Sous-Capitaine AdOC

16 mai 2019

Nous voulons des coquelicots

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/l-appel/


Nous voulons des coquelicots
Appel pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.

Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France. Assez de discours, des actes.

 

2010



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11 mai 2019

Juste à côté du peintre grec; le bouc émissaire

RANAZBOUC Actua

valeursantisemite

Mai 2019

https://agitationautonome.com/2019/04/10/comment-les-intox-sur-rothschild-alimentent-lantisemitisme/

 

Comment les intox sur Rothschild alimentent l’antisémitisme

Augustebianchi 10.4.2019

 

Depuis plusieurs semaines nous avons vu le nom de la famille Rothschild sur des pancartes lors de manifestations de Gilets Jaunes. Étant donné tous les agios qu’il nous prennent, il est évident que nous n’aimons pas vraiment les banquiers, mais nous ne souhaitons pas instrumentaliser la haine de la finance à des fins racistes. Historiquement la figure du banquier juif a souvent été utilisée par le discours anticapitaliste du XIXe siècle, et charrie avec elle de nombreux symboles antisémites. Dans le cas de la famille Rothschild, de quoi parle-t-on ?

La famille Rothschild est un grand nom de la bourgeoisie d’affaire juive. Originaire du Sainte Empire (l’Allemagne actuelle), la famille se divise en cinq branches (allemande, anglaise, française, autrichienne et italienne) au début du XIXe siècle. Plus conservatrice que la branche anglaise, la famille française ne s’implique que peu dans les affaires politiques, elle est très rapidement remarquée du fait de son ascension sociale fulgurante et d’une politique paternaliste qui l’amène à faire du mécénat et à investir dans des œuvres caritatives. Tout au long du XIXe siècle, la branche française devient un grand nom de la haute-banque parisienne et du développement industriel (notamment dans les chemins de fer).

Aujourd’hui la famille ne pèse plus beaucoup dans les grandes richesses internationales : la plupart des branches s’étant éteintes (le plus souvent du fait des politiques d’extermination nazies et fascistes), il ne reste plus que les Rothschild français et anglais. En France, si l’institution Rothschild reste assez puissante, elle a perdu de son importance depuis le XIXe siècle : parmi les plus riches de ce monde, on ne retrouve que Benjamin Rothschild à la 1250e place et à la 21e place française en cumulant la richesse de toute la branche française (finalement loin derrière les grandes familles industrielles : Arnault, Dassault, Mulliez, etc.). S’il ne s’agit pas de défendre la place d’une famille bourgeoise qui a longtemps tenu des positions réactionnaires, nous essayons par l’analyse des trois intox suivantes de voir comment la mythologie qui entoure la famille Rothschild mobilise plusieurs formes d’antisémitisme.

 

Fake news n°1 : « Rothschild a financé Hitler»

Le 9 janvier, à l’initiative de fascistes lyonnais tentant de récupérer le mouvement des gilets jaunes, un groupe d’une trentaine de personnes est allé bloquer la banque Rothschild avec comme slogan : « La banque Rothschild finançait Hitler, aujourd’hui c’est Macron ». Bien que l’action ne semble pas avoir eu beaucoup d’ampleur, elle a été relayée avec enthousiasme par beaucoup d’individus venus d’horizons très différents, tant ce mythe reste tenace. Si aucune banque Rothschild n’a financé Hitler, d’autres institutions financières comme JP Morgan ont bien financé le parti fasciste italien et le parti nazi allemand. Il s’agissait pour la banque américaine de s’assurer des remboursements des dettes de guerre datant de la 1ère Guerre Mondiale, mais ces motivations peuvent aussi s’expliquer pour des raisons idéologiques. En effet, l’anticommunisme et surtout l’antisémitisme1 ont poussé de nombreuses élites industrielles et financières à soutenir des organisations fascistes dans un contexte où le mouvement ouvrier des années 1920-30 commençait à menacer les intérêts du capital.

L’antisémitisme a en effet joué un rôle prépondérant dans la concentration d’une partie du capital financier et industriel occidental. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, la banque JP Morgan était à la tête d’un très large conglomérat regroupant les familles WASP (Blancs anglo-saxons et protestants) des USA et du Royaume-Uni, mais aussi de vieilles familles d’aristocrates français qui ne cachaient pas leur antisémitisme. Mêlée à de nombreux scandales dont le soutien discret au régime nazi, la banque JP Morgan s’est illustrée par son refus de restituer les biens juifs spoliés sous le régime de Vichy. Aussi, lors de la création de l’État d’Israël en 1948, la banque participa au boycott arabe et profita au passage de la manne des pétrodollars. Si, depuis les années 1960, le racisme dans les institutions financières semble se résorber, on note toutefois une rivalité persistante entre « banques protestantes » et « banques juives ». Durant le krach de 2008, la banque JP Morgan a en effet joué un rôle dans la faillite de la banque Lehman Brothers.

 

Fake news n°2 : « Les Rothschild possèdent des banques centrales » :

Une autre intox qui a beaucoup circulé a été mobilisée par la banque BNP Paribas dans un récent article3, depuis retiré. Selon elle, les Rothschild posséderaient l’intégralité des banques centrales des États, à l’exception de 9 qui auraient pour caractéristique commune d’être opposées aux États-Unis (des pays comme Cuba, la Corée du Nord, le Soudan ou l’Afghanistan par exemple).

 

Il faut d’abord comprendre que les banques centrales sont des institutions publiques chargées de contrôler la monnaie. Elles peuvent parfois prêter à des banques privées, mais ça ne concerne pas l’essentiel de leurs activités. Les « banques Rothschild », à savoir les groupes Rothschild & Co issus de la banque Paris-Orléans où a travaillé Macron, ainsi que le groupe Edmond de Rothschild, sont deux banques commerciales (bien distinctes) dont les activités vont de la gestion financière aux fusions-acquisitions. Elles ne peuvent donc posséder de banques centrales. Par exemple en France, la Banque de France est sous la tutelle du Premier Ministre qui nomme son gouverneur. Aux États-Unis, la FED est sous le contrôle à la fois du Gouvernement et du Congrès, mais aussi de 12 banques fédérales régionales.

Enfin, la « puissance » des banques Rothschild est largement surestimée : les deux groupes précédemment cités sont présents respectivement dans 44 et 14 pays, pour un nombre d’employé.e.s (estimés à environ 2 000 travailleur.euses) largement en deçà d’une banque comme la BNP ou JPMorgan (environ 200 000 chacune) ; en termes de bénéfices on retrouve à peu près les mêmes proportions (100 millions de dollars annuels contre 24 milliards pour JPM).

Fake news n°3 : La « loi Pompidou-Rothschild » ?

La dernière intox repose sur une mécompréhension d’une loi de 1973 sur la banque de France, soi-disant responsable de la dette publique du pays. A l’origine circonscrite à l’extrême-droite, cette rumeur gagne en popularité à partir de la crise de 2008 et est désormais relayée par la gauche et même la gauche radicale. En plein débat sur les dettes publiques, cette rumeur considère qu’avant 1973 l’État français pouvait emprunter à taux d’intérêt nul auprès de la Banque de France, alors qu’avec cette nouvelle loi il serait obligé d’emprunter à des banques privées (dont la banque Rothschild). Plusieurs points sont ici à préciser :

  • D’un point de vue formel, cette loi n’opère pas de grands changements mais ne fait que reformuler le statut de la Banque de France en vigueur depuis 1936. En réalité la Banque de France pouvait, avant et après 1973, financer l’État selon des conventions et des plafonds régulés par le Parlement ou d’autres institutions publiques (telles que la Caisse des Dépôts).

  • L’État a toujours dû emprunter sur les marchés : qu’il s’agisse de particuliers (l’exemple le plus connu concerne les emprunts de guerre), d’institution publiques ou de banques privées. Pour chacun de ces acteurs les taux doivent être suffisamment intéressants pour que ses débiteurs y trouvent également un avantage. Il s’agissait avant tout de mesures visant à lutter contre l’inflation.

D’une manière générale, on considère que la libéralisation de la politique monétaire ne parvient pas à s’imposer en France dans les années 1970, mais bien plutôt à partir du tournant de la rigueur opéré par Mitterrand en 1983, puis en 1993 suite au traité de Maastricht qui abroge cette fameuse loi de 1973. En revanche, ce qui change avec les années 70, c’est l’entrée de la France dans la crise, et donc la nécessité pour les capitalistes de restructurer le modèle économique du pays. S’ensuivent un certain nombre d’attaques contre le compromis social régnant jusque-là : baisse des salaires (directs et indirects), baisse de la fiscalité des entreprises pour compenser la faible rentabilité des capitaux, et donc dans l’ensemble moins de rentrées d’argent pour l’État.


  1. Le marxisme est associé au judaïsme du fait qu’une grosse partie de ses penseurs (Marx, Luxembourg, etc) sont d’origine juive.

  2. Boycott des produits israéliens en 1946 initié par la ligue arabe.

  3. Rédigé dans le journal de BNP Paribas par Webedia en février 2017 (selon eux, Le monde datant l’article à février 2019).

 

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https://lundi.am/Rothschild-Soros-et-le-mythe-du-complot-juif-Harz-Labour

 

Rothschild, Soros, et le mythe du complot juif – Harz-Labour

« Nous n’avons quant à nous rien à défendre à part la fin de l’économie. »

paru dans lundimatin#190, le 6 mai 2019

 

Après avoir accusé les Gilets jaunes de tous les maux, le gouvernement a décidé d’utiliser la lutte contre l’antisémitisme pour stigmatiser le mouvement. Cette instrumentalisation n’est pas nouvelle. Elle a généralement cours contre les habitants des banlieues, contre les militants pro-palestiniens, contre les noirs, les arabes, les musulmans… C’est ainsi que dans un pays dont l’État a, dans un passé pas si ancien, persécuté la minorité juive jusqu’au génocide, les éditorialistes et hommes politiques peuvent régulièrement, et sans honte, accuser les seuls membres des classes populaires d’être antisémites.

[Cet article a été initialement publié dans le 24e numéro du journal Harz-Labour, à télécharger dans son intégralité ici. https://lundi.am/IMG/pdf/hl-24_1_.pdf

 

Manuel Valls, pour ne citer que lui, avait probablement conscience de souffler sur les braises lorsqu’il affirmait que les juifs pouvaient porter leur kippa avec fierté et que le voile n’avait pas sa place dans la République, avant d’associer l’islam et les banlieues à l’antisémitisme. La lutte contre l’antisémitisme est trop importante pour être laissée à ceux là même qui font monter le racisme et attisent les tensions. Mettre en scène l’unité de la nation en faisant semblant de lutter contre l’antisémitisme et contre un ennemi intérieur, comme l’ont fait récemment les partis politiques, des Républicains à la France Insoumise, n’est qu’une manière de se réfugier derrière une profession de foi morale, quand on n’a plus de projet et qu’on ne croit plus en rien. Pire, cette instrumentalisation des Juifs, qui n’ont rien demandé, est souvent associée au fait de les considérer comme des étrangers, une communauté tolérée tant qu’elle ne revendique rien. Le philosémite n’est rien d’autre qu’un antisémite qui aime les Juifs.

Il y aurait un problème à ne pas voir cette instrumentalisation, mais il y en aurait aussi un à ne voir que celle-ci, à ne pas analyser l’antisémitisme pour ce qu’il est. Il y a l’antisémitisme historique des représentants de l’État, considérant les Juifs comme des étrangers. C’est Raymond Barre qui, en 1980, après l’explosion d’une bombe devant une synagogue, évoquait « un attentat odieux qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». C’est Jacques Chirac qui en 2004, distinguait d’une part les musulmans et les Juifs, et d’autre part les Français. Plus récemment, ce sont François Hollande puis Emmanuel Macron qui, pour parler de l’antisémitisme ciblant des Juifs français, invitaient les représentants de l’État d’Israël…

Il y a aussi l’antisémitisme du ressentiment, lorsque la socialisation en crise génère une révolte individuelle et conformiste du sujet atomisé. Ce sont les nuits passées devant des vidéos d’Alain Soral par des milliers de jeunes hommes persuadés d’être célibataires, au chômage et sans amis à cause des féministes supposément payées par Soros et des banquiers juifs qui manipuleraient le peuple. C’est, plus globalement, l’opposition du peuple, du côté du concret, et des Juifs, considérés comme des élites apatrides, du côté de l’abstrait.

L’absence d’enracinement et un certain rapport au texte sont souvent reprochés au judaïsme. Si le don d’une loi à un peuple est présent dans de nombreuses religions apparues avant et après le judaïsme, que celle-ci soit donnée dans le désert, le lieu du passage, l’endroit où nous sommes tous étrangers, est plus originale. Ce symbole est, pour un certain nombre de rabbins, l’une des causes de l’antijudaïsme.

L’antisémitisme, ne ciblant pas l’autre pour une différence visible, à l’inverse des autres formes de racisme, est souvent la détestation de l’autre en soi. Vouloir se débarrasser du Juif, c’est souvent s’en prendre à l’incomplétude de l’altérité en soi. Une fois atteint un certain point d’atomisation, et dans une époque où règne la désolation, la seule façon de se sentir Français est probablement de pester contre ceux qui seraient plus des étrangers que nous. Si les étrangers n’étaient pas là, les Français n’existeraient peut-être plus.

L’une des dimensions de l’antisémitisme moderne est aussi économique. C’est l’association supposée des Juifs à l’argent, le discours du petit patron contre « les banquiers juifs » et « les usuriers » pour ne pas critiquer les règles de la concurrence et de la libre entreprise, dont il souffre après les avoir défendues. C’est celui du salarié sous payé, qu’on oblige à faire des heures supplémentaires et qui, par peur de se révolter contre un problème qui se situe sous son nez, fantasme des complots occultes.

Si nombre de Gilets jaunes s’opposent à l’antisémitisme et critiquent ces discours, il arrive que certains les colportent, consciemment ou non. Les fantasmes sur la banque Rothschild en sont le vecteur principal [1]. Réduire Macron à la banque Rothschild quand il est un produit de l’ENA et a passé plus de temps en tant que haut fonctionnaire devrait nous interroger. Le fait que les bénéfices annuels des banques Rothschild sont de 100 millions de dollars annuels, contre 24 milliards pour JP Morgan finit de nous convaincre que ce qui est fantasmé à la seule évocation du nom “Rothschild” n’est pas rationnel.

L’association des Juifs à l’argent est évidemment absurde, mais les antisémites n’ont pas peur du ridicule. Ils accusent souvent les Juifs d’être à la fois riches et trop pauvres, les associent au contrôle, au travail, et les décrivent comme des parasites, leur reprochent d’avoir
inventé le patriarcat et la subversion féministe, d’avoir créé Jésus et de ne pas y croire, d’être derrière la révolution russe et le capitalisme, d’incarner la subversion mais aussi « le système », de diviser le peuple tout en étant prêts à tout pour établir l’ordre, etc.

On entend souvent expliquer le complotisme par le fait que toute vérité officielle et tout discours publics sont aujourd’hui discrédités. Cette explication ne nous satisfait pas, pour deux raisons. Nous savons que la théorie du complot juif a prospéré à des époques où les différentes formes d’autorité étaient moins discréditées qu’aujourd’hui, au sein du catholicisme au Moyen-âge, ou sous la Russie tsariste, par exemple. Par ailleurs, le fait de chercher un éclaircissement n’est pas une raison pour se satisfaire d’une explication complotiste et antisémite. L’addiction aux médias de masse comme aux discours entendus sur youtube sont les deux faces d’une même conscience aliénée, d’une séparation du monde qui nous entoure. Il faut que le monde nous devienne étranger pour avoir à ce point besoin de journalistes et « réinformateurs ». Lorsqu’on a prise sur ce que l’on vit, lorsqu’on se sent lié à ce qui nous entoure, il n’y a ni dépression ni théorie du complot.
Pour expliquer matériellement l’antisémitisme, il faut prendre en compte la place à laquelle les Juifs sont assignés par les pouvoirs, et la manière dont ils sont désignés comme bouc-émissaire dans certaines conditions. Cela est notamment expliqué par Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme [2], et par Moishe Postone dans plusieurs articles rassemblés dans Critique du fétiche capital [3]. Après avoir été cantonnés à un rôle d’intermédiaire au Moyen-âge (la majorité des métiers leur étaient interdits, et celui de banquier leur était souvent réservé, la religion catholique interdisant l’usure), et n’avoir ensuite vu que quelques uns d’entre eux tolérés au plus proches des pouvoir (avec la figure du Juif de cour), l’expansion rapide du capital industriel au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle a coïncidé avec l’émancipation politique et sociale des Juifs en Europe. Cette émancipation, passant par l’État, et par la citoyenneté, abstraction par excellence, a probablement favorisé l’image du Juif comme opposé au peuple enraciné.

Pour Postone, la forme de l’antisémitisme moderne trouve ses racines dans le rapport social capitaliste. La socialisation propre à la société capitaliste produit en effet une conscience déformée et mystifiée, opposant l’abstrait et le concret, tendant à la personnification du caractère impersonnel de la domination de la forme-valeur. Un anticapitalisme tronqué et mal digéré oppose souvent le concret et l’abstrait, par exemple en défendant le travail mais en dénonçant la « finance », sans s’apercevoir que l’exploitation et la spéculation sont deux faces d’une même pièce. Une variante est de considérer les marchandises comme des objets concrets, et d’en isoler l’argent, considéré comme la racine du mal.

Étant donné ces inversions, la domination n’apparaît pas pour ce qu’elle est, la domination abstraite de l’exploitation qui produit la valeur, mais comme une domination concrète et individuelle, celle de quelques banquiers malfaisants tapis dans l’ombre. À chercher les responsabilités de quelques individus plutôt qu’interroger sa propre place dans un rapport de production, à fantasmer des complots plutôt qu’à voir des effets de système, on risque souvent de stigmatiser telle ou telle minorité trop éloignée du « pays réel ». L’antisémitisme accuse souvent les Juifs d’être le capital abstrait, la finance, pour défendre le travail, l’industrie ou les petits commerçants, qui seraient plus enracinés dans le réel.

Nous n’avons quant à nous rien à défendre à part la fin de l’économie. La plus value, l’enrichissement d’une minorité n’existent pas parce qu’il y a des profiteurs, mais parce que le capital est un rapport social, parce qu’il existe une domination de la forme valeur et l’exploitation de la force de travail. Les États et les banques ne tentent pas de faire perdurer le capitalisme en faisant tourner les planches à billets parce qu’ils ourdiraient on ne sait quel complot, mais parce qu’au coeur du capitalisme, toute offre doit créer sa demande, et que la marchandise doit rencontrer des consommateurs.

Certains, face à la dette publique, considèrent que la solution est de revenir aux monnaies nationales et de redonner aux banques étatiques le pouvoir de la création monétaire. Penser que la richesse est créée par l’émission de la monnaie est probablement une manière inconsciente
d’éviter de réfléchir à notre exploitation. Derrière cette volonté de « contrôler l’argent », derrière les mythes sur les complots menés par les Rothschild et autres Rockfeller, derrière la critique de la finance, se cache l’idée que l’existence de l’argent ne serait pas liée en soi au capitalisme. La monnaie et l’argent sont ici confondus. La monnaie n’est qu’un étalon, et l’argent n’est pas la monnaie. L’argent existe depuis le Moyen-âge et l’émergence du capitalisme, depuis qu’il est possible d’en accumuler en investissant. Contrôler l’argent est un fantasme, puisqu’il est par définition incontrôlable, un processus impersonnel, un écran entre nous et le monde.

Nous devons comprendre ce qu’est le capital, un rapport social caractérisé par l’exploitation. Il nous faut par ailleurs analyser la période dans laquelle nous nous trouvons, au coeur du capitalisme tardif. Il n’y a pas de crise parce que les banquiers spéculent, la spéculation accrue des banquiers est un effet du capitalisme tardif, de la saturation des marchés et de la baisse du taux de profit. Quand une fraction du capital en écrase une autre, quand la Réserve fédérale prend le pouvoir sur les banques régionales aux États-unis, ou les banques privées sur la Banque de France, ceci n’est pas un complot des Rothschild, mais le résultat d’une guerre au sein du capitalisme et des évolutions liées à la dynamique du capital.

Il en est de même quand les petits commerces sont remplacés par des grandes surfaces. Ce n’est pas un acte de méchants capitalistes attaquant des gentils investisseurs mais simplement, encore une fois, une fraction du capital qui en écrase une autre, dans un contexte de guerre économique de plus en plus affirmée. De ces évolutions résulte évidemment, chez certains la tentation de s’en tenir à la nostalgie, ce sentiment niais. Puisqu’on sait qu’il n’y a jamais de retour dans l’Histoire, réfléchissons plutôt au fait que la nostalgie démagogique des trente glorieuses porte souvent celle d’une période où la France possédait encore une partie de l’Afrique, et où les immigrés, les femmes, les Juifs et les pédés étaient « à leur place ».

Face aux volontés de trouver et punir des responsables, il nous faut rompre avec les dogmes libéraux et l’idée que le monde serait guidé par des individus qui portent des projets. Aucun projet ne se plaque sur le monde, et c’est pourquoi les discours à tendance personnificatrice ,
s’ils peuvent être utiles dans des contextes de lutte, sont à utiliser avec parcimonie. Ou nous comprenons que la domination est le résultat de rapports sociaux, ou nous nous condamnons à ne rien comprendre, et nous imaginons alors qu’il y a des idées qui dominent le monde, et des êtres malfaisants avec des projets plus ou moins cachés qui, on ne sait comment, arriveraient à les mettre en œuvre contre une majorité qui pourtant n’en veut pas.

Il n’y a par exemple pas d’opposition entre « conservateurs » et « progressistes », ni entre « nationalistes » et « mondialistes ». Il y a par contre la faillite de l’État-nation lorsque le chômage est massif et la socialisation en crise. Il n’y a pas « le mondialisme », mais la mondialisation des échanges marchands et des formes de gouvernance. Il n’y a pas « la finance », mais une dimension financière au capital. Il n’y a pas le concret d’un côté et l’abstrait de l’autre, mais la production de valeur par le travail et la circulation des marchandises, ainsi que la domination de la marchandise qui crée nos besoins et nos désirs. Comme tout ce qui existe, le travail sous le capitalisme est à la fois concret et abstrait : concret en tant qu’il produit des biens d’usage, abstrait en tant qu’il produit de la valeur.

Certains diront qu’on ne sortira jamais du capitalisme, que la domination du capitalisme est total, que l’exploitation s’accroît, que le travail gratuit s’étend, et que tout est marchandisé, jusqu’aux relations, via les sites de rencontres, de covoiturage et autres Airbnb. D’autres, plus optimistes, feront remarquer que les rencontres et les différentes formes de solidarité entrent dans la sphère de l’économie quand un monde touche à sa fin et qu’il n’y a plus grand chose à valoriser. Ce que nous connaissons n’est pas une crise économique. Au milieu des années 1970, interrogé sur la crise pétrolière, Michel Foucault répondait que l’utilisation du mot « crise » marque avant tout l’incapacité à comprendre le présent, et que la force journalistique du terme est égale à sa nullité théorique et stratégique. C’est maintenant jusqu’à certains économistes libéraux qui refusent d’utiliser le mot « crise », en expliquant que l’usage de ce terme sous-entendrait qu’une reprise
pourrait avoir lieu.

Ce n’est pas une crise, mais la fin d’un monde. Des économistes, présentant pourtant la Chine comme la future première puissance mondiale, en sont à reconnaître, en comparant les chiffres des exportations fournis par l’État chinois et ceux des pays importateurs, que la dynamique du capitalisme chinois est grandement surestimée. Des dizaines de villes chinoises sont vides, après avoir été construites sur la promesse de l’embauche de masses d’ouvriers par des entreprises florissantes.

Il y a d’autres signes qui ne trompent pas. La France a pendant longtemps été à la fois leader mondiale de la productivité et de la prise de psychotropes. Le Japon, pays de la technologie, est aussi celui des hikikomori, ces centaines de milliers de jeunes hommes qui vivent reclus et fuient les objectifs définis pour eux. Celui qui souffre n’est rien d’autre que celui qui ne se conforme pas aux normes d’intégration, et nous n’avons rien à défendre à part la fin de l’économie. L’économie, dont toutes les catégories sont liées au capitalisme, n’est pas une science mais un mode de gestion. Les prévisions, dont les échéances sont de plus en plus proches, ne sont plus prises aux sérieux par personne.

Nous ne défendrons rien d’autre que des politiques de l’écart, l’écart étant la différence entre ce que des sujets sont sensés faire, défendre leurs positions sociales et l’existant, et ce qu’ils font, remettre en cause l’ordre en place, et leur propre place dans cette structure. Les gestes sont les moments où les agents arrêtent de fonctionner, les actes qui déjouent les structures, lorsque la révolte n’est pas conformiste, et ne s’acharne pas sur un bouc-émissaire.

Bibliographie

Agitations Autonomes, « Comment les intox sur Rothschild alimentent l’antisémitisme », agitationsautonomes.com, 2019

Arendt Hannah, Les origines du totalitarisme suivi de Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 2002.

Postone Moishe, Critique du fétiche capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche, PUF, 2013.

[1] Agitations Autonomes, « Comment les intox sur Rothschild alimentent l’antisémitisme », agitationsautonomes.com, 2019, https://agitationautonome.com/2019/04/10/comment-les-intox-sur-rothschild-alimentent-lantisemitisme/

[2] Arendt Hannah, Les origines du totalitarisme suivi de Eichmann à Jérusalem, Gallimard, 2002.

[3] Postone Moishe, Critique du fétiche capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche, PUF, 2013.

 

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06 mai 2019

Nous accusons

ZolaJ_accuse

 

https://hackmd.iscpif.fr/3IwYk-chRkaHyn8xyU5D0w#

 

Nous accusons !

Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications « scientifiques » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5 % des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité.

Avec la grande majorité des Français.es, nous nous sommes reconnu.e.s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun.e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté.e.s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d’où l’on avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat. Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.
 
Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec « fermeté ». Nous avons tou.te.s vu la traduction de ces ordres sur le terrain : nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqués.e.s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines. Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des auto-félicitations du pouvoir censé contenir une « foule haineuse ».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant.e.s et les roms ou encore contre d’autres mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019 : non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’Etat, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant.e.s venu.e.s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’Etat !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s’oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l’interpellation d’aucun membre des forces de « maintien de l’ordre ».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice.


Signez la pétition ici : https://framaforms.org/nous-accusons-1557004350


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27 avril 2019

Tchernobyl 33ans le pire est "avenir"

à Libération la parole se libère-t-elle sur le nucléaire?
 

Avec le temps les propos de journalistes diffèrent ; après les articles de Sylvestre Huet en 2013 qui n’a jamais répondu au droit de réponse d’IWHO :

PDF - 397 ko
Collectif IWHO à S.Huet

Pour Tchernobyl une version plus correcte des conséquences sanitaires semble s’établir avec l’article de Coralie Schaub :

 

https://www.liberation.fr/planete/2019/04/26/catastrophe-de-tchernobyl-nous-devons-demander-a-en-savoir-plus_1723340

 

Catastrophe de Tchernobyl : «Nous devons demander à en savoir plus»

Par Coralie Schaub 26.04.2019

 

33 ans après l'accident nucléaire, l'historienne américaine Kate Brown publie un livre dans lequel elle montre que les conséquences de l'explosion restent encore largement méconnues, accusant les autorités soviétiques et internationales d'avoir sciemment minimisé les dégâts.

 

Le 26 avril 1986 survenait la plus grosse catastrophe nucléaire du XXe siècle à Tchernobyl, en Ukraine. C’était il y a 33 ans. Mais les conséquences réelles du désastre restent largement méconnues et sous-estimées. C’est ce qu’expose l’historienne américaine Kate Brown, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT), dans un ouvrage qui vient de paraître aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (Manual for Survival : A Chernobyl Guide to the Future, Norton).

L’auteure, russophone et familière de la région, a été la première à ouvrir les archives médicales du KGB en Ukraine, en Biélorussie et en Russie. Les années suivant l’accident, les médecins locaux faisaient état d’une forte hausse de cancers ou de malformations congénitales, ce qui a été minimisé par les autorités soviétiques et internationales. Il s’agissait surtout, estime l’auteure, d’occulter les effets des radiations chroniques à faibles doses, afin de détourner l’attention de l’impact possible des essais nucléaires sur les populations.

Qu’avez-vous découvert en vous plongeant dans les archives médicales ?

Officiellement, selon l’ONU, la catastrophe n’aurait fait que 33 à 55 morts, et provoqué 600 cancers infantiles. Le pire accident nucléaire de l’histoire n’aurait pas eu de conséquences si graves que cela. Beaucoup de gens soupçonnaient que c’était largement sous-évalué. En 2014, j’ai commencé à éplucher les très nombreux rapports des médecins locaux, uniquement transmis aux responsables médicaux du KGB et restés secrets. J’ai trouvé une énorme collection, en ukrainien et en russe, sur les «conséquences médicales du désastre de Tchernobyl». J’ai été choquée par l’ampleur des dégâts sanitaires, par leur visibilité aux yeux de tous. L’été 1986, les registres notent une forte hausse des complications à la naissance, des bébés nés avec des malformations, ou qui meurent dans le mois. Les gens se plaignent de maux de gorge, de problèmes respiratoires et gastro-intestinaux, à force de respirer des poussières radioactives et d’avaler des aliments contaminés. Avant l’accident, 80 % à 90 % des enfants étaient répertoriés comme étant «en bonne santé» ; après, en 1987 et 1988, seuls 10 à 20 % le sont. Le nombre de cancers explose environ 18 mois après l’accident, des leucémies, des cancers de la thyroïde chez les enfants. C’est une maladie très rare, qui touche normalement un enfant sur un million, mais en 1989, il y avait 30 cas en Biélorussie et 20 en Ukraine.

