ont commencé, vers la fin du XIXe siècle, à pratiquer le lobbying auprès de députés favorables à leur cause, à lancer des pétitions, à publier des journaux, à organiser des meetings et à parader avec des bannières frappées du slogan « Law Abiding Suffragists » [Suffragistes respectueuses de la loi]. Les secondes, apparues au début du XXe siècle, ont pour leur part décidé de passer à l’action directe après avoir constaté qu’une quarantaine d’années à demander poliment le droit de vote n’avait abouti à rien. Comme en France et ailleurs, les hommes n’avaient pas oublié d’accorder aux femmes le droit de voter et d’être élues : ils le leur refusaient régulièrement, votant contre des dizaines de projets de lois en ce sens.

Les suffragettes ont donc convenu qu’il fallait déranger le plus possible. En 1903, elles forment la Women’s Social and Political Union (WSPU), qui publie un journal (Vote for Women) et organise des meetings et des manifestations. Elles se mettent aussi à perturber les rassemblements des partis politiques, à tel point que les femmes s’y voient par la suite refoulées à l’entrée. Qu’importe, les suffragettes ripostent. En se postant sur les toits avoisinants pour lancer des tuiles sur la foule. Ou bien en organisant des manifestations devant le Parlement, qui virent parfois à l’émeute, certaines militantes parvenant à pénétrer dans le bâtiment. Elles manifestent aussi dans le centre-ville de Londres, où elles saccagent à coups de marteaux ou de pierres les vitrines de bureaux gouvernementaux, de grands magasins et de journaux antisuffragistes comme le Daily Mail et le Daily News.

« Qu’importe, les suffragettes ripostent. »

Des centaines d’entre elles sont arrêtées. Leur dirigeante Emmeline Pankhurst déclare alors que “l’argument du carreau brisé est l’argument qui a le plus de valeur en politique moderne”. Et elles ne s’arrêtent pas là : les suffragettes saccagent des terrains de golf, coupent des fils télégraphiques et vandalisent des œuvres d’art, si bien que la National Gallery, la Tate Gallery et la Wallace Collection ferment leurs portes et que le British Museum n’accepte les femmes que si elles s’engagent formellement à rester calmes. Des centaines d’entre elles sont ensuite emprisonnées et entament des grèves de la faim avant d’être gavées de force. Elles vont enfin perpétrer plus de 300 attentats à la bombe ou incendies en 1913 et 1914, prenant pour cibles des églises, des trains, des résidences secondaires de ministres antisuffragistes. Raconter cette histoire permet de réfléchir à la pertinence de l’action directe et des actions de perturbation, à la légitimité des black blocs2, etc. »

Un siècle plus tard, on observe un taux d’abstention élevé chez les classes populaires ainsi que dans les territoires français d’Outre-mer, comme chez les populations autochtones du Québec. Comment l’expliquer ?

« En fait, le taux d’abstention est généralement plus élevé dans les catégories de la population les plus pauvres ou les plus marginalisées, et on en conclut souvent que cela représente un déficit d’intégration. On pense aussi, à l’inverse, que les catégories supérieures, chez lesquelles le taux de vote est le plus élevé, sont plus responsables, mieux éduquées, mieux intégrées. Le choix des mots est important. Pour ma part, je préfère dire que ces dernières ont été bien élevées, qu’elles sont bien endoctrinées, bien assimilées au système – qui d’ailleurs sert très bien leurs intérêts, en particulier matériels.

« La question importante n’est pas pourquoi les Mohawks refusent de voter, mais pourquoi devraient-ils voter ? »

A contrario, il suffit de demander aux catégories défavorisées pourquoi elles votent si peu pour obtenir des réponses très claires : aucune élite politique ne les représentant vraiment, c’est toujours la même misère, quelles que soient les promesses. Dans le cas plus spécifique d’États coloniaux comme le Québec et la France, une part importante des populations indigènes ne se reconnaissent tout simplement pas dans les institutions coloniales, ni dans les élites de la métropole. Par exemple [lors des élections générales québécoises de 2014], près de Montréal, on a observé dans la communauté mohawk (iroquoise) un taux d’abstention de 98 % ! Comme le disait Steve Bonspiel, un Mohawk de Kahnawake : “La question importante n’est pas pourquoi les Mohawks refusent de voter, mais pourquoi devraient-ils voter  ?” »

Quel regard portez-vous sur les combats de ceux qui veulent réformer le système, à l’instar des Gilets jaunes qui demandent notamment la mise en place du referendum d’initiative citoyenne (RIC) ?

« Plusieurs parmi nous sont à la recherche de solutions pour améliorer ou refonder le système politique. On pourrait aussi évoquer l’élection proportionnelle, le tirage au sort, etc. J’admets qu’il y a certainement place à l’amélioration pour rendre les systèmes électoraux plus participatifs et moins corrompus. Ainsi, il vaut assurément mieux avoir un contrôle public sur les dépenses électorales, par exemple, ou une dose de proportionnalité, ou encore la possibilité de lancer un référendum populaire, comme en Californie ou en Suisse. Dans ce dernier cas, les autorités politiques ont l’obligation de faire approuver par référendum des projets qui touchent des enjeux fondamentaux, comme une révision de la Constitution. La demande peut aussi venir du peuple : il faut alors, selon les cas, 50 000 ou 100 000 signatures pour imposer la consultation du vote populaire sur des sujets aussi différents que la mise en place d’un revenu de base inconditionnel, ou d’une journée de réflexion obligatoire pour les femmes avant un avortement, ou encore l’achat d’avions de combat (il s’agit d’exemples récents).

