Prendre la main

 

« Le changement est urgent, il est techniquement et économiquement possible, les politiques ne font rien [2] : il faut donc établir un rapport de forces et prendre la main. »

Sur https://reporterre.net/En-Angleterre-le-mouvement-Extinction-Rebellion-lance-l-insurrection-pour-le

Carte réseau VulcanusTrès grande

carteReseauVulcanusTrès grande

 

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« ...convergence vers l’urgence historique de mettre un terme aux ravages de la démence économique. ...l’auto-organisation des individus dépossédés... pour un mouvement anti-étatique et anti-économique général,,, se réapproprier leur activité...les dépossédés [de Semprun rejoignent les déracinés de S. Weil.]...Comment ce qui perpétue le vieux mensonge de la représentation séparée, des représentants incontrôlés ou des porte-parole abusifs, pourrait-il servir la lutte des individus pour mettre sous leur contrôle leurs conditions d’existence, en un mot pour réaliser la démocratie ? La dépossession est reconduite et entérinée, non seulement bien sûr par l’électoralisme, mais aussi par l’illusoire recherche de « l’efficacité médiatique », qui, transformant les individus en spectateurs d’une cause dont ils ne contrôlent plus ni la formulation ni l’extension, en fait la masse de manœuvre de divers lobbies, plus ou moins concurrents pour manipuler l’image de la protestation….De même, alors que l’État ouvre aux contestations locales, pour qu’elles s’y perdent, le terrain des procédures juridiques et des mesures administratives, il faut dénoncer l’illusion d’une victoire assurée par les avocats et les experts : à cette fin il suffit de rappeler qu’un conflit de ce genre n’est pas tranché en fonction du droit mais d’un rapport de forces extra-juridique... »

Jaime Semprun (1990) sur http://partage-le.com/2018/12/adresse-a-tous-ceux-qui-ne-veulent-pas-gerer-les-nuisances-mais-les-supprimer-par-ledn/

Dansons la Carmagnole – vive le son des blés d’or – 1789-2019 : Finir le travail – Aux hétérogènes de la Ripouxblique – la bourgeoisie à la lanterne

Il aura fallut souffrir beaucoup pour enfin revoir le port de l’homme qui redresse la tête avec fierté prenant conscience de sa force collective contre l’oppression. (cf recueils France, Démoc) Les interprétations dans et en dehors du cercle dominant convergent au moins sur ce qui s’est passé dans ce pays il y a maintenant 230 ans.
Nous arrivons au bout, qu’importe la réussite d’un mouvement plus fort que les autres? mais qu’est ce qui fait sens à nos vie ?, essayer une suite viable c’est une question d’honneur ? Une question de principe ou de survie ? , ou simplement « le gratifiant » que décrit Laborit. Une chose est sûre : Si on essaye rien, on a rien.
On s’enflamme vite dans ce pays et voilà que l’on ressort la comparaison avec ces beaux principes de 1789 largement dévoyés peu après. Et ce dévoiement est toujours occulté dans l’histoire des vainqueurs.
Ici on peut parler de 1792 puis des soubresauts révolutionnaires 1830 1848 1871 1914-17 – 18.
Et en 1945 « les beaux principes » du Conseil National de la Résistance aussi serontbafoués car les « Jours heureux » (G.Perret) n’ont duré que jusqu’à 1947-48 avec les premières répressions ouvrières. Tandis que pour les pays faussement décolonisés, la dictature du développement, de la dette, le bluff de la société de marché perpétuent, sous une autre forme, les premiers rapports impérialistes des « civilisations » sur le monde .
Le terme de « barbarie civilisé »(Loewy) n’est pas un oxymore, il va falloir faire un dernier effort. Faire preuve de discernement et distinguer « mémoire et mal-mémoire » (Galéano)

 

camargue

A la recherche du pourquoi de l’arrogance

et de son corollaire la fin du monde

On peut commencer par s’interroger sur le « pourquoi » avant du « que faire ? ». Pourquoi sont au pouvoir des richissimes crétins nombrilistes « qui passent à la « teêlê » qui est faite pour les niais ».