Combien de morts et de malades cet accident a-t-il provoqués, alors ? 

Je n’ai pas eu les moyens de compiler moi-même toutes les données de décès que j’ai trouvées, il y en avait tellement. Mais en Ukraine, 35 000 personnes ont reçu une aide car leur conjoint était décédé à cause de la radioactivité de Tchernobyl. Cela ne compte donc que les personnes qui étaient mariées. Certains scientifiques ukrainiens estiment plutôt à 150 000 les morts causées par l’accident ces 30 dernières années. Je n’ai pas pu trouver de chiffre pour la Biélorussie ou la Russie car les autorités n’ont jamais accepté les comptages, mais leur territoire a reçu bien plus de radioactivité que l’Ukraine, qui était l’endroit le plus «propre», avec seulement 20 % des retombées radioactives.

Cet impact sanitaire désastreux était-il connu des dirigeants soviétiques ? 

Oui, même si l’autocensure était la règle. Il s’agissait de rendre compte de bonnes nouvelles, donc à mesure que l’information remontait la chaîne du pouvoir, les données étaient «adaptées» (toujours minorées). Mais Moscou savait évidemment ce qui se passait. A environ 50 km de Tchernobyl, dans une ville pourtant relativement épargnée, les 300 ouvriers d’une usine textile ont reçu le statut de «liquidateurs», comme les pompiers qui avaient lutté contre le réacteur en feu. Je suis allée sur place, pour comprendre. Il y avait 50 000 têtes de bétail juste après l’accident dans la zone évacuée. Les animaux ont été tués mais la viande a été envoyée dans des usines de conditionnement, le cuir dans des tanneries, la laine à l’usine textile. Et ces femmes, dans l’usine, enlaçaient ces ballots de laine radioactive pour les transporter, c’était comme enlacer une machine à rayons X allumée, plusieurs fois par jour. Beaucoup sont mortes. Aucune n’est enregistrée dans les cas officiels.

Vous avez aussi consulté les archives de l’ONU…

Quand l’URSS s’est écroulée, la Russie a demandé l’aide de l’ONU pour gérer le désastre. Trois experts de l’OMS, après avoir passé moins de 10 jours sur place, ont conclu que tout allait bien, qu’on pouvait même tripler les taux de radioactivité admissibles. Personne n’a pris cela au sérieux. Moscou s’est donc tourné vers l’AIEA, qui a accepté d’envoyer environ 200 scientifiques, plus longuement. Ils ont conclu la même chose que l’OMS : «Il y a plus de maladies, mais ce ne peut être à cause de la radioactivité, car les doses sont trop faibles.» Par exemple, un scientifique américain a vérifié dans son propre labo que les 20 biopsies d’enfants ukrainiens cancéreux que les médecins soviétiques lui avaient données étaient bien des cancers. Mais il n’a pas inscrit ces cancers dans son rapport. Je lui ai demandé pourquoi. Il a d’abord assuré ne pas se souvenir de ces biopsies, mais j’ai trouvé un document de 1991 où il admet les avoir, alors il a fini par s’en souvenir. L’ONU a donc aidé les Soviétiques à minimiser les conséquences de l’accident.

Comment l’expliquez-vous ? 

Les grandes puissances nucléaires, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’URSS, devaient toutes faire face, à l’époque, à des contestations et des procès de victimes de leurs essais de bombes nucléaires. Le président Jacques Chirac n’a décidé qu’en 1995 d’arrêter ces essais, que la France avait menés en Algérie et en Polynésie et qui n’ont cessé qu’en 1998. Pour calmer l’inquiétude et la colère des populations et des soldats qui se plaignaient de divers symptômes et faisaient le lien avec Tchernobyl, les puissances nucléaires avaient un intérêt commun à avancer la rhétorique suivante : «Vous ne pouvez pas souffrir des irradiations, regardez à Tchernobyl, c’était le pire accident et il n’y a eu que 35 morts.» Il s’agissait de minimiser les effets d’une exposition chronique à la radioactivité, à des faibles doses, notamment via l’ingestion d’aliments contaminés.

Le KGB était divisé sur la question…

Le KGB avait accès aux données de terrain sur la radioactivité dans les sols, dans l’alimentation, etc. Un général du service de renseignement soviétique, un médecin qui dirigeait une clinique à Kiev et a suivi pendant 5 ans 2 000 personnes irradiées, a écrit en 1990 un rapport dans lequel il indiquait pouvoir prouver qu’une exposition de long terme à des faibles doses de radioactivité provoque de multiples pathologies dévastatrices pour la vie humaine. Il a recommandé que la zone d’exclusion soit étendue à 120 km autour de la centrale (au lieu de 30), ce qui aurait inclus Kiev. Un général du KGB, qui était supposé dire que tout allait bien ! Mais une autre branche du KGB, celle chargée de protéger les secrets de l’URSS, a fait disparaître les disques durs de plusieurs institutions médicales qui avaient mesuré la radioactivité dans les corps des victimes. On ne les a toujours pas retrouvées.

Vous avez découvert que le KGB a infiltré le bureau ukrainien de Greenpeace…

C’était la première ONG internationale à ouvrir un bureau en URSS, elle allait montrer au monde combien les populations touchées par l’accident étaient malades. Mais certains des recrutés travaillaient pour le KGB, dont le directeur du bureau. Il sabotait tout. Un camion qui devait sillonner la campagne pour mesurer les taux d’irradiation des gens n’a fait que 25 mesures en deux ans !

Quid des effets sur la biodiversité ? On entend souvent dire qu’elle est florissante à Tchernobyl…

Cette idée vient de deux papiers scientifiques basés sur l’installation de pièges photographiques destinés à compter la grande faune. Mais cela ne dit pas si les animaux sont en bonne santé, ni d’où ils viennent, car ils n’ont pas été capturés et étudiés. Les deux scientifiques que j’ai suivis sur le terrain travaillent, eux, sur les insectes, les oiseaux ou les souris, qui sont inféodés à leurs territoires. Dans les zones les plus radioactives, ils ne peuvent même pas capturer de souris, car il n’y en a pas. Il y a aussi très peu de pollinisateurs, donc très peu de fruits et d’animaux frugivores comme les oiseaux. La population d’oiseaux a chuté de 66 % dans ces zones, et ceux qui y vivent souffrent souvent de malformations. Les feuilles et arbres morts ne se décomposent pas, car il n’y a pas assez d’insectes et de microbes pour s’en charger.

Les impacts réels de Tchernobyl restent donc largement méconnus ?

Oui. Car hormis les quelque 500 études sur les cancers infantiles, il n’y a jamais eu d’étude sanitaire d’ampleur sur les autres impacts. Quelques chercheurs en font, avec de maigres moyens. Au nord de l’Ukraine, à 200 km de Tchernobyl, l’un a constaté un taux six fois plus élevé qu’ailleurs en Europe de bébés nés sans cerveau. On observe le même type de malformations autour du site de production de bombes nucléaires de Windscale (rebaptisé Sellafield), en Grande-Bretagne, victime d’un incendie en 1957. Le professeur Youri Bandajevsky, jeté en prison pendant 6 ans, a constaté, lui, un lien entre la contamination chronique des enfants et des altérations cardiaques.

Pourquoi ne sommes-nous pas plus curieux des effets sur la santé de cette catastrophe ? C’est LA question que vous posez dans votre livre…

Se contenter de ne voir dans Tchernobyl qu’un accident avec un début et une fin, c’est l’utiliser comme un balai pour écarter le vrai sujet : au nom de la paix, nos dirigeants ont fait exploser 2 000 bombes dans l’atmosphère pendant la guerre froide, qui ont émis 500 fois plus de radioactivité que Tchernobyl. Nous y avons tous été exposés, surtout dans l’hémisphère nord. Depuis 1950, on constate partout une envolée des taux de cancers, surtout chez les enfants, des malformations congénitales, une chute de moitié de la qualité du sperme… Voulons-nous savoir pourquoi ? Ou acceptons-nous un humain en moins bonne santé comme étant le nouveau standard ? A cause du nucléaire, des produits chimiques ? Non, nous devons demander à en savoir plus, et nous armer de données pour résister à ceux qui essaient de nous endormir avec des demi-vérités.

Coralie Schaub

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Voir aussi les publications sur www.independentwho.org

Catastrophe de Tchernobyl : Le pire est "avenir"
Catastrophe de Tchernobyl : Le pire est "avenir"

Ni à Tchernobyl ni à Fukushima la santé ne va

reçu de la coordination après manifestation devant le consulat de France :

... J’attire particulièrement votre attention sur le message artistique de Geoff Read, le mari de Mitsuko, des "réfugiés" de Fukushima vivant désormais en GB, et sur celui d’Odile, fait au nom de SET, qui étaient pas là pour nous rappeler que 33 ans après la catastrophe de Tchernobyl, et 8 ans après celle de Fukushima, les enfants aussi bien à Tchernobyl qu’à Fukushima continuent à souffrir de ces deux catastrophes nucléaires. Le travail de recueil de dessins de Geoff dont voici le site web https://strongchildrenjapan.blogspot.com/

fut un moment fort puisque cet artiste anglais qui vivait à Fukushima avec sa femme japonaise, Mitsuko et leur fils, a recueilli auprès d’une centaine enfants des dessins sur lesquels il a ajouté en guise de signature personnelle un portait de chacun d’eux : une manière très touchante de se lier à chacun des ces enfants et nous lier à eux. "...

Après lui, je vous invite à faire connaitre et circuler les témoignages touchants d'enfants confrontés à une catastrophe nucléaire que nous connaissions déjà concernant Tchernobyl mais qui nous arrivent désormais de Fukushima.


 

Situation sanitaire aux alentours de Tchernobyl, 33 ans après l’accident

Soignez les enfants de Tchernobyl (Contratom 26 avril 2019)

Bonjour aux fidèles et aux nouvelles recrues ! J’aimerais pouvoir vous présenter un rapport avec de bonnes nouvelles et un panorama encourageant de l’évolution de la santé des habitants des régions contaminées par l’accident . - La catastrophe dure C’est non hélas, la catastrophe continue ! :

Les enfants - 500 000 environ sur une population de 2 millions vivant dans les territoires contaminés -continuent à souffrir des problèmes dus à la présence de radioactivité tout autour d’eux : dans leur nourriture dont une bonne partie est produite sur place, dans l’air, dans la poussière des routes, dans l’eau, dans leurs maisons avec le bois de chauffage dont les cendres serviront d’engrais dans les potagers. C’est un circuit vicieux. Les dernières mesures effectuées par l’Institut indépendant que soutient notre association ont montré une forte montée de la radioactivité interne des enfants : la récolte de champignons et de fruits cueillis en forêts et mis en conserve pour l’hiver a été excellente l’année dernière. Le gibier est aussi contaminé.

-La radioactivité

Au bout de 33 ans, on pourrait espérer que la radioactivé aurait perdu de sa force destructrice-le cesium 137 a une demi-vie de 30 ans- mais il y a tant d’autres éléments à vie plus longue ! Les pathologies restent : insuffisance cardiaque, cataractes, diabète, insuffisance rénale, vieillissement précoce, retard mental … environ 80% des enfants ne sont pas en bonne santé. Et cela alors que depuis 14 ans les organisations internationales ont décidé que Tchernobyl est une affaire classée.

-Le génome

Plus triste encore : les malformations congénitales. On assiste à une augmentation constante des diplégies cérébrales infantiles – une maladie qui provoque un grave handicap moteur et cérébral. Dans certains villages du Belarus, le nombre d’enfants atteints correspond à des taux 10 à 15 fois supérieurs à celui enregistré en France et le nombre de cas ne cesse de croître. Il en est de même des malformations cardiaques congénitales qui touchent de plus en plus d’enfants dans tout le Belarus. Les femmes enceintes et leur fœtus sont très vulnérables. Plusieurs scientifiques indépendants font des recherches dans ce domaine qui touche non seulement l’ADN mais aussi l’épigénétique et la transmission de l’instabilité génomique.

-Comment aider ces populations ?

L’institut que nous soutenons va lancer une nouvelle campagne d’étude et d’information et faire des mesures systématiques du Césium et du Strontium dans le lait et dans le fromage. Le but est d’informer les femmes enceintes qui consomment par tradition beaucoup de lait pendant leur grossesse, pour qu’elles mangent de préférence du fromage car il est moins contaminé. En effet, le Césium n’est pas présent dans la crème, alors qu’il est très abondant dans le petit lait. Faudra-t-il que notre Institut trouve le financement pour leur donner des cures de pectine de pommes comme aux enfants les plus touchés, ce qui accélère l’élimination de la radioactivité interne ? Nous cherchons de l’aide pour cette cause.

Pour en savoir plus, rendez-vous l’année prochaine ? Merci de votre attention. plus d’infos sur http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php


 

voir accueil http://www.lesenfantsdetchernobyl.fr/

 

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https://aipri.blogspot.com/2019/04/tchernobyl-33-ans-apres-risque-toujours.html

 

 

vendredi 26 avril 2019

Tchernobyl 33 ans après risque toujours d'exploser.

33 ans après cette catastrophe indélébile de Tchernobyl, la radioactivité retombée résiduelle, dont au plus 25% se trouve dans la zone interdite, s’élève encore à 3,3 millions de Curie.  C’est là 0,10% de la radioactivité de l’excursion initiale, activité initiale qui a été ainsi divisée aujourd’hui par environ 987. D'après l'ICRP, cette radioactivité résiduelle essentiellement déposée en Europe détient encore un potentiel radiotoxique par inhalation de presque 33 milliards de Sievert (dont une fraction est remise en permanence en suspension par les feux de bois domestiques ou industriels et les immanquables incendies d’une biomasse partout marquée) et une radiotoxicité par ingestion de 683 millions de Sievert qui en partie remonte quotidiennement dans chaque assiette, y compris dans celles des négationnistes qui se régalent comme tous de ces « faibles doses » qui n’existent sur le papier que par la grâce de faux calculs.  

 

Lettre de Maurice Eugène André à Vassili Nesterenko.

Si le magma présent dans la centrale de Tchernobyl ne risquait pas selon moi d’exploser ‘nucléairement’ au moment de l'accident, par contre, ce qui pourrait arriver maintenant c’est une explosion nucléaire tardive. Ceci proviendrait du fait que du plutonium du magma (le Pu fond à seulement 641 degrés C°) sédimente petit à petit dans le fond du magma actuel car il est pratiquement le plus lourd des métaux présents là et que se réunisse goutte à gouttes au fond du magma un volume liquide d’un seul tenant de seulement 6 kilos de Pu 239 (suffisant pour amorcer une explosion nucléaire) … ce qui représente un faible volume, car 1 litre de Pu 239 pèse 19,84 kilos et 6 kilos du Pu occupent un volume d’environ 0,330 litre seulement, soit moins de 1/3 de litre de Pu 239.



Ceci signifie que Tchernobyl pourrait maintenant exploser nucléairement si ces conditions plutonigènes se réunissent.



Maurice-Eugène ANDRE, ancien officer instructeur en protection nucléaire (NBCR) (ancien de la Belgian Air Force).

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Réponse de Vassili Nesterenko (Protocole 200, le 22.04.2005. Institut Belrad)

 

Je suis tout à fait d’accord avec Maurice André que la sédimentation du plutonium fondu sous le réacteur peut provoquer une explosion nucléaire des dizaines d’années après l’accident. Voilà pourquoi il est indispensable de vider le réacteur de Tchernobyl en ruines de tout le carburant nucléaire qui s’y trouve encore.


Salut, Vassili.

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https://aipri.blogspot.com/2011/01/expose-de-la-methode-des-faux-calculs.html

 

lundi 31 janvier 2011

Exposé de la méthode des faux calculs nucléaires produits par certains pour arriver à trouver des doses qui satisferont l’industrie nucléaire, mais produiront en finale une vraie hécatombe planétaire.

 

Par le président et le Vice-président de l’AIPRI, Maurice Eugène ANDRE et Paolo SCAMPA. (Texte rédigé en 2007 du vivant de MEA.)

 

L’énergie ionisante est une énergie mortifère. Elle est particulièrement létale lorsqu’elle est introduite dans le corps par des particules radioactives infinitésimales qui approchent de très près les cellules vivantes de notre organisme. (Effet de proximité.) Il suffira en effet qu’une seule et unique particule microscopique bombarde de manière chronique les tissus qui l’entourent pour provoquer, des années voire des décennies plus tard, le surgissement d’un cancer. Toutefois pour comprendre et prouver l’extrême danger constitué ces insolubles nanoparticules métalliques radioactives artificielles, en particulier de celles qui émettent des rayonnements Alpha comme le plutonium 239 ou l’uranium 238, encore faut-il correctement calculer la dose d’irradiation délivrée aux tissus environnants. Se tromper ici dans ce calcul en sous-estimant la dose pathogène délivrée c’est fourvoyer toute la recherche scientifique médicale et physique, c’est baisser artificiellement les seuils officiels de radio-protection des personnes et des populations, c’est autoriser la contamination atomique de l’air, de la terre et des eaux et c’est au bout du compte ni plus ni moins précipiter l’humanité entière dans le gouffre et dans la mort.

 

 

1 Qu’est-ce qu’un calcul de dose?

 

Calculer une dose d’irradiation ionisante ce n'est rien de plus que répartir correctement l’énergie radioactive délivrée dans la masse de chair qui l’a absorbée. C’est telle quantité d’énergie dissipée divisée par tel volume de chair qui l’a absorbée.

 

L’intensité de l’irradiation dépend étroitement du volume irradié. Plus le volume irradié grossit plus l’irradiation est faible, plus le volume diminue plus l’irradiation est intense. Pour estimer avec objectivité la dose reçue il est capital de préciser que ce volume irradié de chair est fonction du rayon de pénétration des rayons ionisants; rayon de pénétration parfaitement connu et forcément borné qui ne saurait irradier la chair qu’il n’atteint pas. Le volume de chair irradié ne saurait être pour autant beaucoup plus grand que le volume dessiné par la trajectoire du rayon. Tout comme un clou fait un trou dans le mur à la mesure de la longueur et de l’épaisseur du clou, une particule alpha irradie une masse de chair à la mesure du volume occupé par sa trajectoire dans la chair.

 

En bref, dans tout calcul de dose la détermination objective du volume «absorbant» est cruciale. Fausser ce diviseur serait en effet immédiatement fausser l’évaluation correcte de la dose. Le grossir de manière artificielle, pour ne pas dire frauduleuse, serait minorer la dose pathogène réellement reçue.


2 Quel volume utilise la physique nucléaire officielle? Utilise-t-elle le volume réellement irradié?

 

Non et l’exemple qui suivra cet exposé montrera une fraude gigantesque qui atteindra le milliard de fois l’augmentation de la zone réelle irradiée afin de diviser d’autant la dose réellement reçue.

 

Ce grossissement incommensurable des volumes irradiés avec la sous-estimation monstrueuse des doses pathogènes absorbées qui en découle, cette falsification systématique du réel physique est cependant la norme officielle et la pratique courante qui se joue depuis l’aube nucléaire sous les yeux ignorants, indifférents et arrogants des physiciens diplômés. Car le volume officiel considéré irradié est grossi un milliard de fois respectivement au volume réellement irradié. C’est pourtant ce monstre boursouflé qui régente notre radioprotection, qui réglemente les législations et les décisions de justices, qui, consentant la pollution radioactive de la biosphère et de la terre, porte à la mort collective les populations et les soldats.

 

Cette infernale inflation des volumes, cette criminelle minoration des doses reçues, correspond en tout et pour tout avec ce que Maurice Eugène André avait déjà souligné et dénoncé depuis longtemps avec ses travaux mathématiques sur «l’effet de proximité»1.

 

Mais jugez par vous même. Bien que l'on sache le rayonnement alpha physiquement borné à 50 micron dans les tissus2 et en mesure d'irradier à terme uniquement une sphère maximale de 100 micron de diamètre pesant 5,24E-7 gramme, (E-7 signifiant exposant-7) l’énergie d’une particule de plutonium 239 logée dans un poumon est absorbée, «selon nos savants officiels», par ce poumon entier de 570 grammes! Bref ne lui fait rien du tout puisque l’énergie radiative se trouve répartie dans un volume énorme3 et totalement falsifié ! Passez sur le tour inutilement compliqué pris là pour calculer le nombre de désintégrations en 2 ans émises par cette particule de plutonium, concentrez-vous sur la valeur du diviseur. C'est là que les faussaires interviennent et que les ignorants trébuchent. Car 570 grammes au lieu de 5,235983E-7 gramme c’est une différence abyssale. L'énergie y est là artificiellement distribuée dans un volume de chair qui est 1 milliard de fois plus grand qu'il ne peut physiquement l'être (570/5,235983E-7 = 1.088.620.730)…

 

Notre destin planétaire se joue pourtant là dans ce diviseur qui minore artificiellement de plusieurs centaines de millions de fois la dose réelle absorbée. C'est grâce à cette tromperie qu'on a répandu autant d'uranium 238 dans l'air sans réagir, c’est grâce à elle qu’on dénie la justice aux populations malades et aux soldats contaminés, c’est grâce à elle que l’on habite ici et là des zones interdites.

 

 

3 Conclusion

 

Ces calculs enflent ainsi à démesure les volumes4 afin de baisser d’autant les doses «effectivement» absorbées, afin de leur donner la rassurante innocuité apparente du millisievert et du millirad. On ne peut plus faussement, ces «calculs officiels» considèrent ionisés des vastes portions de chair pourtant intactes. Une si monumentale bévue (voulue) en «radio-protection» est d’une gravité extrême. Elle entraîne une perverse sous-estimation systématique des doses absorbées, elle atténue d’office les dangers et falsifie le seuil d’alarme. Elle n’est pour cela rien de moins qu’un crime passible de cour martiale. Car ce n’est pas là seulement se tromper dans les calculs mais aussi tromper ceux dont la vie dépend de ces calculs: les agents du nucléaire, les malades, les soldats, l’humanité entière. On ne badine pas impunément avec les calculs nucléaires.

 

Ces calculs officiels de «radio-protection» ne sont ainsi rien d’autre que les masques ignobles d’une «radio-agression» généralisée des personnes et des populations. Mais qu’importe aux «scientifiques» préposés si l’artifice de calcul est l’article de la mort de l’humanité. Qu’importe s’ils le taisent, voire le méconnaissent, pendant que «l’atome de la paix» contamine et tue. Un prix Nobel de la Paix des cimetières le couronne.

 

 

Mars 2007. Revu en Juillet 2008 (Adjonction de la note 4).


CI-DESSOUS TEXTE REFUTE PAR NOUS. ____________________________

The nuclear energy option, Plenum Presse, 1990, Bernard L. Cohen.

 

http://www.phyast.pitt.edu/~blc/book/chapter13.html

Radiation Dose to Lung from Plutonium and the Lung Cancer Risk


This calculation requires knowing (or accepting) some scientific definitions and may therefore not be understandable to many readers.


We calculate the dose to the lung from a trillionth of a pound of plutonium residing there for 2 years. The number of plutonium atoms is 10-12 lb x 450 g/lb x (6 x 1023 atoms/239 gm)= 1.1 x 1012 where 6 x 1023 is Avogadro's number and 239 is the atomic weight. Since half of the plutonium atoms will decay in 24,000 years (the half life), the fraction undergoing decay during the 2 years it spends in the lung is a little more than one in 24,000; actually it is 1/17,000. The number that decay is then (1.1 x 1012/17,000 =) 7 x 107. Each decay releases an energy of about (5 MeV x 1.6 x 10-13 joules/MeV =) 8 x 10-13 joules, so the total radiation energy deposited is (7 x 107 x 8 x 10-13 =) 5.6 x 10-5 joules. The weight of the average person's lung is 0.57 kg46; thus the energy deposited is (5.6 x 10-5 / 0.57 =) 1 x 10-4 joules/kg. The definition of a millirad is 1 x 10-5 joules of energy deposit per kg of tissue. The dose is therefore (1 x 10-4 / 1 x 10-5 =) 10 millirad. Since only 15% on what is inhaled spends this 2 years in the lung, 23 the exposure per trillionth of a pound inhaled is (10 x 0.15 =) 1.5 millirad. For alpha particles - the radiation emitted by plutonium - 1 millirad equals 20 millirem, so the dose to the lung is (1.5 x 20 =) 30 millirem per trillionth of a pound inhaled.

 

Estimates by BEIR, UNSCEAR, and ICRP give a risk of about 5 x 10–7 lung cancers per millirad of alpha particle exposure. The number of lung cancers per pound inhaled is therefore (1.5 x 1012 x 5 x 10-7 =) 8 x 105. Mays estimates 4 x 105 liver and bone cancers per pound inhaled, bringing the total effect to 1.2 million cancers of all types per pound inhaled.


46. International Commission on Radiological Protection (ICRP), Report of the Task Group on Reference Man, ICRP Publication 23 (Pergamon Press, New York, 1975).

 

 

Plutonium, poumons et effets de proximité, M.E. André, in ETUDES & EXPANSION, n° 276, 1978. Sur toile in http://users.skynet.be/mauriceandre/ sous le titre URANIUM et PLUTONIUM c’est pas du chocolat.

 

Hot” or radioactive particle in lung tissue”, photo by Del Tredici, Burdens of Proof byTim Connor, Energy Research Foundation, 1997. http://www.mindfully.org/Nucs/Hot-Particle-Lung-Tissue1997.htm

http://www.ccnr.org/alpha_in_lung_f.html

http://lowdose.tricity.wsu.edu/resources_pics/pages/003%20image_gif.htm

 

C’est comme soutenir qu’une grenade lancée dans une pièce remplie de monde ne produit aucun dégât puisque le quartier où l’explosion est advenue est toujours debout, intact.

 

On peut aussi citer une autre éminente référence bibliographique mais cette fois française, deux “experts” du CEA, où l'on lit stupéfaits par tant d'irrationalité et d'ignorance physique que “Étant donné le faible parcours des particules alpha dans les tissus, toute l’énergie qu’elles transportent est absorbée dans une sphère de 0,5 cm de rayon.” Ces éminents spécialistes font aller les particules alpha 100 fois plus loin qu'elles ne peuvent physiquement aller ! 0,5 cm au lieu des certifiés 0,005 cm ! On notera également que cette pataphysique sphère de chair irradiée de 1 cm de diamètre pèse 0,5235983 grammes: elle est un million de fois trop lourde à savoir que la dose d'irradiation est sous-évaluée d'autant. 0,5235983/5,235983E-7 = 1000000. Cf. J. Piechowski & Y. Chaptinel, Évaluation de la dose locale pour une blessure contaminée, Radioprotection, 2004, Vol. 39, n° 3, pages 355 à 366.

http://www.radioprotection.org/index.phpoption=article&access=standard&Itemid=129&url=/articles/radiopro/pdf/2004/03/Piechowski.pdf

 

http://209.85.135.104/search?q=cache:2bwrK_0nDrwJ:www.radioprotection.org/articles/radiopro/pdf/2004/03/Piechowski.pdf+%22Exemples+de+calcul+de+dose%22+gamma&hl=it&ct=clnk&cd=1&gl=it

 

 

http://aipri.blogspot.com/2010/10/le-calcul-de-lenergie-deposee-par-une.html

 

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11 avril 2019

"Ceux du type exemplaire de l'homme" : Aujourd’hui Julian Assange

ASSANGE

Arrestation de julian Assange

https://www.youtube.com/watch?v=7Z00wtysST4

 RT France

Ajoutée le 11 avr. 2019

Des agents du service de la police métropolitaine ont arrêté ce 11 avril le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, réfugié depuis sept ans dans l'ambassade d'Equateur de Londres. L’agence vidéo Ruptly a réussi à filmer son arrestation.

 

Bref Retour sur révélations :

 

Parmi ceux du type exemplaire de l'homme : Jeremy Hammond

 

source: http://bellaciao.org/fr/spip.php?article138354

 

de : Jean-Yves Peillard
jeudi 21 novembre 2013

 

 

On voit dans cet article un certain pessimisme concernant la « prophétie de Malraux ». (sacré Malraux qui était contradictoire aussi, aimait à en rajouter selon les commentaires)

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article137410

 

« « on m’a fait dire : Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas. La prophétie est ridicule ; en revanche je pense que si l’humanité du siècle prochain ne trouve nulle part un type exemplaire de l’homme, ça ira mal. Et les manifestations (*) et autres ectoplasmes ne suffiront pas à l’apporter. » (*) Il s’agit des : Journées insurrectionnelles de mai 68.

 

Il semble que Malraux nie avoir fait cette prédiction à propos du 21e siècle dans ce passage.

 

Cependant, du même souffle, il en fait une autre lorsqu’il dit que si l’humanité du siècle prochain ne trouve nulle part un type exemplaire de l’homme, ça ira mal.

 

On ne peut que conclure que l’humanité n’a pas trouvé un type exemplaire de l’homme en ce 21e siècle.

 

Et la prophétie de Malraux semble donc se réaliser sous nos yeux. Certains ont pensé que ce type exemplaire de l’homme était Barack Obama lors de sa première campagne à la présidence américaine.