Mais la Suisse est-elle pour autant une société si différente de celles des autres régimes libéraux-républicains ? C’est que les forces de la société civile et surtout les puissances économiques savent influencer ces dispositifs “démocratiques”, et les parlementaires savent faire traîner les projets qui les dérangent. Cette démocratie “directe” a aussi un effet pervers : les manifestations sont moins bien perçues, car on considère que le système permet de s’exprimer sans descendre dans la rue. »

Certains considèrent qu’il est important de se rendre aux urnes tout en maintenant la pression sur les politiques en participant aux mobilisations sociales. Une stratégie du « juste milieu » qui ne vous convainc pas…

« Les dépenses de la gauche et de l’extrême gauche lors de la campagne présidentielle de 2017 se sont élevées à près de 30 millions d’euros, avec quasi 1 million pour Lutte ouvrière et plus de 700 000 euros pour le Nouveau parti anticapitaliste. Voilà des sommes considérables pour des candidatures non seulement vaincues, mais qui n’avaient aucune chance de l’emporter. Et je ne prends pas ici en compte les élections législatives, européennes ou régionales. Imaginez tout ce que l’extrême gauche pourrait faire, concrètement, avec de telles sommes… Sachant qu’il y aussi des milliers de militantes et militants mobilisés pendant des semaines, voire des mois, pour cette campagne électorale. Quel gaspillage de temps, d’énergie et de ressources…

Pour moi, cette stratégie du “juste milieu” est aussi une “force négative” car, très souvent, les partis politiques s’invitent plus ou moins ouvertement dans les mouvements sociaux en prétendant les aider, alors qu’ils ont la très mauvaise habitude d’essayer de les contrôler, pour favoriser justement leur prochaine campagne électorale. Tout cela au prétexte que les mobilisations sociales et populaires auraient absolument besoin d’un relais politique. Cette excuse sert en fait selon moi à mieux arrimer les mouvements sociaux, leurs mobilisations, leurs événements, car le parti cherche toujours au final à mettre le mouvement social au service de ses intérêts, et non l’inverse. »

Pour autant, vous estimez que l’abstention ne peut être féconde que si elle s’articule avec les luttes…

« Vous aurez compris que ma position n’est pas celle de l’hédoniste qui vit sur son île, même si cela m’apparaît comme un idéal merveilleux. Je suis pour l’engagement “citoyen” ou social ; pour le militantisme au sens noble, les mobilisations collectives, l’action de groupe avec des proches, dans son quartier, au travail, etc. C’est ainsi que nous sommes le plus libres, même si je ne suis pas naïf et que je sais bien que ces efforts sont eux aussi souvent vains, que l’on accumule les déceptions et les défaites. Mais c’est seulement là que se trouve ce que j’appelle la politique – et même la démocratie ou l’anarchie, deux termes qui peuvent être synonymes, si on les comprend bien. »
Propos recueillis par Simone Sittwe

1 Francis Dupuis-Déri explique cela en détail dans son livre Démocratie : histoire politique d’un mot (Lux, 2013), et plus rapidement dans Nous n’irons plus aux urnes ainsi que dans son article « Démocratie médiévale », paru dans le n° 49 de la revue Tumultes (2017).

2 Lire à ce sujet : Francis Dupuis-Déri, Les Black blocs – La liberté et l’égalité se manifestent, Lux, 2019.

Entretien avec Francis Dupuis-Déri
« Ce cirque qui consiste à voter pour nos maîtres »
Après Les Black blocs – La liberté et l’égalité se manifestent (Lux, 2003) ou L’Anarchie expliquée à mon père (Lux, 2014), Francis Dupuis-Déri, chercheur en sciences politiques et auteur prolixe, commet en 2019 un essai vivifiant : Nous n’irons plus aux urnes – Plaidoyer pour l’abstention (Lux). Où il est question de critique radicale du système électoral, de subversion du jeu et de pistes d’émancipation.

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https://www.institutmomentum.org/les-resultats-decevants-de-lecologie-politique-en-2022-confirment-que-la-question-des-limites-a-la-croissance-reste-un-impense-politique/#more-22766

13 avril 2022

Les résultats décevants de l’écologie politique en 2022 confirment que la question des limites à la croissance reste un impensé politique

Tribune Le Monde par Luc Semal, 12 avril 2022

Le politiste Luc Semal analyse dans une tribune au « Monde » la « situation inextricable » à laquelle ont mené cinquante ans de déni politique depuis la publication du rapport Meadows, en 1972. Nous reproduisons ici ce texte qui nous aide à voir plus clair dans le brouillard de la déception.Cinquante ans après la publication du rapport Meadows sur les limites à la croissance, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle peuvent donner une pénible impression de surplace. Impression fausse, car en réalité la situation a bien empiré depuis.