Des Ripouxbliques où se succèdent des présidents-rois-caniches, où l’impérialisme demeure en sous traitance des autres US, Russe, Chinois etc. Alors que le bon sens le plus élémentaire impose de supprimer tous les impérialismes, les armées et les guerres.

On nous a imposé le règne des profiteurs de guerre ; maudite soit la guerre.

« Le drame de l’occident, c’est que l’homme blanc polytechnicien n’est pas suffisamment entré dans l’histoire » de l’Afrique, de l’Océanie de l’Asie et de l’Amérique ; sinon, il y aurait vu que l’amérindien, l’africain, l’océanien et l’asiatique n’ont pratiquement aucun impact sur la contamination de la terre et de sa destruction car leurs cultures exigent toujours une alliance avec la terre, avec l’univers. L’homme blanc polytechnicien n’a pas voulu voir que sa propre origine raciste chrétienne et colonialiste expansionniste meurtrière, son scientisme sans limite le conduirait à l’extinction finale. On ne lui a pas dit qu’il fallait éteindre les Lumières sous peine d’autodestruction, de lui-même donc, « sa »nature qu’il voulait dompter.

Pourquoi des scientifiques et ingénieurs du Corps des Mines, aveugles, pourquoi les énarques, les saint cyrien, HEC etc, ces « élites » et tout le personnel d’une administration nationale ou onusienne roublarde voire collaborationniste, et quelques autres parvenus à cheval télémerdique sont si arrogants, hors sol et déifiant l’argent, le paraître et surtout la science, « une science pour laquelle connaître serait mesurer » ; le tout comptable (alors que les « inspec-tueurs » des finances ne comptent que ce qui les arrangent, portant aux nues un soit disant progrès se cachant derrière la neutralité de la technique sans prendre en compte l’espace de la pensée de chaque technique (A.Gras) ; Leur idéologie est cette volonté de puissance illimitée. La notre est de vivre simplement, simplement vivre dans un monde de plus en plus « anxiogène ». Ce terme « anxiogène » est révélateur du fait que l’on veuille « positiver » on veut un « espoir ». En lisant Laborit (et sûrement d’autres) on comprend que c’est vital pour notre structure, sinon on se détruit soi-même. (éloge de la fuite, agressivité détournée, dieu ne joue pas aux dés).
Les initiatives médiatiques sont plus simplement citoyennistes; sans remettre en cause le système. Elles participent à rassembler des personnes sur un point précis (ici la vie sur terre) de tout milieux sociaux culturels qu’on a tellement atomisé que c’est déjà un grand pas de les rassembler. J’ai vu aussi cela avec les faucheurs, les antinuc à Bure et ailleurs, et autres sites NDDL, Sivens, NoTav.
La démarche c’est de s’engager dans un domaine de votre affinité et de rallier, soutenir selon vos moyens les groupes d’opposition radicale en plus de ces démarches citoyennistes plus confortables pas inutiles tout de même.
La position à défendre, c’est la rencontre, c’est l’accès à la terre nourricière non contaminée pour le plus grand nombre. C’est tendre vers des sociétés à taille humaine les plus justes possible et surtout descendre du nuage du développement. (capitalisme, scientisme, barbarie civilisée, productivisme, mécaniste, occidentalocentrique egocentrique etc).
Il ne faut bien sûr pas se résigner mais se révolter en tenant compte des pièges du passé (cf l’homme révolté) « le pouvoir est maudit » il doit être réparti comme une braise incandescente que l’on se passe une seconde main à main au su et vu de tous. Tout cela est « notre idéologie ».