 

Ils ont déchanté depuis, s’apercevant qu’il est, comme les autres avant lui, un pur produit du Système, le dit Système qui pousse au chacun pour soi et au "au plus fort la poche" et qui met, non pas l’argent au service de l’être humain, mais l’être humain au service de l’argent. »

 

Les compatriotes d'Obama confirment ici:

 https://bellaciao.org/fr/spip.php?article135570:

 

« Et nous avons voulu mettre en lumière l’impuissance des institutions libérales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n’ont plus aujourd’hui assez de pouvoir pour contrecarrer l’assaut des multinationales. » [...] « Une poignée d’oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout – la richesse, le pouvoir et les privilèges – et le reste d’entre nous doit lutter pour survivre à l’intérieur d’une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et réprimés. Il y a des lois pour nous ; et d’autres lois pour une puissante élite qui fonctionne comme une mafia sans frontières.

 

Nous assistons impuissants au désastre. Le droit de vote ne nous sert à rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n’ont pas les moyens d’attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l’armée et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de sécurité pour atteinte aux droits de l’homme. La réserve Fédérale n’a plus pour seule fonction que d’imprimer de la monnaie qu’elle prête aux banques et aux organismes financiers à 0% d’intérêt, pour que ces entreprises privées nous la prêtent ensuite à des taux usuraires qui vont jusqu’à 30%. Je ne sais même plus quel nom donner à ce système. Ce n’est certainement pas du capitalisme. C’est plutôt de l’extorsion. »

 

Hé si, c'est du capitalisme poussé à son paroxysme comme l'a été le nazisme, la négation de l'homme dans son environnement mais :

« L'altruisme n'exige pas la déprise, l'anéantissement, la dépression de soi, le désintéressement sacrificielle qui s'abandonne à une altérité radicale (Dieu, la lo morale ou autrui). L'abandon, la déprise de soi, est au contraire l'un des chemins qui mènent le plus sûrement l'individu à la soumission, à l'obéissance aveugle et à la servilité. Seul, celui qui s'estime et s'assume pleinement comme un soi autonome peut résister aux ordres et à l'autorité établie, prendre sur lui le poids de la douleur et de la détresse d'autrui et, lorsque les circonstances l'exigent, assumer les périls parfois mortels que ses engagements les plus intimement impérieux lui font courir. »

P96 «zone grise » « Un des aspects tragiques de l'existence humaine tient à ceci que les choix cruels ne peuvent pas toujours être éludés, qu'il se trouve des circonstances où ce n'est pas la voie claire du bien qui se montre devant nous, aussi difficile puisse-t-il être de la suivre, mais le croisement ambigu entre les chemins du mal et du désastre. » [...]

« Chacun revêt aisément l'armure du chevalier lorsqu'elle ne lui coûte que le prix du rêve. Mais rendus à la réalité, le poids des choses, la contraintes des situations, le soucis des intérêts propres se font à nouveau sentir, nous engluant dans la torpeur et la passivités de l'homme docile. Rares sont ceux qui trouvent en eux le courage de s'en extraire, aujourd'hui comme hier. » [...] « Il y a de la probité et de l’honnêteté de chacun d'envisager lucidement l'éventualité de sa propre lâcheté, et de se demander si, en pareilles circonstances, nous aurions agi avec le courage et la dignité qui paraissent aujourd'hui, à distance du passé, si faciles à exiger d'autrui. »

(Michel Terestchenko «Un si fragile vernis d'humanité »)

 

 

Malraux s'emportait de trop avec « ses grands hommes » , « entre-là Jean Moulin avec ton funèbre cortège, avec tous les rayés les tondus des camps de concentration... » Des panthéonades comme la légion d'honneur, comme l'enseignement de la morale à l'école ou l'anglais dans les universités...

Malraux et « ces chênes qu'ont abat », maintenant c'est ces chaînes que l'on coupe, et ils y a en a qui arrivent à s'échapper tous les jours.

 

Il y a plein de" type exemplaire de l'homme" mais évidemment ils ne sont pas au pouvoir car

un "type exemplaire de l'homme" fuit le pouvoir.

Et chacun fait une contribution ni grande ni modeste, une contribution.

- Ceux des bateaux pour la Palestine sont du " type exemplaire de l'homme"

- Ceux de Tarnac, de NDDL, de Notav, de Valognes etc sont du " type exemplaire de l'homme"

- Les Assange Snowden Mannig Hammond sont du" type exemplaire de l'homme"

- Les Jacquard, Hessel, Aubrac, Slitinsky sont du" type exemplaire de l'homme"

- Les DAL enfant de don quichote jeudi noir déboulonneurs criirad antinuc faucheur clownistan etc sont du" type exemplaire de l'homme"

Et ils sont toujours contradictoires car les hommes sont contradictoires ;

- les Sakharov, Nesterenko sont du" type exemplaire de l'homme" (ancien pronucs)

- Les Bernard Ronot, André Pochon (anciens agriculteurs passant de la chimie au respect du vivant) sont du" type exemplaire de l'homme"

- Ceux du marché de producteurs du coin sont du" type exemplaire de l'homme"

- Ceux qui accueillent des Rroms sont du" type exemplaire de l'homme"

- Les femmes de Fukushima sont du" type exemplaire de l'homme"

- Les femmes africaines sont du" type exemplaire de l'homme" Wangari Mataï, Aminata Traoré, etc on en a rencontré une autre, béninoise, lors des rencontres des dix ans des faucheurs à Bouzy la Forêt cet été.

- Les femmes arborigènes d'Australie contre les mines d'uranium, les indiens d'amérique du sud contre la déforestation de leur terre ancestrale, ceux du Chiapas etc sont du" type exemplaire de l'homme".

 

D'ailleurs Malraux était peut-être un tantinet misogyne, d'où peut être cette réflexion qui lui fait craindre le pire car il ne voit que l'homme, comme Paccalet (l'humanité disparaîtra bon débarras). Car le type exemplaire de l'homme sont surtout des femmes : Vandana Shiva, MM Robin, etc

C'est écrit dans la chanson...

Du coup, Mannig est devenue femme et cela ne retire en rien qu'il demeure avec Assange ; Hammond et beaucoup d'autres boutures qui poussent, du « type exemplaire de l'homme ».

 

Et il faut multiplier à l'infini leur message et notre soutien, multiplier par nos actes ceux « du type exemplaire de l'homme »

 

Déclaration de Jeremy Hammond (extrait)

 

"Je voudrais aussi hurler pour tous mes frères et sœurs qui sont derrière les barreaux et pour celles et ceux encore dehors qui combattent toutes les formes de pouvoir.

 

Les actes de désobéissance civile et d’action directe pour lesquels je suis condamné aujourd’hui sont en accord avec les principes de communauté et d’égalité qui guident ma vie. J’ai piraté des dizaines de sociétés de haut niveau et des institutions gouvernementales, comprenant très clairement que ce que je faisais était contraire à la loi, et que mes actions pourraient m’envoyer dans une prison fédérale. Mais je sentais que j’avais l’obligation d’utiliser mes compétences pour dénoncer et lutter contre cette injustice, et de mettre en lumière la vérité.

 

Aurais-je pu atteindre les mêmes objectifs par des moyens légaux ? J’ai tout essayé, depuis l’appel à signatures de pétitions à l’organisation de manifestations pacifiques, j’ai constaté que les personnes au pouvoir ne veulent pas que la vérité soit révélée. Quand nous exposons la vérité au pouvoir, nous sommes au mieux ignorés et au pire brutalement réprimés. Nous sommes confrontés à une structure de pouvoir qui ne respecte pas son propre système de « mécanisme régulateur », peu lui importent les droits de ses propres citoyens ou de ceux de la communauté internationale.

 

Mon entrée en politique coïncide avec l’élection présidentielle truquée de 2000 par Georges W. Bush qui profita, après le 11 septembre, de la vague de racisme et de patriotisme pour lancer des guerres impérialistes, sans qu’il y ait eu de provocation, contre l’Irak et l’Afghanistan. J’ai manifesté publiquement croyant naïvement que nos voix seraient entendues à Washington et que nous pourrions arrêter les guerres. Au lieu de cela, nous avons été étiquetés comme traîtres, battus et arrêtés."

 

article et lien complet sur http://atelier.mediaslibres.org/Declaration-de-Jeremy-Hammond.html

 

 

 

version le monde.fr

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/11/15/une-source-de-wikileaks-condamnee-a-dix-ans-de-prison_3514829_3222.html

 

 

 

 

 

 

 

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Assange

 

https://www.legrandsoir.info/la-disparition-du-journalisme-consortium-news.html

21 septembre 2018

La disparition du journalisme (Consortium News)

John PILGER

Le décès de Robert Parry, survenu plus tôt cette année, fut un adieu à l’ère du journalisme. Parry était ’un pionnier du journalisme indépendant’, selon Seymour Hersh, avec qui il avait beaucoup en commun.

Hersh a révélé le massacre de My Lai au Vietnam et le bombardement secret du Cambodge, Parry a exposé Iran-Contra, un complot de trafic de drogue et d’armes dont les ramifications s’étendaient jusqu’à la Maison-Blanche. En 2016, ils ont produit séparément des preuves convaincantes que le gouvernement Assad en Syrie n’avait pas utilisé d’armes chimiques. Ils n’ont pas été pardonnés.

Rejeté par le ’mainstream’, Hersh doit publier son travail à l’extérieur des Etats-Unis. Parry a créé son propre site d’information indépendant, Consortium News, où, dans un dernier article à la suite d’un accident vasculaire cérébral, il a fait référence à la vénération du journalisme pour les ’opinions approuvées’ alors que ’les preuves non approuvées sont écartées ou dénigrées quelle que soit leur qualité’.

Bien que le journalisme ait toujours été une extension informelle du pouvoir de l’establishment, quelque chose a changé ces dernières années. La dissidence tolérée lorsque j’ai rejoint un journal national en Grande-Bretagne dans les années 1960 a régressé vers une clandestinité métaphorique alors que le capitalisme libéral évolue vers une forme de dictature d’entreprise. Il s’agit d’un changement sismique où les journalistes contrôlent la nouvelle ’pensée de groupe’, comme l’appelait Parry, et diffusent ses mythes et ses distractions tout en poursuivant ses ennemis.

En témoignent les chasses aux sorcières contre les réfugiés et les immigrés, l’abandon volontaire par les fanatiques ’MeToo’ de notre plus ancienne liberté, la présomption d’innocence, le racisme anti-russe et l’hystérie anti-Brexit, la campagne anti-Chinoise croissante et la censure des mises en garde sur le risque d’une guerre mondiale.

Avec l’exclusion ou l’expulsion de nombreux journalistes indépendants, voire de la plupart d’entre eux, un coin d’Internet est devenu une source vitale de divulgation et d’analyse fondée sur des preuves : de véritables sites de journalisme comme wikileaks.org, consortiumnews.com, wsws.org, truthdig.com et globalresearch.org, counterpunch.org et informationclearinghouse.com (et legrandsoir.info … nan, j’déconne – NdT) sont des lectures nécessaires pour ceux qui essaient de donner un sens à un monde dans lequel la science et la technologie progressent merveilleusement tandis que la vie politique et économique des ’démocraties’ régresse derrière une façade médiatique de spectacle narcissique.

Propaganda Blitz

En Grande-Bretagne, un seul site Web offre une critique médiatique indépendante et constante. C’est le remarquable Media Lens - remarquable en partie parce que ses fondateurs et rédacteurs ainsi que ses seuls auteurs, David Edwards et David Cromwell, depuis 2001, ont concentré leur regard non pas sur les suspects habituels, la presse conservatrice, mais sur les modèles du journalisme libéral réputé : la BBC, The Guardian, Channel 4 News.

Leur méthode est simple. Méticuleux dans leurs recherches, ils sont respectueux et polis lorsqu’ils demandent pourquoi un journaliste a produit un reportage aussi partial, ou a omis de divulguer des faits essentiels ou diffusé des mythes discrédités.

Les réponses qu’ils reçoivent sont souvent défensives, parfois insultantes ; certaines sont hystériques, comme s’ils s’en étaient pris à une espèce protégée.

Je dirais que Media Lens a brisé le silence sur le journalisme commercial. Comme Noam Chomsky et Edward Herman dans Manufacturing Consent, ils représentent un cinquième pouvoir qui déconstruit et démystifie le pouvoir des médias.

Ce qui est particulièrement intéressant à leur sujet, c’est que ni l’un ni l’autre n’est journaliste. David Edwards est un ancien professeur, David Cromwell est océanographe. Pourtant, leur compréhension de la moralité du journalisme - un terme rarement utilisé ; appelons cela de la vraie objectivité - est une qualité vivifiante de leurs publications.

Je pense que leur travail est héroïque et je placerais un exemplaire de leur livre, Propaganda Blitz, qui vient de paraître, dans chaque école de journalisme qui sert les intérêts du système, c’est-à-dire toutes.

Prenons le chapitre intitulé "Démantèlement du Service National de Santé", dans lequel Edwards et Cromwell décrivent le rôle crucial joué par les journalistes dans la crise à laquelle est confronté le pionnier des services de santé en Grande-Bretagne.

La crise du NHS est le produit d’une construction politique et médiatique connue sous le nom d’’austérité’, avec son langage trompeur et malhonnête sur les ’économies par la productivité’ (terme de la BBC pour désigner les réductions des dépenses publiques) et les ’choix difficiles’ (la destruction volontaire des fondations de la vie civilisée dans la Grande-Bretagne moderne).

’L’austérité’ est une invention. La Grande-Bretagne est un pays riche qui a une dette envers ses banques véreuses, et non envers son peuple. Les ressources qui permettraient de financer confortablement le Service national de santé ont été volées au vu et au su de tous par les quelques personnes autorisées à se dispenser et à évader des milliards de dollars d’impôts.

Utilisant un vocabulaire d’euphémismes d’entreprise, le service de santé public est délibérément dénigré par des fanatiques du marché libre, pour justifier sa mise en vente. Le parti travailliste de Jeremy Corbyn peut donner l’impression de s’y opposer, mais le fait-il réellement ? La réponse est très probablement non. Les médias n’y font guère allusion, et encore moins ne l’expliquent.

Edwards et Cromwell ont disséqué la loi Health and Social Care Act de 2012, dont le titre inoffensif cache ses conséquences désastreuses. Inconnue de la majorité de la population, la loi met fin à l’obligation légale des gouvernements britanniques de fournir des soins de santé universels et gratuits : le principe même sur lequel le NHS avait été crée après la Seconde Guerre mondiale. Les entreprises privées peuvent désormais prendre la place du NHS, morceau par morceau.

Où était la BBC, se demandent Edwards et Cromwell, lorsque ce projet de loi d’une importance capitale se frayait un chemin jusqu’au Parlement ? La BBC, qui de par la loi s’engage à ’ fournir une vue d’ensemble ’ et à bien informer le public des ’ questions de politique publique ’, n’a jamais exposé en détail la menace qui pèse sur l’une des institutions les plus chéries du pays : elle n’a jamais fait état de la menace qui pèse sur une de ses institutions les plus précieuses. Un gros titre de la BBC disait : ’Un projet de loi qui donne du pouvoir aux médecins généralistes.’ C’était de la pure propagande d’État.

Les médias et l’invasion de l’Irak

Il y a une similitude frappante avec la couverture par la BBC de l’invasion illégale de l’Irak en 2003 par le Premier ministre Tony Blair, qui a fait un million de morts et beaucoup plus de démunis. Une étude de l’Université du Pays de Galles, à Cardiff, a révélé que la BBC reflétait ’massivement’ la position du gouvernement tout en reléguant les rapports sur les souffrances des civils. Une étude de Media Tenor a placé la BBC au dernier rang d’une ligue de radiodiffuseurs occidentaux pour le temps de parole accordé aux adversaires de l’invasion. Le ’principe’ d’impartialité tant vanté de la BBC n’a jamais été ne serait-ce qu’envisagé.

L’un des chapitres les plus révélateurs de Propaganda Blitz décrit les campagnes de diffamation menées par les journalistes contre les dissidents et les lanceurs d’alerte. La campagne du Guardian contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, est la plus troublante. Assange, dont les révélations épiques de WikiLeaks ont apporté la gloire, des prix de journalisme et des largesses au Guardian, fut abandonné quand il ne fut plus utile. Il fut ensuite soumis à une attaque virulente - et lâche - d’un genre que j’ai rarement connu.

Sans un sou reversé à WikiLeaks, un livre du Guardian qui fit grand tapage a fait l’objet d’un film hollywoodien très lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh, ont gratuitement décrit Assange comme une ’personnalité endommagée’ et ’insensible’. Ils ont également divulgué le mot de passe secret qu’il leur avait confié à titre confidentiel pour protéger un fichier numérique contenant les câbles diplomatiques des États-Unis.

Alors qu’Assange se trouvait piégé dans l’ambassade de l’Equateur, on a pu voir Harding, debout parmi la police à l’extérieur, jubiler sur son blog que ’Scotland Yard pourrait bien avoir le dernier mot, rira bien qui rira le dernier’.

La chroniqueuse du Guardian, Suzanne Moore, a écrit : ’Je parie qu’Assange s’empiffre de cochons d’inde. C’est vraiment une grosse merde.’

Moore, qui se décrit elle-même comme une féministe, s’est plainte plus tard que, après avoir attaqué Assange, elle avait subi des ’mauvais traitements’. Edwards et Cromwell lui ont écrit : ’C’est vraiment dommage, nous sommes désolés de l’entendre. Mais comment décririez-vous le fait d’appeler quelqu’un ’une grosse merde’ ? Une insulte de bas étage ?

Moore répondit que non, elle ne le ferait pas, tout en ajoutant : ’Je vous conseille d’arrêter votre putain de condescendance’. Son ancien collègue du Guardian, James Ball, a écrit : ’Il est difficile d’imaginer l’odeur qui doit régner à l’ambassade de l’Équateur à Londres plus de cinq ans et demi après l’arrivée de Julian Assange.’

Cette bassesse d’esprit fut publiée dans un journal que sa rédactrice en chef, Katharine Viner, décrit comme ’réfléchi et progressiste’. Quelle est la racine de cette vindicte ? Est-ce la jalousie, une reconnaissance perverse qu’Assange a réalisé plus de scoops que tous leurs journalistes d’élite réunis ? Est-ce parce qu’il refuse d’être ’l’un des nôtres’ et qu’il fait honte à ceux qui ont longtemps trahi l’indépendance du journalisme ?

Les étudiants en journalisme devraient étudier ce cas pour comprendre que la source de ’fausses nouvelles’ n’est pas seulement les trolls, ou des médias comme Fox News, ou Donald Trump, mais un journalisme qui s’attribue une respectabilité imméritée : un journalisme libéral qui prétend contester le pouvoir corrompu de l’État mais qui, en réalité, le courtise, le protège, et s’en fait le complice. L’amoralité des années Tony Blair, que le Guardian n’a pas réussi à réhabiliter, en est le reflet.

C’est une époque où les gens aspirent à de nouvelles idées et à de nouvelles alternatives ’, écrit Katharine Viner. Son rédacteur politique Jonathan Freedland a rejeté le désir ardent des jeunes qui soutenaient les politiques modestes du dirigeant travailliste Jeremy Corbyn comme ’ une forme de narcissisme ’.

Comment cet homme a-t-il réussi’, a brayé Zoé Williams du Guardian, ’à être candidat aux élections ?’ Des collègues à lui, du même journal, journalistes insignifiants, ont joint leurs voix aux sien et ont failli se faire hara-kiri lorsque Corbyn a raté de peu l’élection générale de 2017, malgré les médias.

Les histoires complexes sont rapportées selon une formule de partialité, de ouï-dire et d’omission semblable à celle d’une secte : Brexit, Venezuela, Russie, Syrie. En ce qui concerne la Syrie, seules les enquêtes d’un groupe de journalistes indépendants ont permis d’y faire face en révélant le réseau de soutien anglo-américain des djihadistes en Syrie, y compris ceux liés à DAECH.

Soutenu par une campagne ’psyops’ financée par le ministère britannique des affaires étrangères et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le but est de tromper le public occidental et d’accélérer le renversement du gouvernement à Damas, indépendamment de l’alternative médiévale et du risque de guerre avec la Russie.

La Campagne de Syrie, mise sur pied par une agence de relations publiques de New York appelée Purpose, finance un groupe connu sous le nom de Casques blancs, qui prétendent être la ’Défense civile syrienne’ et sont vus de manière peu critique dans les journaux télévisés et les médias sociaux, sauvant apparemment les victimes d’attentats, qu’ils filment pour réaliser ensuite eux-mêmes des montages. Il est peu probable que les spectateurs soient au courant. George Clooney est un fan.

Les Casques blancs sont des appendices des djihadistes avec lesquels ils partagent des adresses. Leurs uniformes et leurs équipements pensés pour les médias sont fournis par leurs bailleurs occidentaux. Le fait que leurs exploits ne soient pas remis en question par les grandes agences de presse montre à quel point l’influence des relations publiques soutenues par l’État dans les médias est maintenant profonde. Comme Robert Fisk l’a fait remarquer récemment, aucun journaliste ’grand public’ ne parle de la Syrie.

Dans ce qu’on appelle un travail à la hache, une journaliste du Guardian basée à San Francisco, Olivia Solon, qui n’a jamais visité la Syrie, a été autorisée à dénigrer le travail d’enquête des journalistes Vanessa Beeley et Eva Bartlett sur les casques blancs comme ’propagée en ligne par un réseau de militants anti-impérialistes, de théoriciens du complot et de trolls avec le soutien du gouvernement russe’.

Ces propos diffamatoires ont été publiés sans permettre une seule mise au point, encore moins un droit de réponse. La page Commentaires du Guardian fut bloquée, comme le révèlent Edwards et Cromwell. J’ai vu la liste de questions que Solon a envoyée à Beeley, qui se lit comme un acte d’accusation maccarthyste : ’Avez-vous déjà été invitée en Corée du Nord ?

Une grande partie des médias dominants est tombée à ce niveau. C’est le subjectivisme qui l’emporte ; les slogans et l’indignation en sont la preuve. Ce qui compte, c’est la ’perception’.

Lorsqu’il commandait les troupes US en Afghanistan, le général David Petraeus a déclaré ce qu’il appelait ’une guerre de la perception... menée en continu via les médias’. Ce qui importait réellement, ce n’étaient pas les faits, mais la façon dont l’histoire était racontée aux États-Unis. L’ennemi non déclaré était, comme toujours, ceux qui cherchaient à s’informer et les esprits critiques.

Rien n’a changé. Dans les années 1970, j’ai rencontré Leni Riefenstahl, la cinéaste d’Hitler, dont la propagande avait hypnotisé le public allemand.

Elle m’a dit que les ’messages’ de ses films ne dépendaient pas d’ ’ordres venus d’en haut’, mais du ’vide apathique’ d’un public mal informé.

Y compris la bourgeoisie libérale et éduquée ?’ ai-je demandé. ’Tout le monde,’ répondit-elle. ’La propagande gagne toujours, si vous laissez faire.’

John Pilger

Propaganda Blitz de David Edwards et David Cromwell est publié par Pluto Press.

John Pilger est un journaliste australo-britannique basé à Londres. Le site Web de Pilger est le suivant : www.johnpilger.com.

Son dernier film, ’The Coming War on China’, est disponible aux Etats-Unis sur www.bullfrogfilms.com

Traduction "(presque) tous pourris n’est pas un slogan du FN mais un simple constat" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://consortiumnews.com/2018/09/19/hold-the-front-page-the-reporter...

 

 

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https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-septieme-partie-le-reseau-du-renseignement-us.html

 

8 mars 2018

Assaut contre Wikileaks (septième partie) : le réseau du renseignement US

Jimmys LLAMA

 

Après que le FBI a essentiellement orchestré le piratage de Stratfor par l’intermédiaire de leur informateur Hector Xavier Monsegur (’Sabu’) et les pirates informatiques ont violé, pillé et effacé le contenu des serveurs de la société, le présumé membre de l’AntiSec Jeremy Hammond, a non seulement continué à pirater des systèmes pendant des mois, il espionnait involontairement sur d’autres pays au nom du gouvernement US. Selon le Daily Dot, Hammond a violé (ou tenté de violer) des bases de données contenant les « informations d’identification, les détails financiers et les e-mails privés de citoyens étrangers » dans plus de trente pays différents et chaque cible lui avait été désignée par Sabu. Au cours de son procès, Hammond n’a pas été en mesure de nommer publiquement ces cibles étrangères, mais peu après sa comparution devant le tribunal, Jacob Applebaum publia un lien vers la liste non expurgée et tweeta : « J’ai maintenant vu la liste non expurgée des cibles que le FBI a demandé à Hammond de pirater. Putain de merde. »

Putain de merde, Shiz a raison. La liste non expurgée et les journaux de conversation publiés par la suite montrent que Sabu a encouragé Hammond et d’autres à attaquer le gouverneur de Porto Rico, la Division des affaires intérieures de la police militaire du Brésil, le site Web officiel du Prince héritier du Koweït, le Service des impôts de la Turquie et le Centre universitaire iranien pour l’éducation et la recherche culturelle. D’autres cibles étrangères comprenaient la Syrie, la Colombie, le Nigéria, le Pakistan, l’Irak et des alliés américains, l’Australie et le Royaume-Uni. « Ce que les États-Unis n’ont pas pu accomplir légalement, ils ont utilisé Sabu, et par extension, moi et mes coaccusés, pour le faire illégalement », a écrit Hammond en août 2013.

Hammond fut arrêté le 5 mars 2012, sept jours après que WikiLeaks ait publié les courriels de Stratfor, et fut accusé de piratage informatique et tentative de fraude. Toutes les accusations provenaient du piratage de Stratfor qui avait eu lieu des mois auparavant et Hammond s’est demandé pourquoi le FBI l’avait présenté à ’ Hyrriiya ’, le pirate qui avait initialement découvert la vulnérabilité de Stratfor. Plus important encore, Hammond a demandé : « Pourquoi les États-Unis nous utilisaient-ils pour infiltrer les réseaux privés de gouvernements étrangers ? » et « Que font-ils avec les informations que nous avons volées ? »

Bien que personne ne sache vraiment ce que le gouvernement des États-Unis a fait avec les informations volées, il est intéressant de noter que certains agents du FBI qui étaient directement impliqués dans l’opération Sabu ont travaillé pour des sociétés privées de cybersécurité qui ont des liens incroyables avec la communauté américaine et britannique du renseignement. De plus, il semble que ces agents ont utilisé Sabu, Hammond et d’autres comme appât pour attraper un poisson beaucoup plus gros : Julian Assange.

SHAWN HENRY

 

Lorsque quelqu’un enfreint un réseau et vole des données, puis les rend publiques - qu’il soit étranger et utilise les données pour aider l’industrie de son pays, qu’il les vende comme un groupe du crime organisé ou qu’il les affiche simplement parce qu’il croit que l’entreprise à qui il les a volées agit de façon inappropriée, le fait est que les données ont été volées en violation de la loi fédérale.

Au moment où Shawn Henry a fait cette déclaration à CIO.com le 19 décembre 2011, il était le directeur général adjoint de la Direction générale du crime cybernétique et d’intervention du FBI (CCRSB) et il savait que le FBI avait orchestré le piratage de Stratfor moins de deux semaines auparavant. De plus, peu de temps après et peut-être sous la direction d’Henry lui-même, Sabu a commencé à distribuer des cibles étrangères comme des bonbons aux pirates informatiques comme Hammond et à les encourager à déverser des données volées sur un serveur du FBI. Si le FBI a orchestré le piratage de Stratfor, et permis à leur informateur, Sabu, de publier les données le 24 décembre 2011 (et au-delà), a donné aux pirates informatiques les liens avec des cibles étrangères, puis stocké les données volées, pourquoi aucun agent du FBI tel que Henry n’a été poursuivi ? Au contraire, des pirates informatiques comme Jeremy Hammond se sont retrouvés isolés face à une peine de dix ans de prison alors que les agents du FBI impliqués dans l’opération Sabu trouvaient des emplois lucratifs dans le secteur de la cybersécurité privée.

Quelques jours après l’arrestation de Hammond, Henry a quitté le FBI pour travailler pour Crowdstrike, une société de cybersécurité nouvellement créée qui, comme vous vous en souvenez peut-être, fut embauchée par le DNC [Organe dirigeante du Parti Démocrate – NdT] en 2016 après que ces foutus Russes auraient piraté leur système. Bien que le FBI n’ait jamais examiné personnellement les serveurs DNC, le vieil ami de l’agence, Shawn Henry, président et chef de la sécurité de Crowdstrike Services, l’a certainement fait. Il s’est ensuivi un rapport de Crowdstrike selon lequel les « ours russes » ont piraté le DNC, l’apparition de Guccifer 2.0 et la prise de conscience du fait qu’Henry aurait pu être le maître de Sabu quatre ans auparavant. Adam Carter à g-2. space a fait des recherches approfondies sur le ’hack’ DNC et Guccifer 2.0, le personnage en ligne qui affirme que WikiLeaks travaillait avec les Russes. Il a écrit,

Bien que Guccifer 2.0 et la compromission de Sabu avec le FBI se soient déroulés à cinq ans d’intervalle, il y a quelque chose qui relie ces deux personnages en plus des allégations de piratage que j’ai examinées.
Il s’avère que, bien que compromis par le FBI, l’agent en charge de Sabu au moment des allégations de piratage est l’une des deux personnes que j’ai conclu sont les plus susceptibles d’être derrière Guccifer 2.0.
En d’autres termes, les deux allégations de piratage hautement médiatisées et douteuses que j’ai repérées au cours des 6-7 dernières années ont eu un certain lien avec Shawn Henry.’