 

Avril 1972 : dans le cadre d’un référendum décidé par Georges Pompidou, les Français s’apprêtent à voter pour ou contre l’élargissement des Communautés européennes à quatre nouveaux pays, dont le Royaume-Uni. Le président en exercice de la Commission européenne, le socialiste néerlandais Sicco Mansholt, vient d’écrire que les conclusions générales du tout récent rapport Meadows – pas encore traduit en français – sont « si évidentes » qu’elles devraient désormais guider les décisions des instances européennes. Il s’attire ainsi les foudres de Georges Marchais qui, au nom du PCF, dénonce le « programme monstrueux » de Mansholt, lequel conduirait à un net recul du bien-être des Français. Puis d’autres personnalités de premier plan, dont Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, critiquent à leur tour Mansholt en assurant, entre autres, que le nucléaire permettra bientôt de repousser toutes les limites énergétiques. D’autres au contraire, dont l’agronome René Dumont et le philosophe André Gorz, saluent l’initiative de Mansholt, tout en ajoutant que la thèse des limites à la croissance mériterait d’être mieux articulée avec la question des inégalités – car ce sont d’abord et surtout les plus riches qui doivent réduire leur train de vie et leurs aspirations matérielles.

L’épisode n’a pas duré longtemps mais, pour la première fois, le débat politique a brièvement porté sur ce thème nouveau : pour ou contre la croissance ? Pour ou contre l’expansion ? Alors que l’écologie politique française émerge comme une force politique nouvelle, la « controverse Mansholt-Marchais » est un épisode à la fois fondateur et frustrant pour les écologistes. Oui, on a enfin parlé des limites à la croissance ; oui, le thème trouve un écho inattendu et la dynamique du mouvement anti-nucléaire semble prometteuse pour les écologistes ; mais la virulence des critiques adressées de toutes parts à Mansholt montre que le monde politique et économique est vent debout contre toute remise en cause de la croissance et de l’expansion.

Avril 2022 : cinquante ans ont passé. Les Français viennent de voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. La campagne a pu sembler agitée par des thèmes potentiellement porteurs pour l’écologie politique : un nouveau rapport du GIEC plus alarmant que jamais, une guerre en Ukraine qui fait craindre pour la sûreté des centrales nucléaires, une hausse des prix de l’énergie comparable à un choc pétrolier et gazier, etc. Mais non. Le second tour se jouera entre un Président sortant dont le bilan écologique n’est pas à la hauteur des enjeux, et une candidate d’extrême-droite dont le programme montre qu’elle ferait encore pire. Tous deux ont la conviction que la réponse à la crise écologique passe moins par la sobriété que par la relance de la croissance et du nucléaire. Depuis cinquante ans, la promesse de solutions techniques est restée un argument récurrent de relativisation des limites écologiques, qui transcende les différences partisanes et prétend que nous n’aurions pas à choisir entre transition écologique et abondance matérielle.

Les résultats décevants de l’écologie politique en 2022 ne sont que marginalement attribuables aux faits et gestes de tel ou tel candidat. Ils s’inscrivent dans une tendance longue : depuis cinquante ans, la simple idée qu’il puisse exister des limites écologiques à la croissance et à l’expansion est restée dissonante, minoritaire dans l’opinion publique, et carrément hérétique parmi les décideurs. L’idée de décroissance y est au mieux ignorée, au pire utilisée comme une invective facile pour disqualifier l’ensemble des écologistes comme autant de fous inconséquents. Le rejet est si fort que, même parmi les partisans de la décroissance, beaucoup préfèrent s’autocensurer – attention, ne nous enfermons pas dans la radicalité et la marginalité, tentons plutôt de rassembler autour de termes et de projets moins clivants, etc.

Le problème est que la situation climatique et écologique est telle qu’il faudrait aborder de front la question des limites. Le dernier rapport du GIEC montre que les réductions des émissions de gaz à effet de serre, et donc les réductions de consommation d’énergies fossiles, devraient être massives et rapides, voire fulgurantes : les longues années qu’il faudrait pour construire plusieurs nouveaux réacteurs nucléaires sont un problème. La guerre en Ukraine nous rappelle le danger qui entoure et entourera toujours les réacteurs. Notre difficulté à nous passer du gaz russe révèle crument la dépendance aux énergies fossiles qui demeure, et la vulnérabilité qui en découle. Cinquante ans de déni, de tergiversation, de procrastination ont conduit à une situation inextricable, où les questions du pouvoir d’achat et du prix à la pompe continuent à reléguer toute autre préoccupation au second plan. Lentement, le piège écologique, énergétique et climatique se referme.

Pour l’écologie politique, le principal enseignement de l’élection de 2022 est la confirmation que la question des limites à la croissance reste un immense impensé politique, consciencieusement confiné hors du champ du pensable par une écrasante majorité des décideurs. Quelques brèches apparaissent parfois ici ou là, mais sans durablement faire émerger un projet politique en rupture avec la croissance et son monde. Il revient à l’écologie politique la tâche ingrate de s’interroger à nouveau sur sa raison d’être, et de se réinventer dans un contexte d’assombrissement des horizons écologiques et climatiques. Elle pourrait être porteuse d’un projet assumé de réduction massive des surconsommations des plus riches, de protection des plus vulnérables, de partage des richesses et de répartition équitable des efforts de sobriété, dans le cadre d’une décroissance en urgence des flux de matière et d’énergie – d’où moins de voitures, moins d’avions, moins d’équipements… Mais qui veut entendre ça ?