Et voila que l’on place à nouveau des « eux » contre des « nous », tombant ainsi dans le panneau du passé. Il faut dire qu’ils l’ont bien cherché. Même les chinois à la sagesse millénaire ont fini de rattraper l’occident à sa propre imposture d’une société de marché ; accélérant la chute, la destruction et tout en reprenant cette idéologie occidentale imbécile de conquête de l’espace, et jusque la lune récemment . C’est tellement clair ; « Peaux de toutes les couleurs ; Masques blancs « ; tous devenus c.. comme la lune…

Mais essayons de rester polis… et rattachons-nous plutôt à « Nous Autres » sous la direction d’Erica Deuber Ziegler (et « Culture et Cultures », Benkirane). On connaissait Marcel Mauss avant la revue MAUSS, on connaissait Erica avant Jean ; l’un n’est rien sans l’autre.

Et de rappeler sans cesse que ces militaires et ces policiers qui affrontent la saine révolte contre l’oppression sont de même origine sociale que ceux qu’ils tuent et estropient avec leur suréquipement identique dans le monde entier « pacifié ». Rappeler ce que disait Charbonneau du culte imbécile de la nation et tous les autres auteurs sur l’État, la civilisation puis rappeler précisément le cas des deux camarades de classe de la manifestation du Joint Français.

 

 

Dans un article de La Decroissance 155 p9 est cité un article du Monde qui commence la critique (avec un accent « maccarthyste ») des Lumières c’est à dire le « progrès, la raison, l’universel », « qui élève la connaissance et le savoir au-delà des croyances », [tout cela] « serait passé de mode, périmé voire néfaste »…lors du commentaire est cité alors Bourdieu « Sur l’Etat » (Seuil éditeur 2012): « L’obscurantisme des Lumières peut prendre la forme d’un fétichisme de la raison et d’un fanatisme de l’universel qui...ne sont pas moins obscurs et opaques à eux-mêmes que ce qu’ils dénoncent. »

Il y aurait donc un soucis avec les « Lumières » ce « phare de la pensée occidentale » dont on nous a rabâché les oreilles depuis l’enfance comme le culte de la Nation. C’est un point intéressant puisqu’il se situe aussi historiquement avec 1789 remis à jour par le mouvement des gilets jaunes, surtout de Commercy puis de Montreuil et qui s’étend irrémédiablement.

Toute cette soif de connaissance peut paraître au premier abord légitime alors qu’elle nécessite de tuer, de détruire. Là intervient aussi la sectorisation du travail pour le cacher, l’éloigner. Un autre point important.

Alain Gras connu aussi bien par sa chronique à la Décroissance que par le livre que m’avait montré Guy Demenge (Le choix du Feu) permet de mieux expliquer un des dévoiement de cette « science au dessus de tout soupçon » : (la Dec155) « La Technique sert, nécessite depuis le début à la communication, la négociation, le toucher avec la nature...outils prolongement du bras...même Ellul comme Heidegger confond la technique (non sujet, neutre, n’a pas de morale etc) avec le système de pensée qui l’accompagne (tout au long de l’histoire). ... « Car l’Être pense l’outil différemment selon l’histoire »… Cf Olivier Rey « Itinéraire de l’égarement » et Dominique Janicaud « La puissance du rationnel » et Cioran « La chute dans le temps ». »

 

C’est aussi « la fonction qui fait l’organe », et le bluff de la société de marché aboutie à la montée des « monstres » (Gramsci) comme il y a 80ans sans se rendre compte qu’ils n’auront le pouvoir cette fois-ci que sur un tas de cendre contaminée. Les « imbéciles »... « Les monstres grandissent parce que nous rapetissons sans cesse. »...« Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre tel est le sort des imbéciles. »(Bernanos lui aussi au parcours « complexe »...).