Ceux qui ont fait des recherches savent très bien que le récit russe concernant le ’hack’ de DNC et WikiLeaks est faux. Cela signifie essentiellement que Shawn Henry n’a pas seulement été impliqué dans la création d’un faux récit russe qui a sapé la crédibilité de WikiLeaks, il a été directement impliqué dans l’opération Sabu qui a mis des pirates comme Hammond en prison pour avoir enfreint la loi pour des agents fédéraux.

AUSTIN BERGLAS, MILAN PATEL et K2 INTELLIGENCE

Austin Berglas, Milan Patel

Austin Berglas, ancien agent spécial adjoint en charge de la branche cybernétique du FBI à New York, et Milan Patel, ancien Directeur de la technlogie de la Cyber-Division du FBI, ont également été impliqués dans l’opération Sabu et ont finalement quitté l’agence pour travailler dans le secteur privé. En fait, c’est Milan Patel qui a rédigé la plainte pénale contre Hammond avant de quitter le FBI en juin 2015, pour rejoindre la société privée de services de cybersécurité, K2 IntelligenceBerglas s’était déjà joint au cabinet deux mois auparavant.

Créé en 2009 par Jules et Jeremy Kroll, le conseil d’administration de K2 Intelligence comprend les Krolls ainsi que Tom Glocer, l’ancien Directeur de Thomson Reuters. L’amiral Michael Muller, ancien président des chefs d’état-major interarmées sous Bush et Obama, siège au conseil consultatif.

En août 2017, deux des divisions de K2 ont fusionné avec Bitvoyant (anciennement Qwerty Labs) pour former une nouvelle société de cybersécurité appelée BlueVoyant (anciennement BlueTeamGlobal) où Austin Berglas et Milan Patel travaillent actuellement. Comme Kazworld. com l’a dit, « Le cabinet emploie des agents recyclés de la police et du renseignement ainsi que des journalistes indépendants pour mener des opérations secrètes pour des sociétés de haute technologie ». En guise de remarque à tous ceux qui ont lu ma série sur l’uranium, dont ’Frank Giustra’s Uranium Deal’, je vous recommande vivement de lire l’article de Kazworld.com car il souligne les liens de K2 Intelligence avec Mukhtar Ablyazov, l’un des hommes impliqués dans la vente d’uranium à Giustra en 2005 et qui est lié à l’oncle des terroristes de Boston, Ruslan Tsarni. Mais je m’écarte.

BLUEVOYANT

BlueVoyant est dirigé par l’ancien chef des opérations de Morgan Stanley, Jim Rosenthal, ainsi que par l’amiral Michael Mullen et Tom Glocer, que j’ai mentionnés plus tôt. Le reste de la liste de BlueVoyant se lit comme un roman d’espionnage. Il y a Dennis Ennis, l’ancien chef du Threat Intelligence de la NSA, Gad Goldstein, ancien major-général de Shin Bet, et Ron Feler, ancien commandant adjoint de l’unité de cyber-intelligence de l’armée israélienne, 8200. N’oublions pas Peter Mandelson, ancien premier ministre du Royaume-Uni et Dave Johnston, ancien chef de division du GCHQ [La « NSA » britannique - NdT]. Et puis il y a l’ancien directeur du GCHQ britannique, Robert Hannigan, qui préside actuellement le Comité consultatif européen de BlueVoyant.

Robert Hannigan

 

Selon WikiLeaks, Robert Hannigan s’est occupé du dossier de Julian Assange au ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni (FCO) avant sa grande promotion au GCHQ. Comme l’a dit un compte Twitter, « La merde monte au sommet » et j’aurais du mal à être en désaccord. Hannigan a rejoint le FCO le 29 mars 2010, et c’est peu de temps après l’entrée d’Assange à l’ambassade de l’Équateur en 2012 que Hannigan et le FCO ont pensé que ce serait une bonne idée de monter un assaut pour s’en saisir.

Le FCO est également le même bureau qui refuse de confirmer ou de nier qu’ils ont une demande d’extradition US pour Assange et a récemment déclaré que « le gouvernement de l’Équateur a récemment demandé le statut diplomatique pour M. Assange ici au Royaume-Uni. Le Royaume-Uni n’ a pas accédé à cette demande et nous ne sommes pas en pourparlers avec l’Équateur sur cette question. » Et oui, ce serait comme si la Russie dictait aux États-Unis qui peut ou ne peut pas être un diplomate US parce qu’apparemment le Royaume-Uni a sombré dans l’absurdité politique.

Le nom de Hannigan pourrait aussi vous sembler familier parce que The Guardian a rapporté qu’il « a transmis du matériel à l’été 2016 au chef de la CIA, John Brennan », ce qui a amené la CIA à utiliser les renseignements pour lancer une enquête sur le candidat présidentiel de l’époque, Donald Trump. Et non, ce n’est pas vraiment surprenant puisqu’on soupçonne depuis longtemps que le GCHQ a aidé à faciliter l’espionnage de Trump et de son équipe comme moyen de contourner les lois US sur la surveillance, mais cela dit, c’est le Guardian, alors prenez-le avec des pincettes. Fait intéressant, Hannigan a démissionné brusquement de son poste de directeur du GCHQ trois jours après l’inauguration de Trump.

Team8

Outre ses liens avec K2 Intelligence, BlueVoyant est actuellement partenaire de Team8, une « plateforme israélienne de réflexion sur la cybersécurité et la création d’entreprises » dirigée par d’anciens membres de la cellule de renseignement des Forces de défense israéliennes, 8200. Selon le site web de Team8, les fondateurs se sont également « associés à des investisseurs tels que Microsoft, Cisco, Qualcomm, ATT, Accenture et les Innovation Endeavors d’Eric Schmidt ». Schmidt a déclaré,

Nous avons la chance de travailler en partenariat avec Team8, qui est à la pointe de l’innovation en matière de cybersécurité. Team8 est un excellent exemple de la façon dont Israël a certains des meilleurs talents au monde pour relever ces défis.’

Effrayant, n’est-ce pas ?

SABINA MENSCHEL

 

Enfin, Sabina Menschel, qui, à ma connaissance, n’a jamais été directement impliquée dans l’opération Sabu, mais qui a commencé sa carrière comme conseillère spéciale à la Direction du renseignement du FBI à Washington D.C. avant de partir travailler pour les Krolls (comme tout le monde dans cette histoire) en tant qu’analyste de recherche. Elle a fini par accéder au poste de responsable mondial de la formation pour le département Business Intelligence and Investigations de K2 avant de quitter en 2015 pour devenir présidente et chef de l’exploitation de Nardello & Co., une société d’investigation dont la devise est ’We Find Out’ (Nous trouvons/découvrons). Elle est également l’épouse de Bill Priestap, le directeur du contre-espionnage du FBI, le superviseur immédiat de Peter Strzok et le confident de James Comey. Outre ses liens évidents avec le FBI et K2 Intelligence, Menschel est aussi la nièce de Robert Menscheldont j’ai déjà parlé (ici et ici),

Vous ne connaissez pas les Menschels&nbsp ; ? Robert était le https://www.insidephilanthropy.com/wall-street-donors/robert-b-menschel.html' class='spip_out' rel='external'>directeur principal de Goldman Sachs, la même société d’investissement que vous vous rappelez peut-être était la favorite de Hillary Clinton. Il n’est donc pas surprenant que https://www.washingtonpost.com/news/post-politics/wp/2015/11/19/here-are-the-146-donors-who-have-supported-all-six-of-the-clintons-federal-races/?utm_term=.4464631d1718' class='spip_out' rel='external'>selon le Washington Post, Robert et Joyce ont soutenu ’les six campagnes électorales des Clinton’ avec des dons variant entre 0 000 et 0 000. Et remarque qui a son importance, ils ont aussi https://www.insidephilanthropy.com/home/2015/9/3/low-profile-long-track-record-the-philanthropy-of-the-mensch.html' class='spip_out' rel='external'>fait un don à la Freedom of the Press Foundation, mais quand on aime, on ne compte pas, n’est-ce pas&nbsp ; ?

Ce qui est intéressant avec les Menschels, c’est que par l’intermédiaire de la Fondation Robert et Joyce ainsi que du Vital Project Fund, ils ont financé les documentaires de Laura Poitras pendant plus de quatorze ans, y compris son film sur Julian Assange, Risk. Poitras a également des liens avec K2 Intelligence à travers Jeff Skoll, l’ancien président d’Ebay de Pierre Omidyar et fondateur de Participant Media qui a participé à la production de Citizenfour. En 1999, Skoll a lancé la Skoll Foundation et son site web montre que Gabriel Erem, co-fondateur d’ E2 Global, est un contributeur de la fondation. Selon le site Web d’ E2 Global, la firme d’Erem est « la principale plateforme médiatique et de communication au monde dédiée à la haute philanthropie » - quelle que soit la signification de ce baratin de la CIA - et s’est associée à K2 Intelligence et APCO, la même firme qui a poussé le récit russe de Bill Browder et qui est actuellement impliquée dans le scandale Clinton-uranium. Je pourrais continuer comme ça toute la journée. Sérieusement.

Quant à la question de Hammond de savoir ce qui est arrivé aux données que les pirates informatiques, y compris lui-même, ont envoyé sans le savoir au FBI sous la direction de Sabu, je pense que la communauté du renseignement US a non seulement tiré parti de ces données, mais qu’elle les a aussi transmises directement ou par l’intermédiaire d’anciens employés comme Henry, Berglas et Patel à des sociétés privées de cybersécurité et de renseignement comme K2 Intelligence et BlueVoyant, qui ont les mêmes objectifs en tête que l’État profond.

LE PIEGE

Robert Hannigan (GCHQ), Ian Standen, Mike Rogers (NSA), Sir John Scarlett (M16 ; partenaire en affaires de James Arbuthnot, mari de la juge Arbuthnot qui a récemment confirmé le mandat d’arrêt contre Assange)

Compte tenu des récents événements qui ont eu lieu avec le FBI, il n’est pas surprenant que d’anciens agents du FBI comme Milan Patel continuent de se rallier derrière James Comey et de saper publiquement WikiLeaks. Interrogé sur la performance de Comey concernant l’enquête sur les courriels de Hillary Clinton au cours d’une entrevue de 2016 avec Forbes. com, Patel a déclaré,

’Comey est bien connu pour sa main ferme et son jugement. J’ai entièrement confiance en sa décision et comment il y est arrivé. Il est aussi honnête qu’on peut l’être. Vous aurez du mal à trouver quelqu’un qui n’a pas de respect pour ses services et son leadership.’

Outre le fait que, dans la même interview, Patel a également reconnu que les Etats-Unis piratent « tout le temps » d’autres pays, il a averti les journalistes qu’ils devraient réfléchir à deux fois avant de prendre les documents de WikiLeaks au pied de la lettre. Il y a toujours la possibilité qu’ils aient été modifiés, a-t-il noté, et que « il suffit de deux mots pour changer le récit. » De toute évidence, le mobile de Patel ici était de discréditer la publication DNC de WikiLeaks avant les élections US de 2016, mais je crois que cela va plus loin. Un mois après que Patel ait laissé entendre que WikiLeaks n’était pas légitime et que des mots pouvaient avoir été omis dans leurs documents, un article explosif a été publié qui a régurgité le récit de Patel. Cet article portait sur une opération menée par le FBI il y a quatre ans pour tendre un piège à Julian Assange et deux choses que Patel connaissait bien : Sabu et les dossiers syriens.

Jimmys LLAMA

(à suivre)

traduction ’plus on en sait et plus on comprend qu’on ne savait pas’ par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

Assaut contre Wikileaks (première partie) : Freedom of the Press Foundation coupe les donations à Wikileaks
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-premiere-partie-f...

Assaut contre Wikileaks (deuxième partie) : Dans la ligne de mire.
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-deuxieme-partie-d...

Assaut contre Wikileaks (troisième partie) : trahis pour l’argent et le pouvoir ?
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-troisieme-partie-...

Assaut contre Wikileaks (quatrième partie) : Poupées russes
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-quatrieme-partie-...

Assaut contre Wikileaks (cinquième partie) : L’ennemi intérieur
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-cinquieme-partie-...

Assaut contre Wikileaks (sixième partie) : les fichiers Stratfor et Syrie I
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-sixieme-partie-le...

Assaut contre Wikileaks (septième partie) : le réseau du renseignement US
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-septieme-partie-l...

»» https://jimmysllama.com/2018/02/27/10975/

 

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https://www.legrandsoir.info/a-l-interieur-de-wikileaks-travailler-avec-l-editeur-qui-a-change-le-monde-consortium-news.html

 

23 juillet 2018

A l’intérieur de WikiLeaks : Travailler avec l’éditeur qui a changé le monde (Consortium News)

Stefania Maurizi

La journaliste italienne Stefania Maurizi a travaillé avec WikiLeaks pendant neuf ans sur les courriels de Podesta et autres révélations. Voici le point de vue d’une initiée de l’éditeur qui a contrarié les dirigeants du monde entier qui cherchent désespérément à cacher leur corruption.

Réduit au silence et coupé du monde extérieur, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, est confiné à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis six ans, sans accès à la lumière du soleil, à l’air frais ou à un traitement médical approprié. De plus, en mars dernier, le gouvernement équatorien du président Lenin Moreno lui a coupé l’accès à Internet, aux appels téléphoniques et même aux visiteurs et aux journalistes. Pour un homme qui est déjà confiné à l’ambassade depuis si longtemps, ces restrictions sont particulièrement sévères.

J’ai commencé à travailler en tant que partenaire média de WikiLeaks en 2009, avant qu’Assange et WikiLeaks ne publient des bombes telles que la vidéo "Collateral Murder". Au cours des neuf dernières années, je me suis associée à WikiLeaks au nom de mon journal, le quotidien italien La Repubblica pour travailler sur les e-mails Podesta et de nombreux autres fichiers secrets, à l’exception de ceux que WikiLeaks a publiés sans partenaires médiatiques : les e-mails DNC (Parti Démocrate), les Cables saoudiens, les e-mails du parti au pouvoir en Turquie, les documents de l’équipe Hacking Team, la vidéo Collateral Murder et les e-mails de Brennan.

Que l’on apprécie leur travail ou non, WikiLeaks est une organisation médiatique indépendante qui n’a pas besoin de s’appuyer sur les médias traditionnels pour publier ses scoops. En effet, elle a été fondée pour contourner les scrupules juridiques que les médias traditionnels peuvent avoir au sujet de la publication d’informations classifiées.

Avec ses 5,5 millions d’adeptes sur Twitter, WikiLeaks a une présence énorme dans les médias sociaux qui donne un impact immédiat à son travail. Mais WikiLeaks a publié la plupart de ses révélations en collaboration avec un certain nombre de partenaires médias.

Par exemple, j’étais partenaire dans la publication des courriels de John Podesta, le directeur de campagne de Hillary Clinton en 2016, qui ont été publiés par WikiLeaks peu de temps après que la tristement célèbre vidéo Access Hollywood a révélé que le candidat Donald Trump faisait des remarques grossières sur les femmes.

De nombreux médias continuent de rapporter que les courriels de Podesta ont été diffusés quelques minutes seulement après la diffusion de la vidéo Access Hollywood, faisant allusion à une sorte de coordination entre WikiLeaks et la campagne Trump. Dans un acte d’accusation publié vendredi dernier, Robert S. Mueller III, le conseiller spécial chargé d’enquêter sur l’ingérence russe dans les élections américaines de 2016, a inculpé 12 officiers du service de renseignement militaire russe, GRU, pour avoir prétendument piraté les courriels du DNC et de Podesta et les auraient transmis à WikiLeaks pour publication.

Je n’ai aucune idée de qui étaient les sources de WikiLeaks pour les courriels de Podesta : tout le concept de WikiLeaks est basé sur la soumission de documents secrets ou autrement restreints par des sources anonymes. M. Assange a déclaré à maintes reprises que sa source pour les courriels de Mme Clinton n’était ni le gouvernement russe ni un parti d’État.

Comme j’ai travaillé sur les courriels de Podesta, je sais que leur publication n’était pas une décision de dernière minute. J’avais été alertée la veille, et leur publication échelonnée était un choix que WikiLeaks a fait après que l’organisation ait été sévèrement critiquée par les médias grand public pour avoir publié les documents du DNC d’un seul coup. Cette fois, la publication des courriels s’échelonnerait pour que le public puisse les digérer plus facilement. Mais cela aussi a été critiqué par les médias américains et les Démocrates comme une tentative de porter un coup à Clinton quelques semaines avant les élections.

Prêts à publier les documents Trump

J’ai également été témoin lorsque WikiLeaks a reçu à un certain moment de la campagne quatre documents sur les activités de Trump et que les partenaires médiatiques ont été invités à vérifier les documents afin de déterminer s’ils devaient être publiés. L’équipe de WikiLeaks avait déjà préparé un graphique pour une éventuelle publication : une caricature de Trump et sa coiffure caractéristique. Malheureusement, nous avons constaté que les documents avaient déjà été rendus publics.

Au cours des neuf dernières années de mon travail en partenariat avec WikiLeaks pour le compte du magazine italien L’Espresso, puis de La Repubblica, j’ai passé de nombreuses heures à parler à Assange et à son personnel, en maintenant un contact hebdomadaire avec eux. En y repensant, je me rends compte qu’au cours de toutes ces années, je n’ai rencontré Assange qu’une seule fois en homme libre. C’était en septembre 2010 : il venait de quitter la Suède pour me rencontrer ainsi que d’autres journalistes à Berlin après la publication des journaux de guerre afghans. A cette époque, je n’avais pas réalisé que tant d’années passeraient sans le revoir libre.

C’est l’un des hommes les plus diabolisés de la planète. "Nous sommes dans le business de la crucifixion", m’a-t-il dit il y a quelques mois, avant que l’Equateur ne coupe ses contacts sociaux. En effet, il a été crucifié pour tout ce qu’il a fait : il a parlé à la presse ? C’est un narcissique. Il n’a pas parlé à la presse ? Il veut alimenter son image d’homme mystère international. C’est un être humain compliqué, mais il n’est ni un homme dur, ni le méchant impérieux, de style James Bond, dépeint par les journaux. Il peut être chaleureux, avec un sens de l’humour aiguisé, et il est certainement assez brillant et audacieux pour publier des documents exceptionnellement risqués.

Toute la puissance de l’État

WikiLeaks est plutôt unique à bien des égards. En tant qu’organisation médiatique publiant exclusivement des documents secrets ou autrement restreints sur les "pouvoirs invisibles", tels que les agences de renseignement, que les citoyens ne perçoivent normalement pas comme étant directement pertinents pour leur vie, il ne fait guère de doute que WikiLeaks a toute la puissance de l’État contre elle. C’est probablement la seule organisation de médias occidentaux à avoir fait l’objet d’une enquête continue par les autorités américaines - et probablement d’autres - depuis 2010, et c’est certainement la seule dont le rédacteur en chef est détenu arbitrairement au cœur de l’Europe.

Assange : Pas de sortie ?

Chaque fois que je dis qu’Assange est le seul éditeur arbitrairement détenu en Europe, certains objectent qu’il n’est pas détenu, ou qu’il n’est pas du tout rédacteur en chef. Mais qu’il soit détenu arbitrairement est l’avis du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, dont les décisions sont considérées comme faisant autorité par la Cour européenne des droits de l’homme. Le gouvernement britannique a toujours rejeté la décision de l’organe de l’ONU sur Assange, et a même essayé de faire appel. Depuis la perte de cet appel, les autorités britanniques ont continué à ignorer la décision et apparemment personne d’autre n’a rien à dire à ce sujet.

Beaucoup affirment qu’Assange n’est pas détenu, mais plutôt dans un état d’"exil volontaire", puisqu’il pourrait quitter l’ambassade à tout moment. Il pourrait, s’il le voulait, sortir et être arrêté par les autorités britanniques, pour avoir violé les conditions de sa mise en liberté sous caution, après que la Suède a abandonné son enquête contre lui, et il risquerait d’être extradé vers les États-Unis. L’année dernière, l’ancien chef de la CIA, Mike Pompeo, l’a attaqué férocement, lui et son organisation, qualifiant WikiLeaks de "service de renseignement hostile non étatique". Le procureur général actuel, Jeff Sessions, a déclaré que son arrestation est une priorité.

Les avocats d’Assange croient qu’un grand jury de l’État de Virginie a probablement déposé un acte d’accusation scellé contre lui. Théoriquement, il est protégé par le Premier Amendement de la Constitution des États-Unis, qui protège la publication de documents volés, ce que les grands médias font régulièrement. Cependant, au cours des dernières années, nous avons assisté à de nombreuses tentatives des autorités américaines de prétendre que WikiLeaks et Assange ne sont pas protégés par le Premier Amendement.

Curieusement, les critiques qui insistent sur le fait qu’il est en exil ou en détention semblent oublier qu’Assange a tenté toutes sortes de voies légales pour contester sa détention. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui s’impose l’exil tout en essayant de mettre fin à l’exil par divers moyens légaux.

Le dernier recours d’Assange devant le tribunal d’instance de Westminster a été rejeté en février dernier par la juge britannique Emma Arbuthnot, dans un jugement indiquant que pour la justice britannique, il est parfaitement acceptable qu’un individu reste confiné dans un petit bâtiment pendant près de six ans sans accès à la lumière du soleil, à l’air frais ou à un traitement médical approprié. "Je ne trouve pas que le séjour de M. Assange à l’ambassade soit inapproprié, injuste, imprévisible, déraisonnable, inutile ou disproportionné ", a conclu M. Arbuthnot sans une trace d’ironie britannique.

En ce qui concerne le concept d’"éditeur", je peux me référer à ma propre expérience, décrivant ce que j’ai vu de mon côté : Assange a toujours été la personne qui coordonne les activités de publication de WikiLeaks, fait les choix éditoriaux, décide comment présenter les révélations au public, comme n’importe quel rédacteur en chef des médias traditionnels. Lui et son organisation sont loin d’être parfaits : ils ont fait des erreurs et des choix douteux, mais il est vrai qu’ils ont révélé des informations très importantes dans l’intérêt public.

Le journalisme et au-delà

Grâce à WikiLeaks, il a été possible de révéler le vrai visage des guerres américaines en Afghanistan et en Irak (journaux de guerre afghans, journaux de guerre en Irak et Collateral Murder), l’identité des détenus de Guantanamo (Gitmo Files), les scandales et les accords diplomatiques embarrassants contenus dans 251 287 câbles diplomatiques américains, comme la pression des États-Unis pour neutraliser les procureurs italiens enquêtant sur l’enlèvement et transfert illégal de l’ecclésiastique milanais Abu Omar (Cablegate).

Il a été possible de révéler le fonctionnement interne de la société de renseignement privée américaine Stratfor (GIFiles) et l’nterception par la NSA des communications des dirigeants allemands, français, italiens et japonais, y compris les interceptions de l’ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi (NSA World Spying Files). WikiLeaks a également révélé les opérations de l’UE pour arrêter les migrants et les réfugiés (EU Military Ops Against Refugee Flow Files), et les cyber-armes de la CIA (Vault 7 Files). Ses dossiers tunisiens ont contribué au soulèvement qui a déclenché ce qu’on appelle le printemps arabe. WikiLeaks a également publié un lot de fichiers d’espionnage en provenance de Russie.

Toutes ces informations précieuses ont été mises gratuitement à la disposition du monde entier par WikiLeaks, de sorte qu’une fois dans le domaine public, les journalistes, les activistes, les universitaires et les citoyens peuvent y accéder directement dans le monde entier, sans avoir besoin des médias ou des journalistes pour accéder aux fichiers originaux et faire des choix éclairés.

Cette stratégie de publication a fonctionné : les habitants des îles exilés de l’archipel des Chagos, par exemple, ont utilisé les câbles diplomatiques américains devant les tribunaux pour soutenir leur lutte pour retourner aux îles Chagos, tandis qu’un citoyen allemand, Khaled el-Masri, a utilisé les câbles pour soutenir sa cause devant la Cour européenne des droits de l’homme contre son enlèvement et transfert illégal.

Selon WikiLeaks, la publication d’informations dans l’intérêt public est un acte qui implique le journalisme, mais qui va aussi au-delà du journalisme. C’est pourquoi, après avoir établi un partenariat avec les médias, WikiLeaks rend les fichiers accessibles au public afin que tout le monde puisse y accéder et les utiliser.

Assange et son équipe ont été les pionniers d’un modèle si efficace qu’il a été copié par de nombreuses personnes. Ils ont lancé une plate-forme pour la soumission anonyme de documents secrets ou à diffusion restreinte, un concept qui a depuis été adopté par la quasi-totalité des grands médias. Ils ont également mis en place un système de reportage collaboratif, devenu maintenant un modèle pour les grandes organisations comme le Consortium of Investigative Journalists, qui a publié des révélations notables comme le Panama Papers.

Risques

Au cours des neuf dernières années, j’ai vu Assange et son personnel prendre d’énormes risques. "Ils courent vers les risques que tout le monde fuit ", m’a dit Edward Snowden lors d’une entrevue. Cela signifie qu’ils prennent des risques que les médias commerciaux ne prendront pas. En fin de compte, les médias commerciaux sont des entreprises : beaucoup décident qu’ils ne peuvent se permettre que des risques juridiques limités. Quant aux risques extralégaux, peu de rédacteurs en chef et de journalistes traditionnels sont désireux de se retrouver confinés dans une ambassade pendant six ans.

Snowden : Sauvé par WikiLeaks.

Nous avons vu ce qui est arrivé à Snowden lorsqu’il a été abandonné à Hong Kong : il a fallu le conseiller proche d’Assange, la journaliste de Wikileaks, Sarah Harrison, et le personnel de WikiLeaks pour l’aider à demander l’asile. Bien que les journaux qui avaient obtenu les dossiers Snowden auraient pu exercer un énorme pouvoir s’ils avaient voulu négocier un accord avec le gouvernement américain pour protéger Snowden, aucun d’entre eux ne l’a fait. Comme l’a dit l’auteur américain de science-fiction Bruce Sterling : « Il est incroyable pour moi que, parmi les huit millions de groupes de la société civile sur la planète qui haïssent et craignent les espions et les espions de la police, aucun d’entre eux ne pouvait offrir à Snowden une once d’aide pratique, sauf Wikileaks. »

Dès le début, j’ai été témoin des attaques virulentes contre Assange et son personnel et de l’échec dramatique des journalistes du courant dominant et non dominant à rechercher des informations factuelles sur l’affaire suédoise au moyen de la FOIA (Freedom Of Information Act) ou d’autres outils d’enquête. Au cours de ces sept dernières années, aucun média n’a tenté d’accéder au dossier complet sur Julian Assange et WikiLeaks.

Il a fallu qu’un journaliste italien plaide une FOIA en Suède et au Royaume-Uni parce qu’aucun journaliste international ou local ne l’avait fait. Alors que ma requête FOIA a mis au jour des faits suspects (comme la suppression de nombreux courriels cruciaux envoyés et reçus par le procureur britannique qui avait traité l’affaire Assange au nom de la Couronne - une suppression pour laquelle les autorités britanniques n’ont fourni aucune explication), il n’y a eu aucun suivi par les médias internationaux ou britanniques.

Les idiots utiles du Kremlin ?

Récemment, le Guardian a déclaré : "Assange a une relation de longue date avec Russia Today. Il a régulièrement participé à des interviews avec le radiodiffuseur russe et a animé une émission sur la RT en 2012". En réalité, la licence de diffusion de cette émission, connue sous le nom de "The World Tomorrow", a également été acquise par mon groupe de presse, qui publie La Repubblica et l’Espresso. Pour autant que je sache, ce programme n’est pas le fruit d’une collaboration unique entre WikiLeaks et RT.

S’il est vrai qu’Assange et son équipe sont apparus à de nombreuses reprises sur la chaîne russe, je n’ai entendu parler que d’un seul cas où RT était partenaire de WikiLeaks dans la publication de fichiers secrets : les "Spy Files", une série de brochures sur les sociétés privées vendant des technologies de surveillance. Lorsque WikiLeaks s’associe aux médias traditionnels, les partenaires se connaissent, ils partagent les résultats et la charge de travail. D’après ce que j’ai observé, la RT n’a jamais fait partie de ce processus, bien qu’il soit vrai que la RT saute rapidement sur tout ce que WikiLeaks publie, publiant des articles sur les révélations de WikiLeaks sur la base des communiqués de presse de l’organisation et rapporte tout ce qui se passe sur le front WikiLeaks.

La Russie perçoit Assange comme une sorte de dissident occidental. Le pays aime définitivement l’idée de "dissidents occidentaux" et est heureux de la renvoyer à la tête de l’Occident en assurant une large couverture pour Assange et son organisation. Les médias russes soulignent les contradictions des démocraties occidentales qui, tout en prêchant le journalisme agressif et la protection des sources journalistiques, ont mis Chelsea Manning en prison, accusé Snowden, enquêté sur WikiLeaks au cours des huit dernières années et gardé son rédacteur en chef détenu arbitrairement pour une durée indéfinie.

WikiLeaks a été accusé d’être l’idiot utile du Kremlin ou sa blanchisserie, ou même une façade pour les services de renseignement russes. Ce genre d’allégations ont été diffusées par les médias sans preuves solides, citant toujours des agents de renseignements anonymes qui ont un intérêt évident à détruire la réputation de WikiLeaks. Pour se protéger et protéger son organisation, Assange a toujours évité de révéler le fonctionnement interne de WikiLeaks afin de ne pas exposer ses ressources et vulnérabilités à des entités puissantes comme la CIA, qui perçoivent WikiLeaks comme une menace existentielle.