Luc Semal est Maître de conférences en science politique au Muséum national d’histoire naturelle et membre de l’Institut Momentum. Il est chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco) et chercheur associé au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (Ceraps). Ses travaux portent sur le rôle du catastrophisme, entendu comme une pensée politique du basculement, dans l’écologie politique et les mobilisations écologistes de la fin des années 1960 à nos jours. Il est l’auteur de « Face à l’effondrement. Militer à l’ombre des catastrophes » (PUF, 2019), de « Bestiaire disparu. Histoire de la dernière grande extinction » (Plume de carotte, 2013) ; et a co-dirigé avec Bruno Villalba l’ouvrage collectif « Sobriété énergétique. Contraintes matérielles, équité sociale et perspectives institutionnelles » (Quae, 2018).

 

Auteur: Luc Semal
Tous les articles de Luc Semal :

Politiques de la catastrophe
Sivens ou la violence des grands projets inutiles
Notre-Dame-des-Landes : inventer une « démocratie pour les affectés »
Luc Semal : « L’effondrement ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de l’écologie politique »
Les résultats décevants de l’écologie politique en 2022 confirment que la question des limites à la croissance reste un impensé politique

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15 mars 2022

Les Psychopathes Majuscules

thanathos

Les Psychopathes Majuscules, leur empire otaniste et leur « paix » de génocide, de saccage et de mensonges.

http://cecilia-zamudio.blogspot.com/2022/03/les-psychopathes-majuscules-leur-empire-otan-genocide-pillage-mensonges.html

Par Cecilia Zamudio

Ceux qui ont perpétré des bombardements, des massacres et des pillages contre l’Irak, la Libye, la Syrie, la Yougoslavie, la Colombie, le Yémen, la Somalie, l’Afghanistan, la Palestine, le Congo, l’Indonésie et des dizaines d’autres pays, en les bombardant par le biais de leur OTAN ou par le biais des régimes fascistes qu’ils soutiennent, en entraînant des armées génocidaires, des hordes de paramilitaires et de fanatiques religieux, en fomentant des coups d’État et des exterminations politiques, nous disent qu’ils sont les grands « défenseurs de la paix ».

 

Les Psychopathes Majuscules, prédateurs de l’humanité, nous disent que les « mauvais » sont ceux qui ne s’agenouillent pas devant leur volonté… Et c’est pourquoi toute l’humanité doit répudier le pays qui a osé refuser l’encerclement de l’OTAN (la plus grande force de guerre existante).

 

Les Psychopathes Majuscules, responsables de millions de morts pour saccager des pays, nous intoxiquent à travers leur appareil médiatique : en diabolisant à coups  d’omissions et de mensonges le pays qui décide de se défendre d’un encerclement de bases militaires et qui décide de défendre un peuple frère contre les bombardements exécutés depuis huit ans par le régime néonazi voisin installé et armé, précisément, par les psychopathes majuscules qui s’érigent en  maîtres du monde et en donneurs de leçons…

 

Les États-Unis, l’Union européenne et leur OTAN (que certains appellent déjà « Organisation terroriste de l’Atlantique Nord », en raison du nombre d’assassinats qu’elle a commis contre les peuples dont elle convoite les ressources) nous disent de condamner le pays qui ose réagir contre son siège, qui ose intervenir pour dénazifier ce que les États-Unis et l’UE se sont chargés de nazifier pendant de longues années à coup de soutien et de ressources à un régime néonazi. On nous dit qu’il faut condamner celui qui ose vouloir arrêter le génocide contre le Donbass perpétré par le régime ukrainien ; Génocide tellement financé et encouvert par l’Occident qu’on lui avait imposé une pierre tombale de silence médiatique.

 

À coup de manipulation médiatique, l’impérialisme étatsunien et européen impose son récit et fait passer les bourreaux pour les victimes : on nous martèle chaque jour que la « victime » est précisément ce régime néonazi qu’ils ont installé et armé en Ukraine pour servir de porte-avions contre la Russie et pour massacrer les populations du Donbass, d’ascendance russe.

 

On nous dit que « le peuple ukrainien doit être sauvé des méchants russes », mais on ne nous dit pas que l’opération russe a commencé en réponse à 8 ans de bombardements sur Lougansk et Donetsk, des années de violations des accords diplomatiques de Minsk par l’Ukraine, et que c’est une opération contre le régime ukrainien et ses bataillons néonazis, et non contre le peuple ukrainien qui souffre également des néonazis installés au pouvoir depuis le coup d’État de 2014.

 

Le régime néo-nazi d’Ukraine, en plus de perpétrer le génocide contre le Donbass, a interdit des partis (dont le parti communiste), a emprisonné et persécuté avec acharnement les antifascistes ukrainiens, a brûlé vifs des dizaines de syndicalistes et communistes en incendiant la maison des syndicats d’Odessa (48 personnes tuées et plus de 100 disparues). Le régime néo-nazi d’Ukraine  réprime le peuple ukrainien lui-même, persécute les Russes, les Hongrois et les Roms, a introduit la glorification de figures nazies dans les contenus éducatifs, a promulgué une loi de discrimination raciale (en ligne directe avec sa politique de « nettoyage ethnique »), a privatisé des entreprises et des services publics, a livré les ressources de l’Ukraine à des multinationales des États-Unis, l’UE et ses partenaires, a ployé sa souveraineté aux États-Unis, a appauvri la classe ouvrière ukrainienne au point de réduire les femmes les plus appauvries en « ventres à louer de l’Europe », etc.