Cette approche a aidé à projeter un voile de mystère et de menace qui a été utilisée par de nombreux médias pour alimenter une campagne vitriolique contre Assange et WikiLeaks en tant que méchants de style James Bond avec quelque chose de sombre à cacher. Si Assange et son équipe avaient levé le voile et permis au public de voir le fonctionnement intérieur de WikiLeaks, l’opinion publique aurait perçu ce qui se cache derrière : une volonté de prendre des risques même face à des entités très puissantes.

Personne ne peut dire comment cela se terminera pour Assange et son équipe : s’ils finissent en prison aux États-Unis, ce sera la première fois qu’un rédacteur en chef et une organisation médiatique sont emprisonnés aux États-Unis pour leur travail, du moins pas depuis John Peter Zenger au temps de l’Amérique coloniale. Comme l’a dit l’icône des lanceurs d’alerte, Daniel Ellsberg : "Sous Trump, il pourrait bien être le premier journaliste de ce pays à être inculpé." Il y a un silence assourdissant sur l’impact d’un tel scénario sur la liberté de la presse et sur les droits de l’homme d’Assange et de son équipe.

Stefania Maurizi
pour Consortium News

Stefania Maurizi travaille pour le quotidien italien La Repubblica en tant que journaliste d’investigation, après avoir travaillé pendant dix ans pour le magazine italien l’Espresso. Elle a travaillé sur toutes les révélations de WikiLeaks, et s’est associée à Glenn Greenwald pour publier les fichiers Snowden sur l’Italie. Elle a également interviewé A.Q. Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise, a révélé l’accord de paiement d’indemnités par le gouvernement américain à la famille du travailleur humanitaire italien Giovanni Lo Porto, tué par une frappe de drone US, et a enquêté sur les conditions de travail des travailleurs pakistanais dans une importante usine de confection italienne à Karachi. Elle a entrepris une action en justice pour défendre le droit de la presse d’accéder à l’ensemble des documents relatifs à l’affaire Julian Assange et WikiLeaks. Elle est l’auteur de deux livres : Dossier WikiLeaks. Segreti Italiani et Una Bomba, Dieci Storie, ce dernier traduit en japonais. On peut la joindre à stefania.maurizi@riseup.net

Traduction "médias commerciaux ou médias alternatifs... le silence est lourd" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://consortiumnews.com/2018/07/19/inside-wikileaks-working-with-th...

Commentaires

25/07/2018 à 10:30 par Autrement

Le récit de Stefania Maurizi est aussi instructif qu’émouvant. On y voit comment les dirigeants de la planète s’efforcent de dissimuler les réalités sordides de leurs agissements, et les procédés malhonnêtes (y compris par rapport à leur propre juridiction et légalité) qu’ils emploient, pour traquer comme des criminels et des traître ceux qui révèlent la vérité.
Le capitalisme est mis à nu pour ce qu’il est : outre la concurrence entre gangs, un réseau de complicités mafieuses. Le rôle de l’Angleterre dans le cas de Julian Assange est particulièrement odieux.
Il reste urgent d’en parler, de dénoncer inlassablement le système de la tromperie organisée, et de défendre en toute occasion aux yeux des populations l’entreprise Wikileaks d’information véridique. Merci aux journalistes courageux qui agissent pour que Julian Assange puisse retrouver sa liberté et sa place humaine dans le monde des vivants.

01/08/2018 à 19:37 par Made in Québec

Ce genre de prise de position par un politicien états-unien est assez rare pour qu’elle soit soulignée :
https://consortiumnews.com/2018/07/31/virginia-state-senator-in-rare-support-by-politician-for-assange/

Il n’y va pas avec le dos de la cuillère (traduction approximative) :

Le gouvernement "du peuple" ne peut s’épanouir sous un voile étouffant de secret. Et le secret vise souvent non pas à nous protéger de nos ennemis à l’étranger, mais à nous tromper sur les sombres machinations de notre propre gouvernement. Les secrets les plus importants sont ceux qui servent à dissimuler les mesures prises pour établir des prédicats pour des guerres futures - des conflits non justifiés qui semblent sortir d’une chaîne de montage sans fin. Les zones d’exclusion aérienne, les bombardements, les sanctions, les faux drapeaux, les blocus, les mercenaires, les terroristes assoiffés de sang sont tous devenus des marques de commerce. Les sanctions déstabilisent nos cibles par la faim et la souffrance. Nous terrorisons et pulvérisons des parties du corps dans les rues comme des cartes d’appel. Le changement de régime est le but final ; les coups d’État et les assassinats des pratiques loyales.

03/08/2018 à 19:25 par Nigel Farage

Les choses étonnantes avec Assange et Snowden est qu’ils devraient bénéficier d’un soutien massif, constant, revendicatif, qu’on parle des médias, du populo, de l’intelligenstia : en pratique il n’en est rien.
(rappel : il est arrivé, ici, qu’on ait des Unes de journaux du genre "Liberez X" pendant 250 jours...)
Le sauveur d’Assange c’est l’Equateur, jusque-là, quoi qu’ils aient changé. Qu’à Snowden, c’est la Russie. S’ils n’avaient pas été là , on aurait eu depuis des années deux hommes brisés, peut-être morts, en tout cas incarcérés pour 30 ans dont personne n’aurait plus entendu parler sauf leurs avocats.
Effarant. L’époque à changé.
Alors si les pouvoirs peuvent se les payer (car leurs libertés restent très relatives), pourquoi pas tout le reste ?
Quant à Assange et les médias spécifiquement, oui, il y a eu entre eux un problème croissant dont aucune des parties ne parlent vraiment. Mais les choses sont là pour le dire : beaucoup de grands médias ont lancé leurs "plateforme wikileaks" ou se sont associés dans des consortiums d’investigation.
Au moins les leçons Assange et Snowden n’auront pas été vaines. Même si la vraie question reste le contrôle des médias, toujours plus écrasant.
Quant à Assange et Snowden, espérons qu’ils soient lucides : à un moment donné, ils n’auront été que les instruments du destin. Qu’ils pensent à eux, leurs vies, et prions pour eux.

 

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https://www.legrandsoir.info/l-etrange-silence-de-la-gauche-sur-julian-assange-mint-press-news.html

 

13 juin 2018

L’étrange silence de la gauche sur Julian Assange (Mint Press News)

John PILGER, Dennis J. BERNSTEIN

Lors d’un échange récent entre Randy Credico, un partisan d’Assange, producteur de bandes dessinées et de radio, et Adam Schiff, membre de la Commission judiciaire de la Chambre des Représentants [Assemblée Nationale des Etats-Unis - NdT], la crainte d’Assange d’être arrêté et extradé vers les États-Unis fut confirmée par le leader de la frénésie autour de l’affaire Russia-gate.

Credico a reçu la réponse suivante de Schiff après avoir rencontré les assistants du député, dans laquelle Credico essayait de mettre Assange et Schiff en relation : "Notre comité serait prêt à interviewer Assange lorsqu’il sera en détention aux États-Unis et pas avant".

Dennis Bernstein s’est entretenu avec John Pilger, un ami proche et partisan d’Assange le 29 mai. L’interview a débuté par la déclaration que Bernstein a prononcée pour Pilger au Left Forum le week-end dernier à New York lors d’une conférence consacrée à Assange et intitulée "Russia-gate et WikiLeaks".

Déclaration du Pilger

« Il y a un silence parmi beaucoup de ceux qui se disent de gauche. Ce silence s’appelle Julian Assange. Alors que toutes les fausses accusations se sont écroulées, que toutes les diffamations se sont révélées être l’œuvre de ses ennemis politiques, Julian apparaît comme celui qui a exposé un système qui menace l’humanité. La vidéo Collateral Damage, les journaux de guerre de l’Afghanistan et de l’Irak, les révélations de Cablegate, les révélations sur le Venezuela, les révélations sur les courriels de Podesta... ce ne sont là que quelques-unes des tempêtes de vérité brute qui ont soufflé à travers les capitales des pouvoirs rapaces. Le faux affaire de Russia-gate [supposée ingérence russe dans les élections US - NdT], la collusion d’un média corrompu et la honte d’un système juridique qui poursuit les diseurs de vérité n’ont pas été capables de cacher la vérité brute des révélations de WikiLeaks. Ils n’ont pas gagné, pas encore, et ils n’ont pas détruit l’homme. Seul le silence des gens de bonne volonté leur permettra de gagner. Julian Assange n’a jamais été aussi isolé. Il a besoin de votre soutien et de votre voix. Aujourd’hui plus que jamais, il est temps d’exiger justice et liberté d’expression pour Julian. Merci. »

Dennis Bernstein : Nous poursuivons notre discussion sur le cas de Julian Assange, qui se trouve actuellement à l’ambassade de l’Équateur en Grande-Bretagne. John Pilger, c’est un plaisir de m’entretenir avec vous à nouveau. C’est une tragédie profonde, John, la façon dont ils traitent Julian Assange, ce journaliste et éditeur prolifique sur lequel tant d’autres journalistes ont compté dans le passé. Il a été totalement abandonné dans le froid pour se débrouiller tout seul.

John Pilger : Je n’ai jamais rien connu de tel. Il y a une sorte de silence sinistre autour de l’affaire Julian Assange. Les faits ont donné raison à Julian de toutes les manières possibles et pourtant il est isolé comme peu de gens le sont de nos jours. Il est coupé des outils de son métier, les visiteurs ne sont pas autorisés. J’étais à Londres récemment et je ne pouvais pas le voir, même si j’ai parlé à des gens qui l’avaient rencontré. Rafael Correa, l’ancien président de l’Équateur, a récemment déclaré qu’il considérait que ce qu’ils font à Julian est de la torture. C’est le gouvernement de Correa qui a accordé le refuge politique à Julian, qui a été trahi aujourd’hui par son successeur, le gouvernement dirigé par Lénine Moreno, qui est de nouveau en train de faire de la lèche aux États-Unis, avec Julian comme pion et victime.

Julian Assange devrait être un " héros constitutionnel ".

Mais en réalité, c’est le gouvernement britannique qui est en cause. Bien qu’il soit toujours dans une ambassade étrangère et qu’il ait la nationalité équatorienne, son droit de passage hors de cette ambassade n’est pas garanti par le gouvernement britannique. Le Groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires l’a clairement précisé. La Grande-Bretagne a pris part à une enquête qui a déterminé que Julian était un réfugié politique et qu’il était victime d’une grave injustice. C’est très bien ce que vous faites, Dennis, parce que même hors des médias dominants, il y a ce silence autour de Julian. Les rues à l’extérieur de l’ambassade sont pratiquement vides, alors qu’elles devraient être pleines de gens qui disent que nous sommes à ses côtés. Les principes en cause dans cette affaire sont absolument clairs. Le premier est la justice. Les injustices faites à cet homme sont légion, tant dans le faux cas suédois que dans le fait qu’il doit rester à l’ambassade et ne peut pas sortir sans être arrêté, extradé vers les États-Unis et se retrouver dans un trou en enfer. Mais il s’agit aussi de la liberté d’expression, de notre droit de savoir, qui est inscrit dans la Constitution des États-Unis. En fait, si la Constitution était prise au pied de la lettre, Julian serait un héros constitutionnel. Au lieu de cela, l’acte d’accusation qu’ils essaient de concocter contre lui est une accusation d’espionnage ! C’est ridicule. C’est la situation telle que je la vois, Dennis. Elle n’est pas heureuse, mais les gens devraient se mobiliser rapidement.

DB : Ses confrères journalistes se comportent comme ses procureurs. Ils s’alignent derrière les fanatiques de Russia-gate tels que le député Adam Schiff et Mike Pompeo, qui aimeraient voir Assange emprisonné à vie ou même exécuté. Que répondez-vous aux journalistes qui agissent comme des procureurs, dont certains ont utilisé son matériel pour faire des reportages ? C’est une période terrible pour le journalisme.

JP : Vous avez tout à fait raison : C’est une période terrible pour le journalisme. Je n’ai jamais rien connu de tel de toute ma carrière. Cela dit, ce n’est pas nouveau. Il y a toujours eu de soi-disant "médias dominants" qui ne désigne en réalité que le pouvoir dominant des médias. Ca a toujours existé, en particulier aux États-Unis. Le prix Pulitzer a été décerné cette année au New York Times et au Washington Post pour la chasse aux sorcières autour de l’affaire Russia-gate ! Ils ont été félicités pour "la profondeur de leurs enquêtes". Leurs enquêtes n’ont pas révélé la moindre preuve concrète d’une intervention sérieuse de la Russie lors des élections de 2016.

Comme Gary Webb

L’affaire Julian Assange me rappelle l’affaire Gary Webb. Robert Parry était l’un des rares soutiens de Gary Webb dans les médias. La série d’articles intitulé "Dark Alliance" de Webb contenait des preuves que le trafic de cocaïne se faisait avec la complicité de la CIA. Plus tard, Webb fut traqué par d’autres journalistes et, incapable de trouver du travail, il s’est finalement suicidé. L’inspecteur général de la CIA lui a ensuite donné raison. Julian Assange est loin de se suicider. Sa résistance est remarquable. Mais il n’est qu’un être humain et il a pris de sérieux coups.

La chose la plus difficile pour lui est sans doute l’hypocrisie totale des organes de presse - comme le New York Times, qui a publié les "War Logs" et "Cablegate" de WikiLeaks, le Washington Post et le Guardian, qui ont pris un plaisir vindicatif à le tourmenter. Il y a quelques années, le Guardian a reçu un prix Pulitzer pour ses écrits sur Snowden. Mais leur couverture de Snowden s’est limitée à Hong Kong. C’est WikiLeaks qui a permis à Snowden de sortir de Hong Kong et de se mettre en sécurité.

Sur le plan professionnel, je trouve que c’est l’une des choses les plus immondes et immorales que j’ai vues dans ma carrière. La persécution de cet homme par d’énormes organisations médiatiques qui ont tiré de grands bénéfices de WikiLeaks. L’un des grands bourreaux d’Assange, Luke Harding du Guardian, a gagné beaucoup d’argent avec une version hollywoodienne d’un livre que lui et David Lee ont écrit et dans lequel ils ont attaqué leur propre source. Je suppose qu’il faut être psychiatre pour comprendre un tel comportement. Je crois comprendre qu’un grand nombre de ces journalistes ont honte. Ils se rendent compte que WikiLeaks a fait ce qu’ils auraient dû faire il y a longtemps, c’est-à-dire nous dire comment les gouvernements mentent.

DB : Une chose qui me dérange beaucoup est la façon dont la presse occidentale spécule sur l’implication de la Russie dans l’élection US de 2016. Qu’elle aurait été piratée à travers Julian Assange. Tout enquêteur sérieux chercherait à savoir qui aurait eu la motivation. Il est possible que ce soit la douzaine de personnes en colère qui ont travaillé pour la campagne de Clinton et qui ont appris de l’intérieur que le DNC [organe dirigeante du Parti Démocrate - NdT] avait décidé de se débarrasser du candidat Bernie Sanders.... cela ne fait pas partie de l’histoire !

Huit cent mille révélations sur la Russie

JP : Ce qui est arrivé à Sanders et la façon dont il a été roulé par l’organisation Clinton, tout le monde sait que c’est ça l’histoire. Et maintenant nous avons le DNC qui poursuit WikiLeaks en justice ! Il y a une sorte de dimension grotesque là-dedans. Je veux dire, rien de tout ça ne vient des Russes. Que WikiLeaks soit en quelque sorte en cheville avec les Russes est ridicule. WikiLeaks a publié environ 800 000 révélations majeures sur la Russie, dont certaines sont extrêmement critiques à l’égard du gouvernement russe. Si vous êtes un gouvernement et que vous faites quelque chose de malencontreux ou que vous mentez à votre peuple et que WikiLeaks obtient des documents pour le prouver, ils les publieront - qui que vous soyez, qu’il s’agisse des États-Unis ou de la Russie.

DB : Randy Credico, en raison de son travail et de sa décision de consacrer une série très médiatisée sur la persécution de Julian Assange, s’est récemment trouvé agressé. Il s’est rendu à une conférence de presse à la Maison Blanche et, après avoir eu une belle discussion avec le député Schiff, il a crié « Et Julian Assange ? » La salle était pleine de journalistes, mais Randy fut agressé et traîné dehors. C’était comme si tout le monde était gêné de reconnaître que l’un de leurs confrères était brutalisé.

JP : Randy a crié la vérité. C’est très similaire à ce qui est arrivé à Ray McGovern. Ray est un ancien membre de la CIA, mais avec beaucoup de principes. Je dirais qu’il est à présent un renégat.

 

DB : C’était dingue de voir ces quatre gardes armés qui n’arrêtaient pas de crier « Arrêtez de résister, arrêtez de résister ! » tout en le tabassant !

JP : Je trouve que les images de Ray se faisant traîner dehors sont particulièrement révélatrices. Ces quatre jeunes hommes bien enveloppés, manifestement peu entraînés, s’en prennent à Ray, qui est âgé de 78 ans. A mes yeux, il y avait là quelque chose de très emblématique. Il s’était exprimé pour contester le fait que la CIA était sur le point d’être dirigée par une personne qui avait été en charge de la torture. C’est à la fois choquant et surréaliste, ce qui est aussi le cas de Julian Assange. Mais le vrai journalisme devrait être capable de passer à travers le choquant et le surréaliste et de trouver la vérité. Il y a tellement de collusions, avec des développements sombres et menaçants. C’est presque comme si le mot "journalisme" devenait un terme maudit.

DB : Il y a certainement eu beaucoup de collusion en ce qui concerne Israël. Alors le mot "collusion" est tout à fait approprié.

JP : C’est l’ultime collusion. C’est la collusion par le silence. Jamais il n’y a eu une collusion comme celle entre les États-Unis et Israël. Il suggère un autre mot, et c’est "immunité". Israël jouit d’une immunité morale, d’une immunité culturelle, d’une immunité géopolitique, d’une immunité légale et certainement d’une immunité médiatique. Nous avons assisté à l’assassinat de plus de 60 personnes le jour de l’inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem. Israël possède certaines des munitions les plus cruellement expérimentales au monde et ils ont tiré sur des gens qui protestaient contre l’occupation de leur patrie et essayaient de rappeler aux gens la Nakba et le droit au retour. Dans les médias, on a parlé d’ « affrontements ». Des affrontements qui sont devenus si graves que le New York Times a changé le titre de sa page d’accueil pour dire qu’Israël était en fait en train de tuer des gens. Un moment rare, en effet, où l’immunité et la collusion ont été interrompues. Et tout ce qu’on raconte sur l’Iran et les armes nucléaires sans aucune référence à la plus grande puissance nucléaire du Moyen-Orient.

DB : Quelles ont été, selon vous, les contributions de Julian Assange à l’ère de la censure et de la lâcheté du journalisme ? Quel a été son rôle ?

JP : Je pense que la question de fond est celle de l’information. A l’époque où WikiLeaks a commencé, où Julian était assis dans sa chambre d’hôtel à Paris et commençait à tout mettre en place, l’une des premières choses qu’il a écrites était qu’il y a une moralité dans la transparence, que nous avons le droit de savoir ce que font secret ceux qui veulent contrôler nos vies. Le droit de savoir ce que les gouvernements font en notre nom - en notre nom ou à notre détriment - est notre droit moral. Julian est très passionné par ce sujet. Il y a eu des moments où il aurait pu faire un léger compromis pour améliorer sa situation. Il y a eu des moments où je lui ai dit : « Pourquoi ne pas laisser tomber tout ça pour un temps et passer à autre chose ? » Bien sûr, je savais d’avance qur sa réponse serait « non ». L’énorme quantité d’informations provenant de WikiLeaks, en particulier ces dernières années, constitue un service public extraordinaire. Je lisais l’autre jour un câble WikiLeaks de 2006 de l’ambassade des États-Unis à Caracas qui s’adressait à d’autres agences de la région. C’était quatre ans après que les États-Unis ont essayé de se débarrasser de Chavez lors d’un coup d’État. Il détaille comment la subversion devait fonctionner. Bien sûr, ils se présentent en défenseurs des droits de l’homme et ainsi de suite. Je lisais ce document officiel en pensant que l’information qu’il contenait valait des années de reportages déformés en provenance du Venezuela. Cela nous rappelle aussi que ce que l’on appelle "l’ingérence" de la Russie aux États-Unis n’a aucun sens. Le mot "ingérence" ne s’applique pas au type d’actions mentionnées dans ce document. Il s’agit d’une intervention dans les affaires d’un pays tiers.

WikiLeaks a fait cela dans le monde entier. Il a donné aux gens l’information à laquelle ils ont droit. Ils avaient le droit de découvrir dans ce que l’on appelle les « journaux de guerre » la criminalité de nos guerres en Afghanistan et en Irak.. Ils avaient le droit d’en savoir plus sur Cablegate. C’est alors que, sous la direction de Mme Clinton, nous avons appris que la NSA recueillait des renseignements personnels sur les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris leur numéro de carte de crédit. On comprend alors pourquoi Julian s’est fait des ennemis. Mais il aurait dû aussi se faire un grand nombre d’amis. Il s’agit d’informations essentielles parce qu’elles révèlent comment le pouvoir fonctionne et nous ne l’apprendrons jamais d’une autre manière. Je pense que WikiLeaks a ouvert un monde de transparence et a donné corps à l’expression "droit de savoir". Cela explique pourquoi il est si souvent attaqué, parce qu’il représente une menace. L’ennemi du Pouvoir n’est pas les Talibans ou leurs semblables, c’est nous.

DB : Comment oublier la publication de la vidéo du "collateral murder" de Chelsea Manning ?

JP : Ce genre d’incident n’est pas rare. Le Vietnam était censé être une guerre transparente, mais ce n’était pas vraiment le cas. Il n’y avait pas de caméras. [Pilger a couvert la guerre au Vietnam - NdT] C’est effectivement une information choquante, mais elle informe les gens, et ceci grâce au courage de Chelsea Manning.

DB : Oui, et on l’a remercié en l’enfermant pendant sept ans dans une cellule en isolement. Ils veulent poursuivre Assange et peut-être le pendre au plafond du Congrès, mais qu’en est-il de Judith Miller ["journaliste" auteure de faux articles sur l’Irak - NdT] et du New York Times qui ont menti pour entraîner l’Occident dans une guerre ? Les exemples d’horreurs qui se font passer pour du journalisme sont innombrables, contrairement à l’incroyable contribution de Julian Assange.

John Pilger, Dennis J. Bernstein

Traduction "la gauche franchira-t-elle la ligne rouge en abandonnant J. Assange et Wikileaks ?" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

Cliquez ici pour écouter cette interview : https://kpfa.org/episode/flashpoints-may-29-2018/

Photo | John Pilger, journaliste et documentariste australien, arrive pour rencontrer le fondateur de WikiLeaks Julian Assange à l’Ambassade d’Equateur, à Londres, le 22 juin 2012. (AP/Lefteris Pitarakis)

Dennis J. Bernstein est un animateur de "Flashpoints" sur le réseau de radio Pacifica et l’auteur de Special Ed : Voices from a Hidden Classroom. Vous pouvez accéder aux archives audio à l’adresse www.flashpoints.net. Vous pouvez contacter l’auteur à dbernstein@igc.org


EN COMPLEMENT

John Pilger et la Courage Foundation annoncent une «  campagne urgente  » pour libérer Assange

https://www.wsws.org/fr/articles/2018/06/06/jpil-j06.html

John Pilger, journaliste et réalisateur de documentaires internationalement reconnu, a fait la déclaration suivante au nom de la Courage Fondation lundi. Pilger est un administrateur de l’organisation, qui finance la défense juridique des lanceurs d’alerte persécutés, des journalistes et des publications, y compris Julian Assange et WikiLeaks.

Pilger prendra la parole lors du rassemblement sur la Place de la Mairie de Sydney le 17 juin, appelé par le Parti de l’égalité socialiste (PES), qui exige que le gouvernement australien prenne des mesures immédiates pour assurer la liberté d’Assange et son retour en Australie, avec la garantie qu’il ne sera pas extradé aux États-Unis.

La Courage Foundation annonce une campagne urgente pour soutenir Julian Assange et exiger sa liberté. Gardez un œil sur notre liveblog pour les mises à jour.

Ce mois-ci, cela fera six ans depuis que Julian a été forcé de se réfugier à l’ambassade d’Équateur à Londres. Il avait été averti ; le ministère américain de la Justice était susceptible de déposer une demande auprès du ministère de l’intérieur britannique pour son extradition vers les États-Unis. Les allégations contre Julian et WikiLeaks aux États-Unis ont ensuite été déclarées secrètes par un juge de Cour de district des États-Unis, mais il a été confirmé qu’un grand jury en Virginie a concocté un certain nombre d’ « accusations » possibles contre le fondateur de WikiLeaks.

La plus probable en est « l’espionnage », ce qui remonte à une loi de la Première Guerre mondiale, qui n’était plus utilisée depuis longtemps, destinée à punir les objecteurs de conscience.

Julian n’est pas un Américain ; il n’a pas non plus « trahi » aucun état. Son « crime » a été le journalisme libre et l’édition, qui sont protégés par la Constitution américaine, un document dont l’inviolabilité a apparemment été abandonnée.

WikiLeaks n’a pas fait plus que le New York Times et le Washington Post dans leur passé célèbre – il a révélé la vérité sur les guerres rapaces et les machinations d’une élite corrompue. En réponse à cette vérité, un fantasme de la guerre froide connu sous le nom de « Russiagate » a tenté de qualifier Julian – et par extension tous les journalistes – d’« espions ».

Ce que CNN et le reste des médias ne vous disent pas, c’est que le plus hauts gradés des services secrets américains ont reconnu que leurs agences n’ont pas trouvé la moindre preuve pour relier Assange ou WikiLeaks à la Russie.

Le statut de réfugié politique de Julian en vertu de la Convention de 1951 a le soutien de l’Organisation des Nations Unies, dont le Groupe de travail sur les détentions arbitraires a demandé la fin de sa persécution. Le groupe de travail, l’une des plus hautes autorités de droit international, a mené une enquête à laquelle le gouvernement britannique a participé, et a conclu à l’unanimité en faveur de Julian.

L’ONU demande à la Grande-Bretagne d’honorer ses responsabilités en vertu de la Convention et de donner à Julian le droit de passage hors de l’ambassade.

Bien que sa santé en souffre, Julian ne peut pas aller à l’hôpital pour des radiographies, car il sera certainement arrêté.

Depuis Pâques, l’isolement de Julian est devenu extrême ; Selon Human Rights Watch, « son refuge à l’ambassade ressemble de plus en plus à un isolement cellulaire ».

On lui refuse des communications de base ; on lui refuse l’accès au téléphone et à Internet et les visiteurs sont interdits. En forgeant une nouvelle relation servile avec les Etats-Unis, clairement le président Lenin Moreno et le gouvernement équatorien visent à rendre la vie si difficile pour Assange qu’il sera réduit au silence permanent ou il sera forcé de quitter l’ambassade, dans les bras de la police qui l’attend.

Une demande d’extradition américaine est susceptible de suivre et Julian sera destiné au genre d’enfer judiciaire que Chelsea Manning a enduré. L’ancien président de l’Équateur, Rafael Correa, dont le gouvernement a octroyé l’asile politique, a condamné son traitement en tant que « torture ».

À la Courage Foundation, nous demandons aux gens de soutenir les vigies le 19 juin, à l’ambassade d’Équateur à Londres, de 18h à 20h, ainsi que la manifestation à Sydney, en Australie, le 17 juin à 13h à la Place de la Mairie.

(Article paru en anglais le 5 juin 2018)

»» https://www.mintpressnews.com/silence-julian-assange/243665/

 

 

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https://www.legrandsoir.info/la-traque-des-lanceurs-d-alerte.html

 

5 août 2018

La traque des lanceurs d’alerte

Stéphanie Gibaud

Préface de Julian Assange

Les lanceurs d’alerte défrayent l’actualité depuis une dizaine d’années. Edward Snowden, Chelsea Manning et Julian Assange sont révélateurs des méthodes utilisées pour faire craquer ceux qui ont le courage de parler des dysfonctionnements et des dérives de notre société.

Pourtant, ces héros sont devenus des parias. Leur vie est un enfer. Snowden est réfugié en Russie, Assange dans une ambassade, Manning était en prison, Stéphanie Gibaud et bien d’autres sont dans une situation précaire, attaqués dans des procès sans fin et lâchés par les Etats.

À travers des exemples concrets en France et à l’étranger, l’auteur détaille la vie d’une cinquantaine de lanceurs d’alerte et les raisons pour lesquelles les États, hommes et femmes politiques, l’institution judiciaire, l’Europe et les entreprises veulent leur peau.

Essais - documents, Voix d’alerte
Themes : Etranger, Justice, Lobby, Politique
Pagination : 304,
ISBN : 978-2-31500-813-1
Prix 19,90 euros

https://www.maxmilo.com/produit/la-traque-des-lanceurs-dalerte/

 

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https://www.legrandsoir.info/une-conspiration-se-fait-jour-pour-livrer-julian-assange-aux-gouvernments-britannique-et-americain.html

5 mai 2018

Une conspiration se fait jour pour livrer Julian Assange aux gouvernments britannique et américain

Mike Head

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks qui a fait connaître aux peuples du monde la vérité sur les crimes de guerre américains au Moyen-Orient et sur de nombreux coups d’État et intrigues de Washington pour des changement de régime dans le monde, est de plus en plus en danger.

Des décisions se préparent pour expulser Assange de l’ambassade d’Équateur à Londres, où il a cherché l’asile politique il y a près de six ans et a été contraint de vivre comme un véritable prisonnier. S’il est placé en garde à vue par les autorités britanniques, il risque d’être remis au gouvernement américain, qui cherche depuis longtemps à le traduire en justice pour des accusations d’espionnage pouvant entraîner la peine de mort.

Au départ, le journal britannique The Guardian avait publié certaines des révélations dévastatrices de WikiLeaks en 2010. Il s’est ensuite retourné violemment contre lui, comme d’autres médias internationaux. Maintenant, il lance une campagne infâme, agissant clairement de concert avec diverses agences de renseignement, pour justifier que l’Équateur revienne sur l’asile accordé à Assange.

La nouvelle offensive contre Assange intervient sept semaines après que le gouvernement équatorien, sous la pression des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d’autres puissances, a coupé tout contact Internet et téléphonique d’Assange avec le monde extérieur et empêché ses amis et sympathisants de lui rendre visite.

The Guardian a publié des allégations non fondées selon lesquelles Assange aurait « violé » le système de communication de l’ambassade et « apparemment » lu « des communications diplomatiques confidentielles ». Dans un tweet, WikiLeaks a catégoriquement nié l’accusation et, faisant référence à la source, a indiqué que : « C’est une calomnie anonyme alignée sur l’attaque actuelle du gouvernement britannique et américain contre l’asile de M. Assange - alors qu’il ne peut pas y répondre. »

Cela ne laisse aucun doute sur l’intention des dernières allégations. Le chroniqueur du Guardian James Ball a été direct. Le fondateur de WikiLeaks, a affirmé Ball, « devrait se rendre et quitter l’ambassade ».

La une du Guardian déclare : « S’il quitte l’ambassade, il peut s’attendre à être arrêté et à passer jusqu’à un an en prison pour avoir enfreint ses conditions de liberté sous caution. Les États-Unis pourraient alors chercher à le faire extrader. Il contesterait toute tentative de le faire, et pourrait gagner, mais il aurait à faire face à un long séjour en prison pendant que son dossier est traité. »

Plus tôt cette année, le président de l’Équateur, Lenín Moreno, entré en fonction en mai dernier, a déclaré qu’Assange était un « problème hérité » coûteux et un « hacker » et a fait comprendre qu’il considérait Assange comme un obstacle à de meilleures relations avec les États-Unis.

Le gouvernement équatorien a accordé l’asile politique à Assange en juin 2012, lorsque ses recours juridiques ont été rejetés contre une extradition vers la Suède pour répondre à des questions sur des allégations inventées d’agression sexuelle et de restitution probable aux États-Unis. Les autorités suédoises ont finalement abandonné leur enquête montée de toute pièce en mai 2017, mais le gouvernement britannique de Theresa May a toujours refusé d’annuler un mandat d’arrêt contre lui, nominalement pour avoir manqué à sa comparution lorsqu’il demandait l’asile.

Rafael Correa, le prédécesseur de Moreno, a récemment déclaré aux journalistes à Madrid que les « jours [d’Assange] étaient comptés » parce que Moreno, son ancien protégé, le « chasserait de l’ambassade à la moindre pression des États-Unis ».

Depuis son élection, Moreno a fait un virage brutal à droite, avec des réductions d’impôts pour les grandes entreprises, des coupes budgétaires dans les dépenses sociales et des tentatives de réduire la dépendance de l’Équateur aux prêts et aux investissements chinois en faveur de relations plus étroites avec l’impérialisme américain.

Le gouvernement équatorien a coupé les communications d’Assange juste un jour après avoir accueilli une délégation du Commandement Sud des États-Unis (Southcom), le bras du Pentagone en Amérique latine et dans les Caraïbes, dirigé par le général Joseph DiSalvo. Southcom a déclaré que des discussions avaient eu lieu pour renforcer la « coopération en matière de sécurité ».

Il ne fait aucun doute que l’appareil de renseignement et l’establishment politique américains sont aux manettes dans la conspiration contre Assange. L’année dernière, WikiLeaks a commencé à publier des fichiers plus incriminants sur les opérations mondiales de la CIA. Le procureur général américain, Jeff Sessions, a déclaré que la mise en accusation d’Assange était une « priorité ». Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, aujourd’hui secrétaire d’Etat, a déclaré que WikiLeaks était un « service de renseignement non-étatique hostile ».

Le mois dernier, dans une autre tentative pour faire taire WikiLeaks, le Comité national du Parti démocrate américain (DMC) a lancé un procès, citant WikiLeaks et Assange comme conjurés avec la Russie et la campagne Trump dans un supposé effort criminel pour voler l’élection présidentielle américaine de 2016.

En réalité, les documents publiés par WikiLeaks dévoilaient les intrigues du DMC pour saper la campagne de Bernie Sanders lors des élections primaires présidentielles de 2016, et les relations intimes de la candidate démocrate Hillary Clinton avec les banques et les entreprises de Wall Street.

Le journaliste et réalisateur de documentaires John Pilger a dénoncé hier la « trahison » d’Assange par l’Équateur. « La poursuite vindicative d’Assange [est en cours] pour une seule raison : il a dit la vérité », a déclaré Pilger à Sputnik International.

« Il a révélé à travers Chelsea Manning [ ...] les crimes de guerre des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak ; et bien sûr, l’année dernière, révélé les machinations du Comité national démocrate essayant de truquer le résultat [du vote primaire] dans ce pays, ce qu’il a réussi à faire ».

Pilger a condamné les agissements du gouvernement Moreno pour révoquer l’asile politique d’Assange.

« L’asile politique est quelque chose qui est internationalement reconnu », a-t-il dit. « Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez ensuite diluer. Eh bien, c’est ce que le gouvernement de Moreno a fait. Il a négocié avec le gouvernement britannique sans l’accord de Julian, parfois même sans l’impliquer lui et ses avocats. »

Pilger a souligné l’accommodement que Moreno cherchait avec Washington, qui attaque de front n’importe quel gouvernement en Amérique latine considéré comme un obstacle à l’hégémonie américaine sur ce continent.

« Il est clair que ce gouvernement s’est incliné devant les Etats-Unis, parce qu’il a coupé les contacts de Julian – par Internet, téléphone, tous les visiteurs sauf les avocats et livraisons de nourriture le jour où le commandant de Southcom Joseph DiSalvo est arrivé à Quito, Équateur pour renégocier une base américaine que Correa avait fermée. »

Le Guardian a fondé ses accusations non vérifiées contre Assange sur des « documents secrets » qu’il avait « vus », en collaboration avec Focus Ecuador, un site web de droite. Il a accusé l’agence de renseignement équatorienne « d’avoir financé une opération d’espionnage de plusieurs millions de dollars » pour « protéger » Assange à l’ambassade. En six ans, cette activité aurait coûté 5 millions de dollars.

Un examen plus approfondi du dossier, cependant, indique que la surveillance a été menée principalement contre Assange et WikiLeaks. Une agence de sécurité a surveillé Assange 24 heures sur 24 et installé des caméras de vidéosurveillance dans toute l’ambassade.

« L’Opération invité » a enregistré chaque visiteur qu’Assange a eu pendant six ans, et a espionné chacun de ses mouvements dans la minuscule ambassade, surveillant son humeur, ses habitudes et ses habitudes de sommeil, a rapporté le Guardian. Les agents ont consigné le but de la visite de chaque visiteur, leurs informations de passeport et les heures d’arrivée et de départ.

« Chaque mois, l’entreprise de sécurité a envoyé une liste confidentielle des visiteurs d’Assange au président équatorien », a indiqué le journal. « Parfois, l’entreprise ajoutait des prises d’images vidéos secrètes d’invités intéressants, ainsi que des profils et des analyses. »

Selon le Guardian, ces indices lui ont peut-être permis « de savoir qui lui a donné la mine de documents piratés qui ont contribué à faire chuter Hillary Clinton aux élections de 2016 ». Il a déclaré de façon inquiétante qu’un tel « visiteur » pourrait « intéresser » le procureur spécial américain Robert Mueller, qui dirige une enquête sur les liens présumés du gouvernement Trump avec la Russie.

Selon le journal, le FBI a déjà interrogé « au moins une source proche de l’Opération invité », indiquant que l’Équateur a remis tous ses documents aux agences de renseignement américaines. En conséquence, toute personne qui a visité ou communiqué avec Assange alors qu’il se trouvait à l’ambassade est exposée à la persécution et, potentiellement, à des coups montés d’accusations de complicité d’espionnage ou d’avoir voulu manipuler les élections américaines de 2016.

Le complot contre Assange est lié à une campagne de plus en plus intense menée par le gouvernement américain et ses alliés pour imposer une vaste censure sur Internet et supprimer la liberté de parole et les droits démocratiques plus larges. Des allégations non fondées de « fausses nouvelles » et « d’ingérence russe » sont utilisées par Google, Facebook et d’autres conglomérats pour restreindre l’accès à des sites Web - y compris WikiLeaks et le World Socialist Web Site - qui fournissent des commentaires critiques et des révélations sur la classe capitaliste et ses agences.

Nous encourageons vivement les travailleurs et les jeunes à venir partout à la défense d’Assange et à exiger sa liberté immédiate.

Mike Head

A voir aussi :

Libérez Julian Assange

L’Equateur laisse entendre qu’il pourrait livrer Julian Assange à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

»» https://www.wsws.org/fr/articles/2018/05/17/jasa-m17.html

 

 

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https://www.legrandsoir.info/google-contre-wikileaks.html

 

4.02.2019

Google contre Wikileaks

Julian ASSANGE

En juin 2011, Julian Assange reçoit un visiteur inhabituel dans sa petite maison de campagne anglaise en résidence surveillée de Ellingham Hall : le président de Google en personne, Eric Schmidt, venu tout droit de la Silicon Valley. Le général assiégé de WikiLeaks, la plus audacieuse entreprise d’édition insurrectionnelle connue à ce jour, et l’empereur d’Internet vont croiser le fer : du Printemps arabe aux bitcoins, et des solutions technologiques aux problèmes politiques, tout les oppose. La collision Assange/Schmidt déferlera sur le rôle, le pouvoir et le contrôle de la Toile, la « colonisation digitale » de Google, ses relations avec le gouvernement américain et ses répercussions sur la vie privée, la surveillance de masse et la liberté d’expression. Enregistré sur magnétophone, Eric Schmidt ignorait que Julian Assange ferait un jour un livre de leur confrontation. Google contre WikiLeaks est l’histoire de l’affrontement entre Schmidt et Assange, et tente de répondre à cette lancinante question : qui a réellement rendu visite à Julian Assange ce jour-là ? Fascinant et inquiétant, il contient la transcription intégrale de leur face-à-face et des textes additionnels écrits par Assange pour l’occasion, offrant la meilleure source disponible sur sa vision de l’avenir de l’Internet.

Julian Assange est né en 1971 sur l’Île Magnétique en Australie. Informaticien et cybermilitant, il est le fondateur et le porte-parole de WikiLeaks. Inscrit sur la liste des personnes les plus recherchées des Etats-Unis, il vit réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres depuis juin 2012.

Editeur : Ring
Date de parution : 16/05/2018
EAN : 979-1091447782
ISBN : 1091447780
Prix : 18 euros

Pour commander chez OR Book (en VO) :
https://www.orbooks.com/catalog/when-google-met-wikileaks/

 

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https://www.legrandsoir.info/sur-l-expulsion-imminente-de-julian-assange.html

Sur l’expulsion imminente de Julian Assange

5.04.2019 (arrestation le

Elizabeth LEA VOS

Selon WikiLeaks, l’expulsion de Julian Assange de l’ambassade de l’Equateur à Londres n’était plus qu’une question d’"heures ou de jours". Plus tôt dans la journée, WikiLeaks a annoncé via Twitter : "Une source de haut niveau au sein de l’Etat équatorien a déclaré à WikiLeaks que Julian Assange sera expulsé dans les "heures ou jours" qui viennent en utilisant le scandale offshore #INAPapers comme prétexte - et qu’il y a déjà un accord avec le Royaume-Uni pour son arrestation". WikiLeaks a aussi rapporté une deuxième confirmation d’une autre "source de haut niveau" concernant l’expulsion d’Assange .

Après l’annonce, WikiLeaks a Tweeté :

"Cet homme est un fils, un père, un frère. Il a remporté des dizaines de prix de journalisme. Il est nominé pour le prix Nobel de la paix chaque année depuis 2010. Des acteurs puissants, dont la CIA, sont engagés dans un effort sophistiqué pour le déshumaniser, le délégitimer et l’emprisonner. #ProtectJulian"

Pour mettre à niveau les lecteurs sur le contexte de cette nouvelle de dernière heure, Consortium News a rapporté que le président équatorien Lenin Moreno a utilisé un scandale domestique comme prétexte pour expulser Assange de l’ambassade de l’Équateur à Londres :

"Moreno a accusé WikiLeaks d’avoir divulgué des documents l’impliquant, lui et sa famille, dans un complot de corruption avec une société d’investissement panaméenne, INA Investments Corp. WikiLeaks a nié être à l’origine des fuites et aucun document relatif au scandale n’apparaît sur son site Web. Moreno a déclaré que la fuite présumée de WikiLeaks est une violation d’un "protocole" avec Assange qui lui permet de rester à l’ambassade de Londres en échange de son silence public sur toute question politique. Assange n’a jamais accepté le protocole. Ses comptes sur les médias sociaux ont été fermés par l’Equateur en mars 2018."

Il convient également de noter que le prétendu "protocole" imposé à Assange sans son consentement n’a aucune légitimité juridique et ne s’est jamais appliqué au compte Twitter de WikiLeaks, auquel Assange n’a pas accès depuis plus d’un an. Cela est dû à la décision unilatérale de Lénine Moreno de couper la connexion d’Assange avec le monde extérieur, y compris l’accès à Internet. Néanmoins, Moreno centre ses accusations sur le compte Twitter de WikiLeaks qui a simplement relayé le scandale des INA Papers en cours.

La réalité de l’isolement d’Assange rend également totalement impossibles les allégations selon lesquelles il aurait "piraté" des documents relatifs à Moreno, pour lesquels il n’existe aucune preuve. En tant que décideur qui a ordonné le musellement d’Assange, Moreno sait mieux que quiconque que ses allégations n’ont aucun fondement.

En résumé : les revendications équatoriennes contre Assange sont la définition même de "fake news".

De plus, l’imposition du "protocole" contre Assange depuis 2018 s’est manifestée par un ensemble d’obligations en constante évolution, comme en témoigne Cassandra Fairbanks, après sa récente visite à l’ambassade équatorienne, sur les conditions de vie d’Assange. Mme. Fairbanks raconte comment on a ordonné à M. Assange et à son avocat de se soumettre à des scanners corporels et à des fouilles corporelles afin d’être autorisés à parler avec un journaliste. Fairbanks a cité Assange qui protestait contre son traitement, accusant l’ambassadeur équatorien d’agir comme un agent du gouvernement américain.

L’inévitable poursuite d’Assange par les États-Unis s’il était expulsé de l’ambassade se concentrera probablement sur la publication par WikiLeaks de documents datant de l’ère Manning. L’emprisonnement récent de Chelsea Manning pour son refus de coopérer avec un grand jury secret convoqué pour poursuivre Assange et WikiLeaks corrobore cette conclusion. Ce point est crucial à comprendre, car il définit la poursuite d’Assange comme une mesure de représailles pour sa documentation révolutionnaire sur les crimes de guerre, et non sur les événements de 2016 [publication de courriels d’Hillary Clinton pendant la campagne électorale US - NDT] .

Pourquoi cela revêt-il une importance considérable pour la presse et le grand public ? L’ancien ambassadeur du Royaume-Uni Craig Murray va droit au but en écrivant :

"La question fondamentale est de savoir si un journaliste ou un éditeur doit être enfermé à vie pour avoir publié des documents faisant état de crimes de guerre. Si la réponse est oui, où est la liberté de la presse ?"

Si les organes d’information traditionnels se souciaient de leur capacité à fonctionner autrement que comme des porte-parole d’agences de renseignement et de grandes entreprises, ils remueraient ciel et terre pour s’opposer à la persécution du plus grand d’entre eux.

Au lieu de cela, nous avons été témoins d’une presse qui a mené une guerre de propagande contre Assange, le vilipendant sur la base de nouvelles totalement fausses. Nous assistons à la disparition progressive du concept de journalisme, de la souveraineté de l’Équateur et de l’espoir de transparence pour le public.

Assange et WikiLeaks se dressent devant les structures de pouvoir militaires américaines et britanniques pour notre bien à tous, et en particulier à ceux qui se considèrent journalistes. Malheureusement, ceux qui ont fait le plus pour dénigrer WikiLeaks sont aussi ceux qui ont le plus profité des sacrifices d’Assange.

Le mot "journaliste" ne semble plus s’appliquer aux médias de l’élite. Au lieu de cela, il s’agit d’une classe de commentateurs et faiseurs d’opinion, muets sur cette question, et qui par leur silence se révèlent comme rien d’autre que des flagorneurs serviles de la ploutocratie.

Le journaliste Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, a comparé le traitement d’Assange à la crucifixion du Christ. Pour étendre cette métaphore, Lenin Moreno peut être comparée à Judas Iscariote, vendant Assange pour 30 pièces de monnaie - ou un allégement de dette.

Il semble qu’il n’y ait aucun moyen de rendre pleinement compte de l’ampleur de la trahison de l’opinion publique mondiale que représenterait l’arrestation d’Assange. Aucun mot ne peut décrire l’amplitude de l’inversion intentionnelle de la vérité qui a entaché la réputation d’Assange aux yeux du public, depuis 2010 et jusqu’aux dernières tentatives de manipulation du gouvernement de Lenin Moreno et des médias soutenus par l’État équatorien.

La journaliste indépendante Caitlin Johnstone écrit :

"Si on leur permet d’emprisonner Julian Assange pour avoir pratiqué le journalisme, c’est fini. Terminé. Autant cesser de nous préoccuper de ce qui se passe dans le monde et rester assis avec les bras croisés pendant que les oligarques nous conduisent à la catastrophe écologique, à l’anéantissement nucléaire ou à la dystopie orwellienne. Si nous, la majorité, n’avons pas la volonté pour nous opposer à ces quelques-uns et leur dire : "Nous avons le droit de découvrir la vérité sur vous, bande d’enflures, et nous en servir pour mieux comprendre le monde, et vous ne pouvez pas criminaliser ça », alors nous n’avons certainement pas les nerfs qu’il faudra pour arracher le contrôle de ce monde des mains des ploutocrates sociopathes et prendre notre destin entre nos propres mains".

Johnstone poursuit :

"L’arrestation de Julian Assange serait la bifurcation. C’est là que nous déciderions collectivement, en tant qu’espèce, si nous voulons survivre dans le futur, et si nous le méritons."

Si Assange est extradé et poursuivi avec succès, cela signifiera également que les États-Unis sont prêts à poursuivre n’importe quel journaliste du monde entier qui commente les affaires internationales, sauf que ceux qui ne sont pas citoyens des États-Unis ne bénéficieront pas des protections prévues par le Premier Amendement [de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit la liberté d’expression - NdT].

Quelles que soient vos convictions politiques ou vos opinions sur les événements de 2016, si vous attachez de l’importance au droit du public à se libérer par la vérité et la transparence, je vous implore d’élever la voix au nom de Julian Assange et WikiLeaks, à la place d’une presse muette.

Ne permettez pas à Assange de connaître le sort des innombrables victimes de l’État profond américain et de sa vengeance contre les diseurs de vérité. Si nous n’avons pas une presse libre, nous ne sommes plus un peuple libre.

Les sympathisants sont encouragés à se rassembler en solidarité avec Assange à l’Ambassade de l’Equateur à Londres au 3, Hans Crescent, près de la gare de Knightsbridge. Ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’ambassade sont encouragés à faire entendre leur voix par tous les moyens d’expression possibles, en utilisant des hashtags, dont #ProtectJulian.

Elizabeth Lea Vos

Traduction "sans écarter l’hypothèse que de fausses annonces peuvent être une stratégie pour épuiser la solidarité avec Assange" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

source :

https://steemit.com/unity4j/@elizbethleavos/opinion-on-the-imminent-expulsion-of-julian-assange/

 

 

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Arrestation de julian Assange

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=7Z00wtysST4

 

RT France

Ajoutée le 11 avr. 2019

 

Des agents du service de la police métropolitaine ont arrêté ce 11 avril le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, réfugié depuis sept ans dans l'ambassade d'Equateur de Londres. L’agence vidéo Ruptly a réussi à filmer son arrestation.

 

 

 

 

 

 

 

Posté par crasputas à 17:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 avril 2019

Gilets Jaunes Assemblée des assemblées à Saint-Nazaire relayée partout

 

ada_gilets_jaunesStNazaire

 

 

http://www.contretemps.eu/gilets-jaunes-etat/

 

Les Gilets Jaunes face à l’État

Laurent Baronian 2019.03.25

 

Dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Marx entendait expliquer, à contrepied des pamphlets ad personam contre Napoléon III, comment les circonstances de la lutte des classes en France avaient permis à ce médiocre personnage de jouer le rôle de héros. Sans doute par l’étroitesse de ses vues, par ses petites phrases mesquines suant le mépris de classe, enfin par l’amateurisme insolite de son action politique, Macron prêterait à des analogies faciles avec « Napoléon Le Petit », tout comme les conditions de son élection avec le coup d’État du 18 brumaire. Mais le Second Empire a montré que dans certaines circonstances un homme médiocre pouvait faire jouer à l’État un grand rôle. Ce qu’il s’agit d’expliquer aujourd’hui, c’est au contraire comment les circonstances ont poussé un homme à prendre le pouvoir pour faire jouer à l’État un rôle aussi médiocre.

Le mouvement des Gilets Jaunes a été déclenché par une révolte contre l’impôt – la hausse de la taxe sur les carburants –, pour toucher rapidement tous les aspects de la vie sociale, des conditions d’existence économiques au mode d’existence politique, du pouvoir d’achat au RIC. La diversité des revendications et des mesures réclamées, l’étonnante variété des formes d’expression du mouvement (assemblées, manifestations, blocages, plateformes de discussion, ronds-points) tiennent moins à l’absence d’organisation verticale du mouvement qu’à la profondeur de la révolte contre l’indigence des conditions matérielles et des formes sociales de leur existence. Les Gilets Jaunes veulent tout pour ne plus n’avoir plus rien et être quelque chose.

Que le mouvement ait pris tout de suite la forme d’une contestation du pouvoir politique bien que les revendications des GJ engagent directement leur rapport au capital n’est nullement l’effet d’une conscience illusoire sur les conditions réelles de leur existence sociale mais au contraire l’expression directe de ces conditions. Le paradoxe de ces conditions, c’est que jamais elles n’ont autant dépendu de l’État alors même que l’État n’a jamais autant dépendu du capital : son rôle dans la reproduction de la force de travail croît en proportion de la perte de ses moyens.

Si les recherches académiques sur l’impôt et la politique fiscale font recette de nos jours, c’est que la fiscalité est devenue le compendium de l’action étatique. Aujourd’hui l’État fiscal, c’est l’État tout court, dont les taxes et les impôts tiennent lieu de politique générale. Aussi, la lutte contre le pouvoir d’État existant pour des conditions de vie nouvelles vient-elle de ce que le pouvoir politique se présente dans sa politique fiscale immédiatement comme pouvoir économique et de ce que le pouvoir économique du capital excède les frontières du pouvoir politique. Il nous faut donc analyser ces rapports particuliers de l’État au capital.

Depuis le début des formations sociales capitalistes, la gestion étatique de la force de travail a été, avec la gestion de la monnaie, la fonction essentielle de l’État et le mode décisif de sa contribution à la dynamique du capital. Aussi parmi les rares passages du Capital consacrés à l’État, Marx souligne l’importance de cette fonction lorsque, dès le début de la révolution industrielle, l’État dut intervenir pour limiter la journée de travail[1]. Mais il faudra attendre longtemps encore avant que la gestion étatique de la force de travail n’entre comme ingrédient d’une politique économique d’ensemble.

C’est que deux conditions au moins furent nécessaires pour que l’État intervienne dans la société capitaliste comme puissance économique à part entière. Il fallut d’abord que la force de travail se constitue en classe ouvrière, autrement dit qu’elle instaure, au moyen de statuts, de qualifications formelles, de droits sociaux, un rapport collectif de classe avec le capital ; et ensuite que la classe ouvrière soit incluse comme sujet économique dans un circuit de flux représentant la formation et l’affectation des revenus monétaires.

C’est pourquoi la gestion étatique de la force de travail fut indissociable de la gestion étatique de la monnaie à l’ère fordiste. La cohérence apparente des interventions de l’État, sur laquelle la théorie de la régulation a élaboré son concept de régime d’accumulation, procède en réalité de la nécessité stratégique d’unifier ces deux gestions par rapport au mouvement d’ensemble des différents flux économiques.

Car ce qui a donné à la politique économique son unité formelle jusqu’aux premières poussées néolibérales, c’est un changement profond dans la manière dont l’État se rapporte au travail. Désormais l’État n’appréhendera plus la force de travail comme une masse hétérogène à réguler et contrôler au moyen d’institutions disciplinaires, mais d’abord et avant tout comme une masse salariale, comme un grand flux de revenus monétaires. C’était d’abord cela, les Trente Glorieuses : l’inclusion de la classe ouvrière comme sujet économique dans un circuit de flux monétaires se répartissant en profits et en salaires !

À l’ère fordiste, la gestion étatique de la force de travail consistant à suppléer au salaire direct un salaire indirect pour garantir la reproduction de la force de travail n’exprime aucunement l’intervention d’un État-providence extérieur à l’économie ; les modalités d’intervention et de gestion étatiques sont bien plutôt définies par référence à la primauté du salariat et dont l’étendue varie en fonction de l’intensité de la lutte des classes.

Pour autant, l’État est par essence porteur d’une contrainte publique qui ne peut médiatiser chaque rapport d’exploitation. C’est pourquoi la combinaison des différents aspects de la gestion de la force de travail (discipline du travail, insécurité de l’emploi, permanence de l’approvisionnement en force de travail au moindre coût possible) implique une intervention étatique dans le procès d’accumulation du capital qui reste néanmoins extérieure à ce procès. C’est ce caractère à la fois immanent et extérieur au capital qui explique la grande plasticité de l’État dans l’histoire et l’extrême diversité des tentatives de la théorie marxiste de l’État de définir sa nature et de cerner l’ampleur de ses fonctions. Or, ce double caractère découle de la nature même des conditions du rapport capital-travail.

D’un côté, le contrat de travail met en relation deux individus libres et égaux (l’employeur et le salarié), d’un autre côté, le marché du travail définit un rapport collectif entre une demande de travail exprimée par une masse salariale potentielle et une offre de travail à un prix déterminé. Or ce prix renvoie aux conditions de reproduction de la force de travail dans son ensemble et non à celles du salarié. D’où la différence entre le salaire direct, payé au travailleur individuel par l’employeur, et le salaire indirect pris en charge par l’État et qui complète ce salaire immédiat afin de garantir la reproduction d’ensemble de la valeur de la force de travail mise à la disposition du capital.

Or tout change lorsque les flux monétaires et les flux de capitaux échappent au contrôle de l’État, lorsque la gestion étatique de la force de travail ne s’inscrit plus dans une double politique monétaire et budgétaire par laquelle l’État ne stimulait pas les salaires sans stimuler la demande de biens de consommation et ne favorisait pas les profits sans favoriser la demande de biens de production, bref, par laquelle il organisait le compromis de classe dans les frontières de son espace national.

Avec la mise en coupe réglée des moyens d’action de l’État, c’est tout un rapport de forces qui bascule toujours plus en faveur du capital et, dix ans après la crise financière de 2008, trouve en Macron la figure cynique de son triomphe retrouvé. Son arrivée au pouvoir sonne la reprise de l’agenda de la mondialisation financière là où la crise l’avait interrompu. Macron, inspecteur des finances et ancien banquier de chez Rothschild, se comporte dans sa carrière comme l’agent entre l’État et les marchés financiers : des allers-retours constants entre le public et le privé, et s’entoure d’un personnel qui ne saurait imaginer soutenir d’autres intérêts que ceux des marchés : sur les trente-deux ministres et secrétaires d’État, quinze sont millionnaires[2].

Pour les intérêts du capital, Macron est l’homme de la situation non parce qu’il se montre résolu et intransigeant mais parce que, au moyen de la seule politique fiscale, une politique de classe ne peut qu’être résolue et intransigeante. C’est qu’une politique fiscale affecte directement les revenus constitués de la nation, non pas les conditions de formation et d’affectation de ces revenus comme le font les politiques monétaire et budgétaire. Keynes faisait observer que les salaires résistent bien moins à la hausse des prix des biens de consommation à salaire égal qu’à la baisse des salaires nominaux à prix constants[3]. Or dans la mesure où elle affecte directement les revenus des individus et des ménages, la politique fiscale apparaît ouvertement comme une politique de classe déterminant les rapports monétaires immédiats entre les classes de la société.

L’État débiteur du néolibéralisme n’a pas remplacé l’État fiscal du keynésianisme, contrairement à ce qu’on ne cesse de répéter depuis les analyses de Wolfgang Streeck[4]. Il est vrai qu’en France la titrisation de la dette publique provoque actuellement la sortie de plus de 20 milliards d’euros tous les ans à destination des détenteurs non-résidents des bons du Trésor et qu’à cette contrainte s’ajoutent les critères de bonne gestion par des investisseurs pour lesquels la valeur d’un État se résume à son bilan comptable.