 

Les psychopathes majuscules nous disent qu’armer des néonazis et fomenter un génocide contre l’ethnie russe, en assassinant 14000 personnes en 8 ans, est quelque chose de merveilleusement « pacifique et démocratique », et ils nous interdisent même d’écouter la version du pays qu’ils ordonnent de condamner : Ils censurent les médias russes, au cas où nous aurions l’idée de nous informer en dehors de la camisole de force établie. De cette façon, et profitant de l’ignorance qu’ils ont cultivée pendant des années chez les masses, ils parviennent à remplir des places entières avec des gens télécommandés pour soutenir un régime néonazi.

 

Les Psychopathes Majuscules, à l’ apogée de leur Dictature du Capital, intoxiquent les masses avec des mensonges aussi grossiers que de faire passer un jeu vidéo pour un « bombardement russe » ; ou aussi infâmes que de faire passer les adieux déchirants d’un père et de sa fille fuyant les bombardements ukrainiens en direction de la Russie, comme « fuyant les Russes »; ou aussi pervers que d’utiliser les images des victimes des bombardements indiscriminés perpétrés par l’Ukraine contre le Donbass pour les faire passer comme « victimes des bombardements russes». Ils parviennent ainsi à convaincre une foule de dupes, en manipulant leurs esprits et en réduisant leurs capacités cognitives.

 

Les   Psychopathes Majuscules enrôlent même des civils dans leur guerre contre la Russie. Un nombre incalculable de fascistes, intoxiqués de russophobie, se dirigent vers l’Ukraine, où leur sont remises les « pacifiques » armes payées par le « fonds pour la paix » extorqué aux peuples par des institutions internationales au service de l’impérialisme : la nazification de l’Europe continue, et avec des fonds publics.

 

Depuis les ambassades d’Ukraine, dans divers pays, ils publient des annonces pour enrôler des civils. Au comble du cynisme, ils cherchent à enrôler comme chair à canon des personnes de peuples africains, latino-américains et asiatiques, c’est-à-dire de ces mêmes peuples que le régime néo-nazi ukrainien discrimine et méprise : Dans une claire logique capitaliste, ils savent que c’est dans les pays les plus appauvris par le pillage transnational qu’ils vont trouver le plus d’êtres humains affamés prêts à essayer le mercenariat. Le suprémacisme européen, dans son essence néocoloniale, conçoit l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine comme de simples réservoirs de ressources naturelles et humaines.

 

Les Psychopathes Majuscules pourraient simplement renoncer à leur ignominie d’installer des bases nucléaires aux portes de la Russie, arrêter le génocide qu’ils commettent contre le Donbass, accepter que les néonazis soient jugés (qui sont les revendications raisonnables et justes de la Russie), mais au contraire, les Psychopathes Majuscules choisissent d’augmenter la nazification et de multiplier la capacité de guerre de leur gigantesque OTAN.

 

Les Psychopathes préparent une guerre aux proportions majuscules : La classe exploiteuse des pays otanistes ne pense qu’aux millions qu’elle gagnera avec une macro guerre. Les milliardaires fabricants d’armes capitalisent en pillant les budgets publics des pays ; ces budgets payés par la classe ouvrière avec ses impôts, ces mêmes budgets qui seront retirés à la santé publique, à l’éducation, aux retraites, aux services sociaux, en rendant les conditions de vie de la classe ouvrière encore plus précaires. Les entreprises étatsuniennes vendent le gaz 40% plus cher que le gaz russe, et elles s’assurent déjà des contrats moyennant leurs pratiques abjectes : elles capitalisent pléthoriques. Les prix de l’énergie grimpent et tout le reste avec : la classe ouvrière est étranglée. Le prix du blé augmente, et les populations du monde en situation de carence alimentaire sont poussées vers la famine.

 

Mais les Psychopathes Majuscules ne pensent qu’aux immenses richesses qu’ils vont piller s’ils affaiblissent ou s’emparent de la Russie. Les Psychopathes qui capitalisent moyennant l’exploitation de la classe ouvrière, le pillage de la nature et leurs guerres otanistes, se soucient bien peu d’entraîner l’humanité dans des souffrances encore plus atroces que celles qu’ils lui infligent déjà.

 

Des Dizaines de personnes ont été assassinées dans la Maison des Syndicats d’Odessa et plus de 100 personnes ont été disparues par les néo-nazis ukrainiens le 2 mai 2014. Assassinées à coups, d’autres brûlées vivantes, d’autres encore se sont lancées par les fenêtres en cherchant éviter le feu provoqué et ont été mises à mort alors qu’elles gisaient au sol, blessées ; le tout devant une foule empoisonnée de racisme et d’anticommunisme. La femme enceinte de la photographie fut étranglée avec le fil du téléphone par les néonazis ukrainiens.

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Traduction : Rose-Marie LOU, révision de traduction C. Zamudio

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28 février 2022

Au camarade de Bure en prison

BURENobe zade


Salut, Comme vous le savez peut-être, il reste un inculpé dit du "8 décembre" incarcéré faisant l'objet d'une mesure d'isolement des plus strictes. Il est absolument brisé par sa détention. Rappel : https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/   Récemment, sa demande de mise en liberté a été rejetée avec des motivations ignobles et son isolement a été prolongé sur des fondements très sombres et briseurs d'espoir. Cette personne a prévu de débuter une grève de la faim dimanche 27 février à 18h00 et souhaite obtenir du soutien dans sa démarche. Il a besoin que sa lettre ci-joint soit diffusée le plus largement possible dans nos réseaux, nos médias, mais pas seulement. Ainsi, on compte sur vous pour bombarder sa lettre ce dimanche à 18h00 et ces prochains jours. Merci pour lui. Solidarité face à la répression ! A bas toutes les prisons !