Mais un examen plus approfondi de l’évolution des ressorts économiques de l’État nous révèle une typologie contraire à celle de Streeck. C’est par la dette que l’État keynésien assurait le compromis de classe à travers ses politiques de relance ; et c’est par la fiscalité qu’aujourd’hui il capte les flux de monnaie et de capitaux extérieurs pour alimenter les moyens de sa gestion de la force de travail. Dans le capitalisme mondial, l’État se présente à la fois comme axiome de sa logique et appareil de capture de ses flux.

Or, les pouvoirs étatiques de capture sont d’autant plus faibles que s’intensifie la concurrence fiscale entre les États en quête d’investissements de capitaux, que s’unifient et se concentrent les différentes places boursières de la planète, que se développent les moyens de transport et de communication. De ce point de vue, l’optimisation fiscale, qui n’est rien d’autre que la fraude fiscale élevée au rang de loi, se présente comme le produit joint des entreprises internationalisées : elle est une délocalisation du travail sous sa forme liquide.

Ainsi les multinationales réalisent volontairement la moitié environ de leurs transactions internationales de manière intragroupe en aboutissant à héberger une partie importante de leurs bénéfices dans des « paradis fiscaux » ou des pays fiscalement particulièrement favorables. D’où, en France, des taux d’imposition bien moindres que pour les grandes et petites entreprises françaises. D’où la course vers le bas des prélèvements obligatoires (impôt sur les sociétés et cotisations sociales).

La France n’est pas seulement exposée à tous les vents de la mondialisation, elle est une terre d’asile pour ses flux nomades étrangers : le septième pays au monde le plus attractif en termes d’investissements étrangers et le deuxième en Europe. Suivant les derniers chiffres publiés par l’INSEE[5], près d’un salarié sur deux des entreprises des secteurs principalement marchands hors agriculture (hors intérimaires) travaille en France dans une firme multinationale, soit 6,8 millions de salariés.

Parmi eux, 1,8 million sont employés dans une entreprise sous contrôle étranger. À l’inverse, les groupes internationalisés sous contrôle français emploient 4,6 millions de salariés à l’étranger, soit 53 % de leur effectif mondial. L’industrie en France est donc particulièrement insérée dans la mondialisation avec 64 % de son emploi situé dans une multinationale. Les groupes multinationaux sous contrôle français et ceux sous contrôle étranger emploient ainsi respectivement 43 % et 21 % des salariés industriels sur le territoire français. Au total donc, 1/6 de l’emploi salarié, hors agriculture, dépend directement de capitaux étrangers et un bon tiers dépend de stratégies internationales de firmes françaises.

Or, les mutations des entreprises, leur fragmentation, le déploiement mondial de leur chaîne de valeur, brouillent leurs frontières mais aussi et surtout l’identité de l’employeur aussi bien dans le cadre individuel que collectif des relations de travail. C’est sur ce terreau que fleurissent, au sein d’une partie du mouvement des GJ, divers complotismes, quelques vieux clichés antisémites, des symboles nationaux qui manifestent l’impuissance et la révolte contre les forces « hostiles et étrangères » de la mondialisation qui jouent aujourd’hui en France le rôle que jouait il y a tout juste un siècle la France du Traité de Versailles vis-à-vis des Allemands.

Mais la mondialisation du capital n’affecte pas uniquement la quantité d’emplois supprimés en France, elle affecte la qualité des emplois qui y sont créés. La tertiarisation croissante de l’économie avec ses besoins changeants, les reconfigurations incessantes des chaînes de valeur des entreprises françaises et étrangères, le développement accéléré de l’économie des plateformes qui bouleversent les relations d’emploi traditionnelles, entraînent une multiplication des formes d’activité et d’emploi, une diversité de statuts qui dessinent un paysage éclaté, complexe et mouvant.

Et d’abord il faut relativiser le pourcentage en apparence rassurant des CDI dans l’emploi en France. Non seulement le taux d’entrée des travailleurs en CDI ne cesse de diminuer, mais parmi ces 85 % de CDI, le poids du temps partiel dans l’emploi total a quasiment doublé en trente ans et la baisse de la durée des contrats observée dans la dernière décennie s’étend également aux CDI par le jeu des périodes d’essai.

Le taux d’entrée en CDD quant à lui a évolué sans ambiguïté. Ainsi, depuis 1993, ce ratio est multiplié par plus de 4 pour les entreprises de plus de 50 salariés, passant de 20,5 % en 1993 à 84 % en 2017[6]. Or aucune composante conjoncturelle ne ressort de l’analyse de ces chiffres. Ceux-ci expriment bien des tendances de long terme de l’emploi en France. Bien plus, la montée de ces CDD coïncide avec une diminution croissante de leur durée moyenne, laquelle génère une hausse du nombre de CDD pour un volume de travail donné. Ainsi la durée moyenne a été divisée par deux depuis 2001 passant de 112 jours à 46 jours en 2017.

Globalement donc, la hausse du nombre d’embauches sur cette période est largement liée à la baisse de la durée des contrats. En particulier, tandis que la part des contrats d’un mois a augmenté de 57 % en 1998 à 87 % en 2017, celle des contrats d’une seule journée s’est accrue de 8 % en 2001 à 30 % des CDD en 2017. Or, non seulement le raccourcissement de la durée moyenne des contrats est source de précarisation du travailleur ; elle entraîne un affaiblissement de ses droits et l’expose à des conditions de travail dégradées, à la négligence, à la brutalité du rapport de subordination à son employeur.

D’un côté, les frontières entre salariés tendent à se brouiller, de l’autre la rotation de la main d’œuvre s’accélère sous l’effet de la flexibilisation des formes d’emploi, toujours plus concentrée chez les jeunes, les seniors et les moins qualifiés. D’un côté la mise en concurrence internationale des travailleurs peu ou moyennement qualifiés fait pression sur les salaires et affaiblit le pouvoir de négociation des salariés, de l’autre côté la concurrence mondiale des entreprises elles-mêmes pousse au recours massif à l’intérim et aux contrats courts, lesquels exposent à leur tour les travailleurs à la discipline de travail et aux pouvoirs abusifs de l’employeur.

Ainsi, plus le rapport du travail au capital s’individualise et se diversifie, plus s’accroît le rôle de l’État dans la socialisation de la gestion de la force de travail. Parmi les indicateurs de la socialisation croissante, aucun n’est sans doute plus éloquent que l’évolution de la part des prestations sociales dans le revenu disponible des ménages. Elle a plus que doublé depuis 1950 et représente aujourd’hui plus d’un tiers du revenu brut disponible, c’est-à-dire hors impôts et cotisations sociales. Cette part représente plus de la moitié pour les trois premiers déciles de la population et les ¾ des revenus du premier décile[7].

Pourtant, même si la protection sociale tend à s’universaliser, en particulier pour la branche famille et la couverture maladie de base, elle reste largement dépendante du statut du travailleur (salarié ou indépendant) et de la continuité plus ou moins grande de sa trajectoire. Les parcours heurtés impliquent des ruptures de droits qui réduisent les revenus de transfert comme le chômage et la retraite.

Ainsi par exemple, près d’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé en France. Et même si certaines réformes réduisent l’incidence des aléas du parcours professionnel, d’autres la renforcent, comme l’augmentation de la durée retenue pour le calcul du salaire de référence et l’allongement de la durée d’assurance requise et ce, alors que le niveau des pensions ira en décroissant à long terme. Ces conditions s’aggravent encore pour les indépendants dont l’augmentation dix fois plus rapide que l’augmentation du salariat est due pour l’essentiel à la multiplication des activités de tâcheronnage. Ici la faiblesse des droits sociaux n’est guère compensée par la détention d’un patrimoine. Or la moitié des non-salariés dont le revenu est positif déclare moins de 2000 euros par mois[8].

Le tournant autoritaire et répressif des États néolibéraux ne contredit nullement la promotion de la liberté économique et de l’efficience des marchés. Il la poursuit par d’autres moyens, de même que la police des salaires remplace aujourd’hui la politique des salaires de l’État keynésien au nom de ces mêmes principes de liberté et d’efficience. Et comme toute police, la police des salaires remplit ses deux fonctions : prévention et répression. Prévention par la stabilisation des conditions d’existence face à la précarité découlant des aléas de la concurrence et des marchés mondiaux, quitte à ce que cette stabilisation passe par un accès plus aisé au crédit à la consommation. Répression par le maintien des salaires à des niveaux assez bas pour aménager l’espace national de déploiement du capital et des modes d’existence qu’il promeut.

Sans doute les GJ ont-ils intériorisé les contraintes propres à la marchéisation des conditions de la vie sociale et dont le gilet jaune lui-même est une des manifestations, mais la variété des modes d’expression de leur révolte contre l’indigence des conditions matérielles de cette intériorisation démontre qu’ils ne sont nullement prêts à subjectiver la figure de l’atome producteur-consommateur de services associée à ces contraintes. Ils apportent la preuve que la nouvelle raison du monde n’était justement qu’un être de raison et déclinent au cœur de leur révolte la contradiction immanente au capitalisme en général : entre le caractère social de la production de leur individualité et les formes privées sous lesquelles le discours et les institutions du capital tentent de subsumer cette production.

Quelle que soit son issue immédiate, le mouvement des GJ est rentré dans l’histoire sociale non seulement par la nouveauté des formes et l’exceptionnelle durée de la mobilisation, mais par l’orientation que, après les Grecs, il redonne aux mouvements populaires européens. Il déplace la révolte au cœur de l’État qui, quelques années plus tôt, avait, pour la défense des intérêts de ses banques et de ses créanciers, provoqué ce même soulèvement en Grèce et n’avait pas hésité à faire renverser des gouvernements trop hésitants à procéder « à la privatisation des services publics locaux et « à des changements spectaculaires dans la politique du marché du travail »[9].

Par ses blocages, ses assemblées, ses ronds-points, ses discussions sur les réseaux sociaux, le mouvement des GJ relance par le bas le problème de la forme étatique européenne, qui n’avait été abordé par le haut que sous la menace d’une crise bancaire. Cette menace avait fourni aux gouvernements européens l’occasion d’une réforme fiscale et financière de la zone euro. On se contenta de rassurer les marchés par le Fonds Européen de Stabilité Financière et la promesse d’interventions de la BCE sur les marchés obligataires publics. Pour le reste, on préféra la saignée des peuples à l’euthanasie des rentiers.

 

Notes

[1] K. Marx, Le Capital. Livre 1, Messidor/Éditions sociales, Paris, 1983, pp. 310-311.

[2] M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot, Le président des ultra-riches, Zones, 2019, p. 96.

[3] J. M. Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1968, p. 38.

[4] Wolfgang Streck, Du temps acheté : La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique, Gallimard, Paris, 2014.

[5] INSEE, Les entreprises en France, Édition 2013.

[6] DARES, « CDD, CDI : comment évoluent les embauches et les ruptures depuis 25 ans ? », DARES analyse, N°26, juin 2018.

[7] INSEE, « Tableaux de l’économie française », INSEE Références, 2018, p. 62.

[8] INSEE, « Les revenus d’activité des non-salariés en 2016 », INSEE Première, N° 1732, Janvier 2019.

[9] Lettre de Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, adressée à Silvio Berlusconi, Président du Conseil italien, et Zapatero, Premier ministre espagnol, posant les conditions pour bénéficier des achats d’obligations par la BCE. Citée dans A. Tooze, Crashed. Comment une décennie de crise financière a changé le monde, Les Belles Lettres, 2018, p. 447.

 

 

Gilets Jaunes : Compte Rendu de l’assemblée des assemblées de St Nazaire du 6 avril 2019
de : resistance71
samedi 6 avril 2019 -

https://resistance71.wordpress.com/2019/04/06/gilets-jaunes-compte-rendu-de-lassemblee-des-assemblees-de-st-nazaire-du-6-avril-2019/

 

Résistance 71

6 avril 2019

Nous avons suivi ce second jour de l’AdA se tenant à la Maison du Peuple de St Nazaire du 5 au 7 avril courant sur le direct retransmis depuis l’assemblée, dont nous saluons l’excellente initiative.

Nous ne ferons ici que mentionner les thèmes qui furent synthétisés par les portes paroles des groupes de travail et ne commenterons pas sur ce qui fut dit, ce n’est pas ici notre fonction.

Les représentants des groupes de travail ont synthétisé et parfois soumis à l’évaluation collective, le travail effectué sur les thèmes suivants :

- Coordination et communication : interne et externe (régionale, nationale et internationale). Note faite sur le besoin de traductions

- Refus de l’implication pour les élections européennes : le consensus étant non à l’UE, oui à l’union des peuples…

- Nécessité d’un développement généralisé des Maisons du Peuple

- Les revendications du mouvement : pas de consensus

- Le municipalisme / communalisme populaire ou citoyen : choix de terminologie politique. - -

 Les assemblées sont les communes. Doit-on coopérer avec les maires ou entrer en désobéissance civile ?

- Assemblées constituantes : une proposition (peu claire) fut déboutée en première évaluation

- L’écologie

- La session s’est terminée avec la présentation des synthèses de groupes sur les stratégies et actions pour le mouvement : à juste titre, ces synthèses de travail furent faites hors caméras et micros lors de cette phase initiale…

Demain dimanche 7 avril, d’autres synthèses déboucheront sur des votes des délégués et un communiqué officiel de cette Assemblée des Assemblées qui repartira dans les assemblées locales pour débat et vote de validation.

Nous l’avons dit et le répétons alors que Commercy dans un 1er temps et maintenant St Nazaire nous montrent la voie. Nous invitons le plus de personnes possibles à suivre ces débats en direct, pour ceux qui ne connaissant pas le principe et le fonctionnement d’une AG, c’est l’occasion de le découvrir de l’intérieur, ces retransmissions ont une fonction parfaitement éducative en plus de garantir la transparence du processus démocratique réellement en marche, RDV demain à partir de 09h00.

6 avril 2019

Lien vidéo LIVE pour la seconde assemblée des assemblées se tenant à la Maison du Peuple de St Nazaire les 5, 6 et 7 avril 2019..

CR de la session du 6 avril 2019

https://www.youtube.com/watch?v=_aFv7KaYnjs

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https://www.revolutionpermanente.fr/Saint-Nazaire-Grand-succes-de-la-deuxieme-Assemblee-des-assemblees-de-Gilets-jaunes-300-delegations

Acte 21

Saint-Nazaire. Grand succès de la deuxième « Assemblée des assemblées » de Gilets jaunes : 300 délégations présentes

Deux mois après Commercy, se réunit la deuxième « assemblée des assemblées » des Gilets jaunes. Une grande réussite dans la mesure où ce sont 300 délégations de qui s’y sont joints, contre 75 pour la première. Une preuve de plus s’il en faut que, près de 5 mois après le 17 novembre, et alors que le grand débat se conclut, le mouvement des Gilets jaunes est loin de s’éteindre.

 

 

Alors que la première coordination tenue les 26 et 27 janvier avait réuni 75 délégations de Gilets jaunes à Commercy dans la Meuse, ce sont 300 délégations qui ont répondu présentes pour cette deuxième « assemblée des assemblées » des Gilets jaunes à Saint-Nazaire. La réunion se tient actuellement à la maison du Peuple de Saint-Nazaire, ancien bâtiment de Pôle Emploi occupé par les Gilets jaunes depuis novembre. Commencée le 5 avril, elle se terminera dimanche.

Chaque délégation est composée de 4 personnes, dont 2 mandatées et 2 observatrices, toutes désignées par leur groupe local de Gilet jaunes. En tout ce sont 800 portes-parole venus de tout le pays qui sont réunis pour débattre ce week-end, représentant environ 10 000 Gilets jaunes selon les organisateurs.

Le succès de l’assemblée est tel que les organisateurs avaient annoncé sur leur site devoir refuser des demandes de participation les derniers jours, ne trouvant pas de salle disposant de la jauge suffisante. Une partie des débats est retransmise en direct sur Facebook et YouTube.

Les six points à l’ordre du jour sont « les modes d’action du mouvement, la formulation des revendications, la communication interne et externe, les points de convergence avec les syndicats et d’autres collectifs, et l’avenir du mouvement » selon Nicolas, un des organisateurs de l’assemblée cité par France 3 Pays de la Loire->https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/saint-nazaire/saint-nazaire-gilets-jaunes-reunis-assemblee-assemblees-1650926.html]

Alors qu’encore et toujours les médias dominants tentent de minimiser les chiffres de manifestants pour cet acte 21, le succès de l’assemblée des assemblées de Saint-Nazaire peut constituer un appui pour avancer vers une coordination nationale des Gilets Jaunes, contribuant ainsi à l’émergence d’une structuration démocratique par le bas, contre toute forme de captation du pouvoir. 

A propos de l’Assemblée des assemblées qui avait eu lieu à Commercy voir notre reportage .

 

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https://reporterre.net/A-Saint-Nazaire-l-Assemblee-des-assemblees-veut-sortir-du-capitalisme

À Saint-Nazaire, l’Assemblée des assemblées veut sortir du capitalisme

8 avril 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)

L’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes s’est réunie à Saint-Nazaire du 5 au 7 avril 2019. Réunissant près de 800 délégués venus de toute la France, elle a marqué la détermination du mouvement, sa radicalité, et sa volonté d’organiser les Gilets jaunes démocratiquement et sans leader.

- Saint-Nazaire, Loire-Atlantique, reportage

Même si Macron ne veut pas,
nous on est là,
pour l’honneur des travailleurs
et pour un monde meilleur,
même si Macron ne veut pas,
nous on est là. »
Entonné par toutes les poitrines, le chant a surgi dimanche après-midi, dans la confusion d’une assemblée plénière qui travaillait à élaborer un texte final. Une belle conclusion pour un mouvement qui veut maintenir son unité : « Il y a des divisions, on est tous de milieux différents et d’avis politiques différents, mais on est tous là parce qu’on est Gilets jaunes », a dit samedi une femme en plénière. « Il faut faire avec ces différences pour avancer tous ensemble. » Et le miracle est que malgré toutes les possibilités d’éclater — les divergences politiques, les egos, l’opposition entre les « intellectuels » et celles et ceux pour qui la prise de parole n’est pas simple, la difficulté aussi de s’entendre à cinq cents dans des conditions très inconfortables —, l’Assemblée des assemblées a donné un message d’unité et s’est conclue par un appel clair et substantiel.

Ce sont près de 800 personnes — délégués de 200 groupes locaux, observateurs non mandatés, bénévoles, journalistes — qui se sont retrouvées vendredi 5 avril dans « la Maison du peuple », une ancienne agence pour l’emploi occupée depuis plusieurs mois par les Gilets jaunes de Saint-Nazaire. La mairie avait refusé de prêter un local, et fait pression sur les communes avoisinantes pour empêcher toute aide, si bien que les Gilets jaunes de la ville portuaire ont choisi de tenir l’assemblée dans leur maison.

En quelques semaines, ils en ont abattu les murs internes pour faire de la place, et installé des chapiteaux tout autour, dans le terrain dégagé qui entoure le bâtiment principal. Si bien qu’avec beaucoup d’aides de partout, de cantines délicieuses et militantes, de toilettes sèches, de centaines d’hébergements organisés dans la ville, et malgré la pluie presque incessante, les Gilets jaunes ont débattu pendant deux jours et demi, en plénière ou en groupes thématiques, avec une assiduité et un sérieux impressionnant.

Les témoignages entre groupes, pour se connaître, ont rappelé et la dureté de la répression de l’Etat à l’endroit de ce mouvement populaire, et la détermination tenace que celui-ci lui oppose. « À Troyes », dit Philippe, « le rond-point tient depuis le 17 novembre. Le préfet nous a fait dégager six ou sept fois, on est toujours revenus. » « On retourne à Paris même si c’est dangereux », dit de son côté Mariline de Saint-Dizier, « et le 16 mars, j’y ai été avec une amie en chaise roulante qui avait déjà reçu une balle de LBD le 8 décembre. Parce que c’est une lutte, il faut montrer qu’on est là. »

La violence de l’Etat semble accroître la détermination des Gilets jaunes plus que l’affaiblir. Tout le week-end de Saint-Nazaire a été innervé par la volonté tenace de refaire démocratie, de rétablir la justice, et de changer un système nuisible à l’écologie comme aux humains. Une écologie bien présente, avec des ateliers spécifiques... et la surprise dimanche quand Macron a surgi ! Enfin, son portrait, apporté sous les acclamations par le GIGNV (Groupe d’intervention des grenouilles non violentes), un groupe local d’ANV - COP21, rappelant que la lutte contre Macron se conjugue au combat pour le climat.

La démocratie ? Elle semble le cœur de l’aspiration du mouvement. On ne changera les choses que si l’on redonne la parole et le pouvoir à toutes et à tous. « On insiste beaucoup sur l’horizontalité », dit Jani, de Noisy-le-Sec, « Pas de chef ; la rue nous unit, les élections nous divisent ; et il y a une diversité du mouvement, même si on est plutôt à gauche et pour l’écologie ». Mais, dit Arthur, de Lorient, « il faut trouver l’équilibre entre spontanéité et organisation ».

Un équilibre difficile à trouver, comme on l’a vu dans la plénière finale, dimanche après-midi, qui devait adopter un texte final à partir des réflexions de tous les groupes thématiques réunis la veille. La configuration même de la salle compliquait la discussion, avec un centre d’où se distribuait la parole, les délégués l’entourant mais avec des prolongements rectangulaires : faire cercle dans des parallélépipèdes biscornus n’est pas simple !

Vote d’approbation d’un texte.

Le texte final est cependant abouti et substantiel :
• revendication de l’augmentation des salaires, des retraites et des minimas sociaux, avec une attention particulière aux neuf millions de pauvres ;
• convergence avec l’écologie, « fin du monde, fin du mois, même logique, même combat  », et appel aux écologistes — « toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant » — « à assumer une conflictualité avec le système actuel » ;
• encouragement aux « nouvelles formes d’une démocratie directe », que les assemblées des Gilets jaunes veulent mettre en place, sans « aucun leader autoproclamé » ;
• et désir d’une transformation globale : « conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme ».

L’Assemblée des assemblées a aussi adopté des textes sur les élections européennes (refus de participer), sur la répression (revendication de l’amnistie des prisonniers et condamnés), sur l’écologie et sur les assemblées locales.

Elle a aussi appelé à des actions coordonnées des Gilets jaunes, notamment durant la semaine du 1er mai. Et décidé que la prochaine Assemblée des assemblées se réunira en juin.

 

 

https://reporterre.net/Gilets-jaunes-l-Appel-de-Saint-Nazaire

Gilets jaunes : l’Appel de Saint-Nazaire

8 avril 2019

Réunie du 5 au 7 avril à Saint-Nazaire, l’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes a adopté dimanche 7 un appel final. En voici le texte. Nous publions aussi les textes annexes adoptés, sur l’écologie, la répression, les élections européennes et les assemblées citoyennes.

« Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.

Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.

Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.

Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.

Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.

Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.

L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.

Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.

Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « toutes et tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons toutes et tous ensemble à tous les niveaux du territoire.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. »

 

Les autres appels de l’Assemblée des assemblées

L’Assemblée a adopté d’autres textes, issus des groupes de travail thématiques.

Appel pour une convergence écologique

 

« L’Assemblée des Assemblées des Gilets Jaunes prend acte de l’urgence environnementale, sociale et démocratique.

C’est la même logique d’exploitation infinie du capitalisme qui détruit les êtres humains et la vie sur Terre.

La limitation des ressources nous oblige à poser la question de leur partage et du contrôle de la production.

Les dérèglements climatiques, l’effondrement de la biodiversité et le péril nucléaire sont autant de menaces qui pèsent sur notre avenir. Les biens communs (eau, air, sol droit à un environnement sain ne doivent pas être transformés en marchandises.

La taxe carbone est l’exemple parfait de la fausse écologie punitive qui cible les gens qui ne sont pas responsables.

Or il y a des responsables et des pollueurs à qui s’attaquer directement par des actions coordonnées.

Les Gilets jaunes invitent toutes les personnes voulant mettre fin à la accaparement du Vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires un nouveau mouvement social écologique populaire.

L’indignation ne suffit plus, passons à l’action. »

-  Télécharger l’appel :https://reporterre.net/IMG/pdf/appel_pour_une_convergence_e_cologique.pdf

Nous exigeons l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement !

« Depuis 5 mois la répression policière et judiciaire contre le mouvement des gilets jaunes est gigantesque. Nous comptons des milliers de blessés, 22 personnes éborgnées, 5 mains arrachées et une personne tuée. Les violences policières qui mutilent et qui tuent sont un acte d’intimidation politique, elles cherchent à nous terroriser pour empêcher d’agir : elles constituent un crime d’État. Pour justifier ce crime, le gouvernement, avec l’appui de certains médias, criminalise toutes celles et ceux qui contestent sa politique. La répression judiciaire prend la suite des violences policières pour étouffer le mouvement : 8700 gardes à vues, 2000 procès dont 1500 comparutions immédiates, près de 40 % de peines de prison fermes, plus de 400 mandats de dépôt.

Ce que nous vivons aujourd’hui est le quotidien des quartiers populaires depuis des décennies. Maintenant, l’autoritarisme se généralise à toute la société. Nous, gilets jaunes réunis en Assemblée des Assemblées à Saint-Nazaire, appelons à un énorme acte national samedi 18 mai partout en France, à l’occasion de l’acte 27.

Nous exigeons :
-  l’annulation des peines des milliers de prisonniers et condamnés du
mouvement des gilets jaunes et de toutes les autres luttes criminalisées   l’annulation des poursuites qui pèsent sur les personnes accusées et
inculpées
-  la défense des libertés publiques et des droits fondamentaux
-  la reconnaissance des centaines de personnes enfermées, dans le cadre
des gilets jaunes, des quartiers populaires, et de toutes les luttes
défendant le bien commun, écologiques et revendiquant une démocratie directe, comme des prisonniers politiques

Nous devons résister de toute notre force contre cet autoritarisme !

Nous appelons au renforcement et à la constitution des cagnottes de soutien existantes, et des groupes de soutien juridique. Nous appelons à la constitution d’une plate-forme nationale pour recenser les cas de répression judiciaire, soutenir les inculpés et les prisonniers. Nous appelons au partage de tous les savoirs pour se défendre face à la répression policière et judiciaire.

L’Assemblée des Assemblée appelle à manifester le 13 Avril pour le retrait de la loi « anticasseurs » à l’appel de plus de 50 organisations dont la Ligue des Droits de l’Homme.

Samedi 18 mai, retrouvons nous partout pour manifester et nous rassembler devant les tribunaux et les prisons !

Cet appel sera partagé et transmis dans les groupes, ronds-points et AG locales pour qu’ils se l’approprient et le fassent vivre s’ils le souhaitent ! »

-  Télécharger l’appel :

https://reporterre.net/IMG/pdf/appel_pour_un_acte_national_pour_l_annulation_des_peines.pdf

Appel à l’action et à la mobilisation pour la période des élections européennes

« Nous, Gilets jaunes réunis lors de l’Assemblée des assemblées de Saint- Nazaire, dénonçons le caractère anti-démocratique et ultra-libéral des institutions européennes. Le parlement européen que nous élisons n’a même pas le pouvoir de proposer une loi ! La Commission européenne décide de tout sans aucun contrôle démocratique. Les institutions européennes sont soumises à la pression de 25 000 lobbyistes pour la seule capitale européenne !

A l’inverse du modèle actuel, les gilets jaunes portent un modèle de démocratie directe, dans lequel l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers. Un modèle démocratique où primeront enfin nos conditions de vie, de travail, vos droits, la qualité de nos services publics et de notre environnement.

Nous avons pour principe fondateur l’autonomie des groupes de gilets jaunes et des individus en général. C’est pourquoi nous faisons le choix de ne donner aucune consigne de vote ou même de participation à ces élections. Nous condamnons toutes les tentatives de constitution de liste politique au nom des gilets jaunes !

Nous appelons les gilets jaunes et les citoyens et citoyennes à faire de cette période électorale une grande période de mobilisation. Nous proposons :
-  d’organiser une campagne d’information et de sensibilisation contre les institutions européennes et leur politique libérale
-  de tourner en dérision cette mascarade électorale. Nous nous en remettons pour cela à la créativité des groupes locaux, par exemple : carnaval, vote parallèle dans des cercueils jaunes, affichage jaune, présence jaune le jour du vote le 26 mai etc.

Nous proposons aux gilets jaunes de Belgique de co-organiser une convergence de tous les peuples à Bruxelles. Car quelque soit le résultat du vote, il faudra compter sur nous ! C’est dans la lutte que se construira l’Europe des peuples.

Nous proposons à tous les peuples d’Europe de se saisir de cet appel, de le traduire dans leur propre langue, ou de s’en inspirer pour faire le leur. C’est en menant une lutte coordonnée contre nos exploiteurs communs que nous jetterons les bases d’une entente fraternelle entre les peuples d’Europe et d’ailleurs. »

-  Télécharger l’appel :https://reporterre.net/IMG/pdf/appel_pour_les_e_lections_europe_enne.pdf

 

Retrouvons notre pouvoir de décision, place aux assemblées citoyennes

« Nous, Gilets Jaunes réunis en Assemblée des assemblées appelons l’ensemble des GJ ainsi que tous nos concitoyen.ne.s à s’engager dans la réappropriation de notre pouvoir politique.

Une étape importante de cette reconquête passe par le niveau local.

Nous appelons à créer dans chaque commune de France ou cela est possible une ou plusieurs assemblée citoyenne et populaire. Car ce pouvoir nous a été confisqué comme nous le constatons dans de multiples domaines : écologie, public/privé (privatisation), démocratie, etc.

Ces assemblées sont l’expression de la volonté populaire.