Sa lettre: Libret_Flot

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Mise à jou
r:
Libération :
https://www.millebabords.org/spip.php?article36285

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10 février 2022

Nucléaire : le naufrage de la classe dirigeante française

https://reporterre.net/Nucleaire-le-naufrage-de-la-classe-dirigeante-francaise

par Hervé Kempf

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Emmanuel Macron a annoncé la construction de six nouveaux EPR, et huit autres en projet, le 10 février à Belfort. Cette annonce traduit l’incapacité de la classe dirigeante de ce pays à penser le monde actuel.

La classe dirigeante de ce pays est d’un confondant irréalisme. Elle vit dans un royaume magique où la science, la technique et l’économie n’existent pas. Il aura suffi à cette classe dirigeante — qui depuis trois décennies ne fait quasiment rien contre le changement climatique, qui continue à construire des autoroutes, à agrandir des aéroports, à multiplier les dispositifs de consommation énergétique —, il lui aura suffi qu’un lobby appuyé par quelques communicants habiles lui dise depuis quelques années « Le nucléaire n’émet pas de CO2 », pour qu’elle croie avoir trouvé la solution à cet entêtant défi : comment éviter l’aggravation du changement climatique ?

Tout l’arc de la droite, auquel se raccroche un parti communiste qui n’en finit pas de mourir de son passéisme, promet donc de construire des EPR [1] à qui mieux mieux, M. Macron lançant le bal officiel jeudi 10 février à Belfort.

Il convient de doucher cet enthousiasme mortifère, qui traduit surtout l’incapacité de la classe dirigeante française à penser le monde actuel. Incapacité qui explique que ce pays régresse sur tous les plans, celui des libertés n’étant pas le moindre, celui de l’intelligence collective étant le plus significatif.

Rappelons donc un simple fait : l’énergie nucléaire est dangereuse. Sans entrer ici dans le débat sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl (1986) et de celle de Fukushima (2011), qu’il suffise de dire que les régions affectées par les retombées radioactives en Biélorussie et au Japon restent affectées par une radioactivité rampante, qui rend la vie de centaines de milliers de gens sur des milliers de kilomètres carrés pénible, inquiétante, maladive. Le coût pour les pays concernés se compte en centaine de milliards d’euros. Et l’hypothèse qu’un tel accident se produise en France est aussi crédible que celle qu’une pandémie survienne — comme l’ont dit depuis des années naturalistes et écologistes sans être entendus, jusqu’à l’irruption du Covid-19.

Le monde magique de Macron

« Un accident nucléaire est toujours possible, a rappelé Bernard Doroszczuk, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le 19 janvier dernier, et ceux qui prétendraient le contraire prennent une grande responsabilité. Je pense qu’il faut rester vigilant, qu’il faut rester réaliste. Un accident nucléaire est toujours possible et cela suppose de l’anticipation. » À tout le moins, comprendre la pertinence de cette hypothèse implique de tout faire pour maintenir la sûreté au plus haut niveau. Disons, en bref, que les difficultés financières d’EDF et les pressions du gouvernement sur l’ASN permettent de craindre que ce ne soit pas le cas.

Dans le monde magique de cette classe dirigeante, le problème des déchets radioactifs n’existe pas : « C’est le volume d’une piscine olympique, clament les bonimenteurs, creusons un trou et voilà. » La vérité est qu’aucun pays n’a trouvé de solution satisfaisante à ces produits radioactifs pendant des milliers d’années, que la filière française en a multiplié les catégories, compliquant encore le problème, que le projet de Bure, imposé par la répression et l’achat des consciences, est techniquement biaisé, que les installations de La Hague (Manche) sont saturées et dangereuses, et qu’EDF et Orano accumulent des déchets aux quatre coins de la France sans savoir qu’en faire.

« La France ne sait en fait plus construire de réacteur »

Il est un autre enjeu crucial sur lequel les « responsables » font preuve d’un irréalisme stupéfiant : ils spéculent sur l’engagement de nouveaux réacteurs alors que la France est incapable d’achever — en plus de dix ans ! — son modèle fétiche, l’EPR de Flamanville, tandis que l’un de ceux construits en Chine, à Taishan, est à l’arrêt depuis juillet 2021 pour un défaut encore inexpliqué. Défaut qui pourrait par ailleurs se répercuter sur l’EPR de Flamanville... Quant aux futurs EPR que M. Macron et la brillante élite de ce pays envisagent de construire, il faut savoir qu’il s’agit d’EPR2 aux caractéristiques de sûreté allégées par rapport à l’EPR, que leur dossier de réalisation technique est loin d’être prêt, qu’une étude de l’administration d’octobre 2021 estimait que ces EPR2 ne pourraient pas être mis en service avant 2040 et que leur coût serait de l’ordre de 9 milliards d’euros, selon les révélations du site Contexte.