Chaque assemblée mène ses propres expériences en toute autonomie dans le respect de l’intérêt collectif (en lien avec des associations, gilets jaunes seuls, groupes de citoyens, associations de quartiers, présentation de listes ou non...) Nous appelons les assemblées citoyennes et populaires, ainsi créées, à se fédérer en réseau par l’échange de leurs expériences.

Réapprenons à partager nos préoccupations pour définir ensemble ce que nous voulons.

Réapprenons à vivre ensemble où nous habitons. »

-  Télécharger l’appel :https://reporterre.net/IMG/pdf/appel_pour_les_assemble_es_citoyennes.pdf

 

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https://rapportsdeforce.fr/pouvoir-et-contre-pouvoir/assemblee-des-assemblees-nous-mettons-en-place-les-nouvelles-formes-dune-democratie-directe-04083463

Assemblée des assemblées : « nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe »

8.4.2019

Semaine d’action jaune à partir du premier mai, démocratie directe, sortie du capitalisme, indépendance vis-à-vis des partis politiques et des syndicats, refus des leaders autoproclamés, recherche de l’unité d’action sont quelques-unes des orientations que se sont donnés les 800 délégués et observateurs gilets jaunes, lors de l’assemblée des assemblées à Saint-Nazaire ce week-end.

 

Il y a eu Commercy à la fin du mois de janvier, voici Saint-Nazaire. La première assemblée des assemblées avait réuni environ 300 délégués représentant 70 groupes de gilets jaunes. Le nombre de participants et de groupes représentés a presque triplé pour cette seconde rencontre, montrant un élargissement de la dynamique d’organisation horizontale au sein du mouvement. Même si dans le même temps, la fatigue et la répression érodent un peu le nombre de manifestants des samedis et que certaines assemblées générales locales sont moins fournies qu’à leurs débuts, il y a trois mois.

Nous reproduisons ci-dessous l’appel de Saint-Nazaire issu des débats en ateliers et en séances plénières des 5, 6 et 7 avril. Une troisième assemblée des assemblées est déjà programmée pour le mois de juin.

 

Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.
Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.
Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.
Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.
Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.
Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.
Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.
L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.
Nous lançons plusieurs appels, sur les Européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.
Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.
Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons tous ensemble à tous les niveaux du territoire. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.
Gilets jaunes le 8 avril 2019

 

 

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30 mars 2019

Macron aux Glières avec Sarko...Appel au rassemblement dimanche 31 mars à Thorens-Glières

http://www.citoyens-resistants.fr/spip.php?article575

 

Macron aux Glières avec Sarko...Appel au rassemblement dimanche 31 mars à Thorens-Glières
de : CRHA via jyp
samedi 30 mars 2019 - 08h46 - Signaler aux modérateurs

http://www.citoyens-resistants.fr/s...

Communiqué : venue d’ E. Macron dimanche 31 mars au cimetière de Morette et au plateau des Glières

Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui

Le Président de la République va se rendre au cimetière de Morette et au plateau des Glières ce dimanche 31 mars à l’occasion de la commémoration des combats des Glières. Il répond ainsi à l’invitation conjointe de l’association des Glières et du président du Conseil Départemental Christian Monteil.

Au moment où Emmanuel Macron s’apprête à remettre en cause une nouvelle fois le système des retraites par répartition, après s’être attaqué au code du travail, à la sécurité sociale, à l’hôpital public et aux services publics en général, toutes ces mesures en grande partie issues du Conseil National de la Résistance, cela nous paraît particulièrement mal venu.

Pour l’occasion, il sera accompagné de Nicolas Sarkozy… Ce déplacement se transforme en une « association de malfaiteurs » vis à vis des fondements de notre République sociale.

Emmanuel Macron vient à Morette au moment où son attitude méprisante à l’égard des plus faibles est à son paroxysme, au moment où la France est mise à l’indexe par l’ONU quant à la démesure des violences policières à l’égard des Gilets Jaunes, au moment où les inégalités dans le pays n’ont jamais été aussi importantes. Des attitudes et des faits aux antipodes de ceux souhaités et mis en place à la Libération.

Face à son choix de venir honorer tout de même les résistants des Glières ce dimanche, nous émettons deux hypothèses :

Soit il s’agit de la part de monsieur Macron d’une méconnaissance de la pensée politique de la Résistance en souhaitant mettre en avant seulement les faits d’armes, auquel cas nous l’invitons à lire au plus vite le programme du CNR.

Soit il s’agit d’un méa-culpa quant à sa politique tournée seulement en faveur des plus riches et qu’il souhaite désormais remettre l’intérêt général au centre de ses préoccupations, à l’instar de ce que souhaitaient les résistants.

Dans le second cas, il aura tout le soutien de notre association « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui ».

Thorens-Glières le 27 mars 2019.

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Appel au rassemblement dimanche 31 mars à Thorens-Glières à 14h00 place de la liberté.

Le Président de la République Emmanuel Macron se rendra au cimetière de Morette et sur le plateau des Glières dimanche 31 mars pour un hommage à la Résistance. Il sera accompagné de Jean-Michel Blanquer, de Geneviève Darrieussecq et de de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy.

Nous, Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui, vivons cette présence comme une insulte aux valeurs du Conseil National de la Résistance et aux combats des Résistants, et dénonçons une opération de communication politicienne.

Emmanuel Macron viendra rendre hommage aux combattants des Glières en "oubliant" d’évoquer la pensée politique de ces derniers.

Résumer la Résistance à ses faits d’armes, c’est nier l’Histoire. C’est nier que des femmes et des hommes sont tombés pour des valeurs, pour un monde plus juste et plus égalitaire. Grâce au Conseil National de la Résistance, composé de toutes les tendances politiques, ce qui n’était qu’une utopie sous l’occupation est devenu réalité à la Libération.

Pour ces Résistants, cette promesse des "jours heureux" valait plus que leur sang. Leurs combats pour que l’intérêt général s’impose face aux intérêts particuliers a permis notamment la création de la Sécurité Sociale, la mise en place des retraites par répartition et des services publics, l’éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l’économie, l’indépendance de la presse à l’égard de l’Etat et des pouvoirs d’argent.

Comment ne pas voir une contradiction flagrante avec les politiques menées aujourd’hui ? Ce sont bien ces conquis qui sont attaqués depuis des décennies par ceux-là même qui se tiendront droits face aux tombes de ces héros. C’est de la récupération : le Président vient honorer la Résistance mais par ailleurs il s’acharne à détruire son édifice social et politique !

Pour couronner le tout, au mépris de l’actuel Président de la République pour les revendications sociales du mouvement des Gilets Jaunes et des syndicats s’ajoute l’irrespect dont avait fait preuve Nicolas Sarkozy en mars 2008 face aux anciens Résistants dans ce même lieu du cimetière de Morette. Ca fait beaucoup !

Pour toutes ces raisons et pour rendre à la Résistance l’hommage qu’elle mérite, nous appelons à un rassemblement dimanche 31 mars à 14 h à Thorens- Glières, au pied du Plateau, sur la place de la Liberté, entre la mairie et la salle Tom Morel.

Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui

Thorens-Glières le 29 mars 2019

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22 mars 2019

SOUTENIR LES FAUCHEURS DE COLMAR le 27 MARS AU TRIBUNAL DE NANCY

Les Faucheurs Volontaires de la vigne OGM de Colmar

acte 2 : tribunal de Nancy le 27 mars 2019.

chimereMare


source: http://bellaciao.org/fr/spip.php?article161515

Le 15 août 2010, 60 Faucheurs Volontaires venus de toute la France s’introduisaient à visage
découvert sur le site de l’INRA de Colmar. Leurs objectifs : neutraliser un essai de ceps de vigne
OGM dont le porte-greffe, modifié génétiquement, était supposé résister à un virus vecteur du
court-noué, une maladie de la vigne (1) , et informer les citoyens de l’introduction des OGM dans la
vigne, et par conséquent dans le vin.

Rien ne justifie les essais en milieu ouvert, d’autant plus que celui de Colmar était principalement
une mise en scène pour faire accepter les OGM en plein champ par la société.
Rappelons que les OGM sont les outils d’une agriculture industrielle, productiviste et dépendante,
responsable de la disparition de millions de paysans dans le monde, et de la perte pour les peuples
de leur souveraineté alimentaire.
L’INRA, organisme de recherche agronomique publique est le bras armé de cette politique agricole
et alimentaire, alors qu’il devrait être au service des demandes des paysans et de la société civile.
Un 1 er procès avait eu lieu à Colmar du 28 au 30 septembre 2011. Il fut l’occasion pour les 60
prévenus de développer les raisons de leur action. De nombreux témoins ont pu aussi apporter leur
contribution sur les aspects agronomiques, scientifiques, sociologiques, sur la santé,
l’environnement..., et bien sûr montrer que des alternatives existent.

Malgré cela, le tribunal a décidé de condamner les faucheurs au pénal (peine de prison avec sursis et
jours-amendes) et au civil (plus de 50000 euros de dommages et intérêts pour l’INRA).
Les Faucheurs ont fait appel sur la condamnation pénale, et ont été convoqués en Cour d’Appel de
Colmar le 20 juin 2012. Lors de ce procès, l’INRA voulait se maintenir alors qu’il n’était plus partie
civile à l’instance d’appel.
Les 19 et 20 mars 2014, le procès pouvait enfin avoir lieu. L’appel « pour une vigne sans OGM »
signé par 1000 vignerons confirmait le soutien d’une grande partie de la profession.
Verdict de la Cour d’appel de Colmar : relaxe pour les 60 Faucheurs.
Cette décision ne satisfait pas le Ministère public, l’avocat général engage un pourvoi en cassation,
et le 5 mai 2015, la Cour de Cassation revient sur la relaxe et renvoie l’affaire à la Cour d’Appel de
Nancy pour ce procès du 27 mars 2019.

9 ans après ce fauchage, les OGM se développent malgré tout. Certes, il n’y a plus de vigne OGM
en France ni de culture transgénique, mais d’autres OGM se sont développés. Les plantes
embarquent clandestinement des modifications de leurs gènes cachés derrière une dérogation de la
directive 2001-18-CE. La situation est aberrante : ces cultures sont bien définies comme des OGM,
mais aucune règle ne s’applique (évaluation, étiquetage...). Ce sont les organismes issus de
mutagénèse, comme par exemple les variétés rendues tolérantes à des herbicides (VrTH) de
tournesol et de colza qui représentent aujourd’hui en France environ 30 % des cultures de tournesol
et 8 à 10 % des surfaces de colza.

Depuis 2009, les Faucheurs Volontaires ne cessent de lancer l’alerte sur ces variétés : fauchages
d’essais, inspections citoyennes et occupations de locaux, interpellations des services de l’État...
Ceci a abouti à un recours devant le Conseil d’État par 9 organisations de la société civile, qui a
lui-même interpellé la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) sur plusieurs questions
préjudicielles pour pouvoir se prononcer, en particulier sur le statut juridique des plantes issues de
mutagénèse, mais aussi sur celles issues de techniques OGM de nouvelle génération, à propos
desquelles une interprétation juridique de la part de la Commission Européenne était attendue.
Ces nouveaux OGM constituent le dernier fer de lance des industriels de la semence, Limagrain-
Vilmorin en tête. Ces firmes ont pour objectif qu’on ne sache pas que ce sont des OGM. Ils
comptent sur l’exemption de la mutagénèse pour nous imposer ces nouveaux procédés et les brevets
qui vont avec, sans aucune transparence sur les méthodes d’obtention utilisées et aucune obligation
d’évaluation, de traçabilité et d’étiquetage.

Mais la CJUE a rendu sa décision le 25 juillet 2018, et c’est une belle victoire pour les organisations
requérantes. L’arrêt confirme en effet que les plantes obtenues par mutagénèse sont bien des OGM,
et qu’elles doivent être réglementées comme tels, sauf si les techniques d’obtention ont été
traditionnellement utilisées depuis longtemps et que leur sécurité est avérée.
La Cour précise également que les plantes issues de nouvelles techniques doivent obligatoirement
être soumises à la réglementation OGM.
C’est au Conseil d’État de se prononcer maintenant. Quelle sera son interprétation ?
Sous prétexte de soutenir l’innovation, s’adapter au réchauffement climatique, réduire les
pesticides..., la pression de l’industrie semencière, bien accompagnée par les pouvoirs publics, est
très forte pour obtenir une déréglementation de ces nouveaux OGM, voire obtenir une modification
de la directive européenne.

Face à ces questions rendues très complexes par les tenants de la confiscation du Vivant, rien n’est
changé quant aux raisons de notre opposition à tous les OGM et au monde qu’ils nous préparent : ce
sont des plantes manipulées artificiellement avec tous les risques qu’ils peuvent engendrer, ils sont
faits pour une agriculture industrielle destructrice, et ils sont protégés par des brevets qui mettent les
peuples sous dépendance des multinationales.


L’INRA ne doit pas devenir sous-traitant des entreprises semencières privées. Nous attendons de
notre recherche publique une orientation et un investissement dans un agriculture écologique pensée
avec des approches systémiques et pluridisciplinaires. Cette recherche doit intégrer les aspects
agronomiques et humains trop souvent oubliés au profit de la vison envahissante et réductionniste
d’une biologie moléculaire à qui on laisse tout pouvoir.
La mobilisation de la société civile est indispensable et elle doit s’amplifier. Les Faucheurs
Volontaires restent en 1ère ligne et ils ne lâcheront rien pour informer et lancer l’alerte.
Ni dans les champs ni dans nos verres et nos assiettes,
Les OGM, on n’en veut pas, qu’ils soient issus de transgénèse, de mutagénèse ou de toute autre technique de
manipulation génétique.

SOYONS NOMBREUX A SOUTENIR LES FAUCHEURS DE COLMAR
le 27 MARS AU TRIBUNAL DE NANCY



(1) Cet essai venait d’être renouvelé par décision ministérielle. Mais il avait déjà été arraché précédemment par un militant alsacien, Pierre Alzelvandre, décédé depuis. https://reporterre.net/Suicide-en-Alsace-d-un-faucheur

 

beesColmarApetit

chimereApetit

chimereQuatrepetit

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16 mars 2019

L’Algérie est au bord de l’éclosion

SWcontreColonialisme

https://lavoiedujaguar.net/L-Algerie-est-au-bord-de-l-eclosion

L’Algérie est au bord de l’éclosion

lundi 11 mars 2019, par Mohammed Harbi, Nedjib Sidi Moussa

Le surgissement populaire du 22 février constitue une rupture majeure dans notre histoire comme dans celle du Maghreb. Il s’agit de la consolider et d’élargir le champ des possibles. Aujourd’hui, les Algériens ont remporté une première victoire.

Notre tâche prioritaire est de tirer la leçon du soulèvement d’octobre 1988 et d’éviter à nouveau le « détournement du fleuve », à savoir la confiscation de la souveraineté populaire qui est à l’origine de l’autoritarisme sous sa forme actuelle.

Nous sommes devant une nouvelle crise du régime mais le peuple algérien a déjà tranché. Le FLN a vécu, le cinquième mandat aussi. L’annonce du président, ce 11 mars 2019, ne fait qu’entériner cet état de fait.

Ici et là, des alternatives politiciennes sont proposées par les démocrates au nom du changement. Mais les intérêts des classes populaires sont rarement pris en considération. Or, ce sont elles qui vivent le plus intensément l’humiliation, les abus du pouvoir et la hogra.

Ces maux caractérisent tout le Maghreb. C’est pourquoi, après la révolution tunisienne et le mouvement du 20 février 2011 au Maroc, la situation algérienne résonne avec autant de force chez tous ceux qui aspirent à la dignité.

Sans céder à l’esprit de revanche, il nous faut prendre garde à ce que les anciens partisans du statu quo ne se rachètent pas une virginité au nom d’une transition qui renouerait insidieusement avec l’ancien régime et ses pratiques (corruption, clientélisme, prédation, etc.).

La démocratie, que chacun revendique désormais à voix haute, est tout le contraire du consensus dont nous subissons les conséquences. Souvenons-nous qu’il a toujours constitué le cri de ralliement pour les classes dirigeantes.

Le souci d’établir des rapports égalitaires est à la base de la fraternité dont rêve le peuple. Mais pour lui donner de la consistance, il faut sortir de l’unanimisme de façade qui constitue un frein à la décantation et au regroupement des forces populaires.

La république est à refonder, en rupture avec les tentations despotiques assimilées à la monarchie par les acteurs du surgissement populaire.

Les aspirations des classes laborieuses, dont les femmes et la jeunesse constituent les moteurs, doivent être affirmées dès à présent. Il faudra donc respecter leur autonomie d’organisation et d’action. Dans cette perspective, l’égalité des sexes est indiscutable.

Contrairement à l’idée selon laquelle les Algériennes et les Algériens se seraient réveillés le 22 février, les événements en cours sont en réalité le fruit d’un long processus nourri du combat des forces les plus déterminées et payé par elles au prix fort.

De nombreuses luttes sectorielles, qui ne se sont guère aventurées sur le terrain politique, ont été menées au cours de la dernière période, dans toutes les régions du pays.

Les concessions matérielles, faites par un gouvernement désireux d’acheter la paix sociale, ont été rattrapées par l’inflation et la cherté de la vie, ce qui souligne l’importance du mot d’ordre de grève générale pour dépasser la segmentation et se constituer en force indépendante.

La main tendue des oligarques aux travailleurs est un marché de dupes et ne fait que perpétuer leur subordination à l’agenda néolibéral. Car ce sont les hommes d’affaires qui ont besoin des masses populaires pour faire pression sur le pouvoir afin de défendre leurs privilèges. En revanche, les chômeurs, les pauvres et les salariés n’ont pas besoin de s’appuyer sur les milliardaires pour affirmer leurs propres objectifs.

Depuis 2012 au moins s’est constituée dans l’ombre une clique comprenant les représentants de la politique en uniforme, le président et sa famille, ainsi que les affairistes. C’est ce groupe qui a soutenu l’appel à un quatrième mandat puis à un cinquième. Son arrogance est à l’origine du sursaut populaire.

Soyons vigilants : l’épouvantail d’une ingérence de forces extérieures n’est pas crédible. Arrêtons de chercher le diable en dehors de nous. La crise oppose des forces sociales et politiques internes à l’Algérie.

L’aspiration à un changement radical s’est exprimée massivement et avec force dans les rues, faisant vaciller les tenants du régime. Pour la grande majorité de notre peuple, la quête de la liberté n’est pas séparable de celle de l’égalité.

Nous sommes aux côtés des classes populaires dans leur volonté de gérer elles-mêmes leurs propres affaires. Car il ne peut y avoir de démocratie réelle sans prise en compte de leurs aspirations spécifiques.

Nous sommes partisans de l’auto-organisation des travailleurs, à travers la mise en place d’assemblées dans les quartiers, les villages et les villes, où les individus délibèreront de la prise en charge de tous les aspects de la vie quotidienne, sans la médiation de l’État ou des professionnels de la représentation.

Il s’agit d’aller le plus loin possible dans la remise en cause de l’ordre capitaliste, sécuritaire, patriarcal et religieux.

Notre pays a hérité de l’esprit de la hisba, la surveillance de tous par tous. Opposons-lui le respect de l’autonomie individuelle, la liberté de conscience, celle de disposer de son propre corps, de le mettre en mouvement et de se réapproprier tous ensemble l’espace public, comme l’ont fait, dans la joie, les Algériennes et les Algériens.

Le chemin qui mène à l’émancipation sociale est long mais il n’est pas d’autre voie pour réaliser l’épanouissement de chacun et de tous.

Mohammed Harbi et Nedjib Sidi Moussa

video du 8 mars 2019

https://www.youtube.com/watch?v=nMUMdXuaSkk

 

 

 

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10 mars 2019

Acte 17 Du pain et des roses un tour de chauffe pour samedi prochain, fin du « grand blabla »

Du pain et des roses

 1912

1995

 

https://www.revolutionpermanente.fr/Acte-17-un-tour-de-chauffe-pour-se-preparer-a-la-mobilisation-samedi-prochain-fin-du-grand-blabla

 

Cap sur l'acte 18 !

Acte 17 : un tour de chauffe pour se préparer à la mobilisation samedi prochain, fin du « grand blabla »

Malgré les vacances scolaires, ils étaient encore nombreux pour ce 17ème samedi de manifestation. Si les grands médias tournent en boucle sur les chiffres de participation dite « la plus faible depuis le début du mouvement », c’est pour mieux occulter la journée qui s’annonce clé, une journée dans toutes les têtes, celle du 16 mars au lendemain de la fin du Grand-Débat pour l’acte 18. Une journée qui marquera aussi les 4 mois du mouvement.

Imrane Mylhane

samedi 9 mars

Si la rhétorique de l’essoufflement du mouvement est sans cesse rabâchée, depuis 4 mois depuis le début du mouvement, les grands médias tiennent enfin leur scoop ! Ils seraient donc… 29000 manifestants selon la police mais 90000 manifestants selon la plateforme « Le Nombre Jaune » qui comptabilise depuis plusieurs semaines maintenant la mobilisation.

 

Pourtant, qui aurait dit qu’après quasiment 4 mois de manifestation hebdomadaire, il y aurait tout simplement encore des manifestations ? Là encore les grands médias jouent la prophétie auto réalisatrice de l’essoufflement qu’il tente de faire ingurgiter semaine après semaine le tout sans dire mot des vacances scolaires ou même du fait que nombre de Gilets jaunes ont préféré se reposer en vue de la mobilisation pour l’acte 18 en vue de la fin du grand débat. Et certains éditorialistes ne s’y trompent pas. Nelly Daynac journaliste de l’Edition du Soir sur CNEWS, introduit même le débat en disant : « 29000 manifestants aujourd’hui, mais essayons de discuter sans regarder uniquement les chiffres, mais le fond ».

En effet, le problème n’est pas tant le chiffre que l’empreinte profonde que laisse le mouvement des gilets jaunes 4 mois après le 1er Acte, qui a mis en crise Macron-Jupiter, qui restait terré et n’osait même plus sortir de chez lui.

Toujours déterminées et en colères, les femmes en luttes aux avant-postes

Ils étaient donc nombreux sur Paris et en Province, malgré les vacances et la pluie, à être dans les rues de France, rejoints pour la première fois sur Paris par une tête de cortège féministe, haute en couleur et en slogan, composée d’organisation syndicale de la CGT, Solidaire et FSU, mais également des assistantes maternelles, les groupes comme celui des Femmes Gilets Jaunes ou encore le premier cortège en France « Du Pain et Des Roses » composé de cheminotes, de travailleuses précaires et d’étudiantes.

Il était important au lendemain de la journée internationale du 8 Mars, de continuer à faire vivre la lutte contre les violences sexistes et économiques faites aux femmes, en le liant à la lutte des gilets jaunes. C’est ce que nous dit Laura, cheminote et militante dans le cortège féministe Du Pain et Des Roses, « C’est important de montrer que les premières personnes touchées par le cout de la vie, la baisse du pouvoir d’achat, ou encore les bas salaires, sont les femmes, c’est pour cela qu’elles sont nombreuses depuis le début du mouvement des gilets jaunes, il faut savoir par exemple que 82% des travailleurs pauvres sont des femmes ». Ces femmes ont voulu montrer clairement que le capitalisme et le patriarcat doivent être combattus, non pas de manière isolée, mais au sein même des luttes sociales.

 

Une initiative saluée par de nombreux gilets jaunes, qui revendiquent la nécessité de prendre en compte toutes les formes d’oppressions.

Le 16 novembre inquiète le gouvernement !

Les représentants LREM sur les plateaux télé, ne veulent pas refaire la même erreur qu’au moment de la période de vacances de fin d’année, en se gargarisant de la baisse de mobilisation lors des Actes 6 et 7. Ils auront retenu la leçon de cette baisse de leur garde. On se rappelle notamment de l’acte 8 où les forces de polices étaient en sous-nombre prévoyant une baisse de la mobilisation. Dès lors, des Gilets jaunes en avaient profité, avec notamment le fameux chariot élévateur enfoncé dans la porte du ministère de Benjamin Griveaux. Le Gouvernement aura appris à ses dépens qu’il ne fallait plus sous-estimer, la capacité des Gilets jaunes à revenir plus fort après une période de vacance.

Cap sur l’acte 18 !

Pour l’heure il n’y a pas de sursaut notable dans le mouvement des gilets jaunes, avec des mobilisations dans le calme, bien loin des scènes quasi-insurrectionnelles de décembre autour de l’Arc de Triomphe. Les gilets jaunes annoncent cependant déjà une convergence avec de nombreux syndicalistes qui appellent à rejoindre les cortèges de gilet jaune pour l’Acte 18, ainsi qu’une importante mobilisation pour le climat ce jour-là. Les spécialistes, ont pu également remarquer la présence de plus en plus de drapeau algérien, rappelant le lien avec ce qu’il se passe dans le pays contre le gouvernement Bouteflika. À Bordeaux des centaines de Gilets Jaunes, lancent « Police partout, justice nulle part », après que dans sa prise de parole à la suite d’un concert sauvage de HK et les Saltimbanks, un Gilet jaune explique « Nous devons avoir une pensée pour ces 2 jeunes, morts des mains de la police, quand on voit comment ils répriment les gilets jaunes, on comprend ce qu’il se passe dans les quartiers populaires maintenant ».

 

C’est dans la lutte que l’expérience des masses se fait, et le moins que l’on puisse dire, c’est la manière avec laquelle ce mouvement a su évoluer et commencer à se chercher des alliés qu’il s’agisse des militants syndicaux à la base, très nombreux toujours dans les cortèges, mais aussi en soutenant des ouvriers contre les fermetures d’usines, en se montrant solidaires des jeunes des quartiers, Adam et Fatih tués par la BAC, comme en a témoigné le soutien d’Eric Drouet, ou dans la condamnation des actes antisémites. Les Gilets jaunes évoluent et ont compris depuis plusieurs semaines maintenant, qu’il était nécessaire d’élargir leur mouvement pour le renforcer face au gouvernement.

Fin du Grand Débat, Algérie, Assurance Chômage, Gilet Jaune, l’exécutif dans le doute !

On pourrait penser que le gouvernement serait satisfait d’avoir réussi à restaurer l’ordre ou encore en réussissant relativement à reconquérir une partie de sa base sociale étroite, mais toutes bonnes choses à une fin et le gouvernement en a conscience. L’éditorialiste Anne Saurat nous explique que « le gouvernement essaye de voir comment il peut rallonger la fin du grand débat le plus longtemps possible pour éviter de donner les conclusions dans cette période ». On annonce déjà qu’aucune prise de parole du Président ne se fera avant la mi-Avril. Voila donc la stratégie du gouvernement, jouer le pourrissement le plus longtemps possible pour éviter que les sondages en faveur de Macron ne s’inversent.

Cependant face à la politique politicienne, la crise sociale bien réelle et ne passera pas avec la montre. C’est en tout cas le marqueur important de ce mouvement des Gilets jaunes. « On ne se débarrassera pas de nous comme ça, on ne lâchera rien, tant qu’on ne sera pas entendu dans nos revendications, le Grand débat c’est du Grand Blabla, nous on veut des vrais solutions » voila les mots d’un gilet jaune, qui symbolise la situation dans laquelle ce trouve le gouvernement. Stephane Sirot spécialiste des mouvements sociaux, explique au micro de BFM TV « je ne vois pas comment le gouvernement pourrait reprendre la main cette fois ci… Macron ne démissionnera pas, il ne mettra pas en place le RIC, ni le rétablissement de l’ISF, rien non plus pour les bas salaires, on voit difficilement comment le mouvement pourrait s’arrêter. »

Le Gouvernement a conscience qu’il est pris en étau aujourd’hui, avec d’un côté la nécessité de maintenir son bloc bourgeois renforcé derrière la liste LREM aux européennes et de l’autre la conscience que sans de grandes annonces, le mouvement des gilets jaunes ne s’arrêtera pas. De plus le cauchemar de Macron avec la situation algérienne se confirme avec encore une dernière journée de mobilisation historique. Le gouvernement sait que le printemps est une vraie poudrière pour la lutte, surtout s’il continue à balader les Gilets jaunes, dans des réponses inadaptées à la crise. La hausse des prix du gaz et de l’électricité à partir du 31 Mars prochain déjà retardé de 3 mois pour ne pas chauffer les esprits en janvier, ne vont rien arranger, surtout que le prix de l’essence est entrain de repartir à la hausse avec la crise d’un grand producteur de pétrole comme le Venezuela.

Si Macron a su jouer de manœuvre pour pouvoir apparaitre plus fort, dans la dernière séquence, il a conscience que pour l’heure il doit son regain dans les sondages en grande partie à l’agonie de l’opposition. Les français ne s’y trompent pas avec 43% des Français qui admettent que Macron n’a aucune opposition organique face à lui.

La conjoncture peut être explosive. Si seulement le mouvement ouvrier à la base se mettait à la hauteur de la détermination des Gilets jaunes, ce serait une étape importante pour aider à briser le plafond de verre au-dessus de la tête des Gilets jaunes depuis la mi-janvier maintenant, empêchant de donner un sursaut offensif au mouvement. Le soutien ne doit plus être uniquement verbale mais, c’est sur le terrain de la lutte, dans les blocages, dans la grève, que se soutien doit dorénavant se matérialiser.

Macron est en réalité très faible, même s’il parade des heures dans des débats, en maraude ou au salon de l’agriculture, il surjoue car il sait que le vent va tourner tôt ou tard et même une victoire quasi assurée aux européennes ne changera rien pour la suite de son quinquennat, si la crise perdure.

 

Posté par crasputas à 12:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]