Autre « détail » embarrassant : la France ne sait en fait plus construire de réacteurs, la politique de mondialisation sans frein conduit par les néolibéraux ayant vidé l’industrie du pays d’une partie de sa substance. C’est ce que même le nucléariste Jean-Marc Jancovici est obligé de reconnaître, indiquant dans Le Journal du dimanche : « Si les Français ne savent plus les construire, nous pouvons envisager de nous faire aider par d’autres ! Les Chinois et les Russes seraient sûrement ravis. » Ce n’est pas une idée farfelue : comme le montre Marc Endeweld dans L’Emprise (Seuil, 2022), les liens forgés depuis une décennie par EDF en Chine ont conduit nombre de responsables français à penser que les partenaires chinois pourraient faire des constructeurs de centrales très acceptables. Pour la fameuse indépendance, on repassera.

Le plus absurde est qu’au niveau mondial, l’industrie nucléaire est en déclin, et que toute la dynamique de production d’électricité se fait autour des renouvelables. Sans doute pour une raison économique simple : elle est plus rentable. Comme le constate le World Nuclear Industry Status Report, « entre 2009 et 2020, les coûts du solaire ont baissé de 90 % et ceux de l’éolien de 70 %, tandis que les coûts de construction des réacteurs nucléaires ont augmenté de 33 % ». En s’obstinant à vouloir relancer une industrie dépassée qu’elle ne maîtrise plus vraiment, la classe dirigeante française est en train d’enfoncer le pays dans une impasse, qui va l’enfoncer dans le déclin — même si un accident nucléaire ne vient pas mettre un terme définitif aux fantasmes français. Relancer le nucléaire est une stratégie industrielle dépassée.

« Cette élite est un naufrage. Et le nucléaire une chimère »

Enfin, il y a un enjeu qui est en fait essentiel : dans le monde magique où voudrait vivre l’oligarchie française, la consommation énergétique ne change pas vraiment, on maintient le même niveau de vie moyen (et les mêmes inégalités), l’électricité vient remplacer le pétrole sans que l’on ait sérieusement à se poser d’autres questions. Ainsi, M. Macron et d’autres s’appuient sur UN scénario de RTE (Réseau du transport d’électricité) présenté en octobre. Cette publication a eu lieu à une date qui convenait au calendrier politique de M. Macron, mais pas à la rigueur méthodologique. Car ce scénario de référence, présenté par tous les médias comme le plus fiable, prend comme hypothèse centrale une trajectoire de maintien de la consommation matérielle. Un autre scénario, imaginant une vraie politique de sobriété, est lui attendu pour fin février — après que les annonces de M. Macron auront fait le buzz.

Cette médiocre entourloupe de communication vise à biaiser le débat, à empêcher que l’on discute vraiment de l’avenir. Mais entre changement climatique, pic de pétrole et industrie nucléaire de plus en plus sénile, il est pour le moins incertain que l’actuelle structure de consommation et d’inégalités pourra se maintenir durablement. Il vaudrait mieux poser sur la table cette question cruciale : comment allons-nous réduire fortement consommations matérielle et énergétique pour empêcher le délitement du monde ? C’est cette question que refuse d’aborder et que nous cache la classe dirigeante française. Mais on ne bâtit rien sur les mirages et les mensonges. Cette élite est un naufrage. Et le nucléaire une chimère.

Emmanuel Macron a annoncé la construction de six nouveaux EPR, et huit autres en projet, le 10 février à Belfort. Cette annonce traduit l’incapacité de la classe dirigeante de ce pays à penser le monde actuel.

La classe dirigeante de ce pays est d’un confondant irréalisme. Elle vit dans un royaume magique où la science, la technique et l’économie n’existent pas. Il aura suffi à cette classe dirigeante — qui depuis trois décennies ne fait quasiment rien contre le changement climatique, qui continue à construire des autoroutes, à agrandir des aéroports, à multiplier les dispositifs de consommation énergétique —, il lui aura suffi qu’un lobby appuyé par quelques communicants habiles lui dise depuis quelques années « Le nucléaire n’émet pas de CO2 », pour qu’elle croie avoir trouvé la solution à cet entêtant défi : comment éviter l’aggravation du changement climatique ?

Tout l’arc de la droite, auquel se raccroche un parti communiste qui n’en finit pas de mourir de son passéisme, promet donc de construire des EPR [1] à qui mieux mieux, M. Macron lançant le bal officiel jeudi 10 février à Belfort.

Il convient de doucher cet enthousiasme mortifère, qui traduit surtout l’incapacité de la classe dirigeante française à penser le monde actuel. Incapacité qui explique que ce pays régresse sur tous les plans, celui des libertés n’étant pas le moindre, celui de l’intelligence collective étant le plus significatif.

Rappelons donc un simple fait : l’énergie nucléaire est dangereuse. Sans entrer ici dans le débat sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl (1986) et de celle de Fukushima (2011), qu’il suffise de dire que les régions affectées par les retombées radioactives en Biélorussie et au Japon restent affectées par une radioactivité rampante, qui rend la vie de centaines de milliers de gens sur des milliers de kilomètres carrés pénible, inquiétante, maladive. Le coût pour les pays concernés se compte en centaine de milliards d’euros. Et l’hypothèse qu’un tel accident se produise en France est aussi crédible que celle qu’une pandémie survienne — comme l’ont dit depuis des années naturalistes et écologistes sans être entendus, jusqu’à l’irruption du Covid-19.

Le monde magique de Macron

« Un accident nucléaire est toujours possible, a rappelé Bernard Doroszczuk, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le 19 janvier dernier, et ceux qui prétendraient le contraire prennent une grande responsabilité. Je pense qu’il faut rester vigilant, qu’il faut rester réaliste. Un accident nucléaire est toujours possible et cela suppose de l’anticipation. » À tout le moins, comprendre la pertinence de cette hypothèse implique de tout faire pour maintenir la sûreté au plus haut niveau. Disons, en bref, que les difficultés financières d’EDF et les pressions du gouvernement sur l’ASN permettent de craindre que ce ne soit pas le cas.

Dans le monde magique de cette classe dirigeante, le problème des déchets radioactifs n’existe pas : « C’est le volume d’une piscine olympique, clament les bonimenteurs, creusons un trou et voilà. » La vérité est qu’aucun pays n’a trouvé de solution satisfaisante à ces produits radioactifs pendant des milliers d’années, que la filière française en a multiplié les catégories, compliquant encore le problème, que le projet de Bure, imposé par la répression et l’achat des consciences, est techniquement biaisé, que les installations de La Hague (Manche) sont saturées et dangereuses, et qu’EDF et Orano accumulent des déchets aux quatre coins de la France sans savoir qu’en faire.

« La France ne sait en fait plus construire de réacteur »

Il est un autre enjeu crucial sur lequel les « responsables » font preuve d’un irréalisme stupéfiant : ils spéculent sur l’engagement de nouveaux réacteurs alors que la France est incapable d’achever — en plus de dix ans ! — son modèle fétiche, l’EPR de Flamanville, tandis que l’un de ceux construits en Chine, à Taishan, est à l’arrêt depuis juillet 2021 pour un défaut encore inexpliqué. Défaut qui pourrait par ailleurs se répercuter sur l’EPR de Flamanville... Quant aux futurs EPR que M. Macron et la brillante élite de ce pays envisagent de construire, il faut savoir qu’il s’agit d’EPR2 aux caractéristiques de sûreté allégées par rapport à l’EPR, que leur dossier de réalisation technique est loin d’être prêt, qu’une étude de l’administration d’octobre 2021 estimait que ces EPR2 ne pourraient pas être mis en service avant 2040 et que leur coût serait de l’ordre de 9 milliards d’euros, selon les révélations du site Contexte.

Autre « détail » embarrassant : la France ne sait en fait plus construire de réacteurs, la politique de mondialisation sans frein conduit par les néolibéraux ayant vidé l’industrie du pays d’une partie de sa substance. C’est ce que même le nucléariste Jean-Marc Jancovici est obligé de reconnaître, indiquant dans Le Journal du dimanche : « Si les Français ne savent plus les construire, nous pouvons envisager de nous faire aider par d’autres ! Les Chinois et les Russes seraient sûrement ravis. » Ce n’est pas une idée farfelue : comme le montre Marc Endeweld dans L’Emprise (Seuil, 2022), les liens forgés depuis une décennie par EDF en Chine ont conduit nombre de responsables français à penser que les partenaires chinois pourraient faire des constructeurs de centrales très acceptables. Pour la fameuse indépendance, on repassera.

Le plus absurde est qu’au niveau mondial, l’industrie nucléaire est en déclin, et que toute la dynamique de production d’électricité se fait autour des renouvelables. Sans doute pour une raison économique simple : elle est plus rentable. Comme le constate le World Nuclear Industry Status Report, « entre 2009 et 2020, les coûts du solaire ont baissé de 90 % et ceux de l’éolien de 70 %, tandis que les coûts de construction des réacteurs nucléaires ont augmenté de 33 % ». En s’obstinant à vouloir relancer une industrie dépassée qu’elle ne maîtrise plus vraiment, la classe dirigeante française est en train d’enfoncer le pays dans une impasse, qui va l’enfoncer dans le déclin — même si un accident nucléaire ne vient pas mettre un terme définitif aux fantasmes français. Relancer le nucléaire est une stratégie industrielle dépassée.

« Cette élite est un naufrage. Et le nucléaire une chimère »

Enfin, il y a un enjeu qui est en fait essentiel : dans le monde magique où voudrait vivre l’oligarchie française, la consommation énergétique ne change pas vraiment, on maintient le même niveau de vie moyen (et les mêmes inégalités), l’électricité vient remplacer le pétrole sans que l’on ait sérieusement à se poser d’autres questions. Ainsi, M. Macron et d’autres s’appuient sur UN scénario de RTE (Réseau du transport d’électricité) présenté en octobre. Cette publication a eu lieu à une date qui convenait au calendrier politique de M. Macron, mais pas à la rigueur méthodologique. Car ce scénario de référence, présenté par tous les médias comme le plus fiable, prend comme hypothèse centrale une trajectoire de maintien de la consommation matérielle. Un autre scénario, imaginant une vraie politique de sobriété, est lui attendu pour fin février — après que les annonces de M. Macron auront fait le buzz.

Cette médiocre entourloupe de communication vise à biaiser le débat, à empêcher que l’on discute vraiment de l’avenir. Mais entre changement climatique, pic de pétrole et industrie nucléaire de plus en plus sénile, il est pour le moins incertain que l’actuelle structure de consommation et d’inégalités pourra se maintenir durablement. Il vaudrait mieux poser sur la table cette question cruciale : comment allons-nous réduire fortement consommations matérielle et énergétique pour empêcher le délitement du monde ? C’est cette question que refuse d’aborder et que nous cache la classe dirigeante française. Mais on ne bâtit rien sur les mirages et les mensonges. Cette élite est un naufrage. Et le nucléaire une chimère.

homventrG

chimereQuatrepetit

Posté par crasputas à 23:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]