 

« les anecdotes Trump-Macron [« Make France Great again »-Rendez sa grandeur à la France]... »elle révèle une fois de plus, par la façon dont elle a été traitée par le débat public, à quel point, l’histoire et les raisons de la « grandeur » française ne sont pas questionnées dans notre pays. »... « Trump est connu pour ne pas réfléchir, mais la « grandeur » de la France reste un impensé partagé par l’ensemble du spectre politique français, aveuglé par un fantasme de puissance. C’est pourtant bien notre héritage de guerres d’invasion, d’extermination menées de facto ou de façon organisé, de domination sanglante, qui font la « grandeur » du trône élyséen dont se prévaut aujourd'hui celui que l’on surnomme Jupiter. » (Edito- Billets d’Afrique 282 Décembre 2018)

 

Daumierpetit

Le pouvoir de la honte d’un français

C’est à Jean Ziegler rencontré dans le quartier de l’ONU, par son soutien des vigies devant l’OMS www.independentwho.org que l’on doit cette notion de honte et haine de l’Occident.

Lors d’une manifestation d’alternatiba à Genève où nous avions un stand IWHO, je discutais du livre « la haine de l’occident » avec un jeune argentin étudiant, avec son frère, qui avaient assisté aux cours de Ziegler à l’université.

Le jeune me dit que ce thème était récurant chez Ziegler [et très à propos], et il concluait brièvement « qu’il y a « la haine de l’occident » parce qu’il y a « la honte de l’occident. » » Cela me marqua profondément et j’en déduisis qu’il y a la haine du français parce qu’il y a la honte du français.

C’est seulement dans l’été 2018 lorsque que je saisissais un autre livre de Ziegler que je compris l’origine de ce « thème » ou cette « stratégie ».

Jean Ziegler est un bon critique du double jeu de l’ Occident et de la contradiction des hommes, la sienne aussi, par exemple comme admirateur des « Lumières » qui ne sont pas si lumineuses que cela en humanité . Il pourrait dire que les « grands hommes » sont surtout « grand » par leur principes, leurs paroles pour les occidentaux mais pas du tout dans les faits pour les amérindiens, africains polynésiens etc. (Franklin ici puis Danton après...) : « Au printemps 1776, lorsqu’il perd la bataille de New-York contre le corps expéditionnaire anglais, George Washington a une idée de génie : envoyer un messager à Philadelphie où se réuni le Conseil des treize États, et inviter les protagonistes à déclarer l’indépendance des États-Unis, avec pour préambule le texte, merveilleux, qui fondera plus tard la déclaration des droits de l’homme de la France puis des Nations unies. Et c’est ce qui advient le 4 Juillet de la même année. Benjamin Franklin, l’un des rédacteurs du texte, est alors nommé ambassadeur auprès du roi de France, avec pour mission – réussie, puisque Lafayette embarque aussitôt – d’obtenir son aide militaire contre le monarque anglais. Un soir Benjamin Franklin dîne au Procopedans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, en compagnie de sa maîtresse Mme Brillon. Un jeune révolutionnaire – qui se révélera être George Danton – le tire par la manche et l’insulte, le traite d'hypocrite : "Vous êtes fêté comme le messager, le prophète des droits de l'homme...Mai moi, ici à Paris, je ne vois qu'humiliation , arbitraire, souffrance endurée par les gens. Où sont vos droits de l'homme? A quoi servent-ils? »

Et le docteur Franklin de répondre alors à l'impudent: "Détrompez-vous. Derrière ces droits rayonne une puissance bien plus grande que n'importe quelle autre puissance dans le monde: le pouvoir de la honte."

(-p40 « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures » Jean Ziegler-D.Lafay-2018)

 

brouillon :

 

-Exemple de contradiction de l’homme, complexité sans excuser :Bernanos et Drumont : une admiration ambiguë action française, Mermoz, De Gaulle etc cas Mitterrand et autre l’anar devenu facho Gustave Hervé Cf La guerre sociale, cas HernuBousquetPaponTouvierGiscardPasquaDebréSarkoScarcini etc

 

- Rareté comme l’or cas des mines de diamant racheté par les mêmes grands possédants pour contenir la rareté donc son prix fort.

- Cas des livres parues trop compromettant pour des personnes qui ont les moyens et rachètent tout le stock pour le détruire, traduction des livre différente ou livres avec passages « épurés »

- place énorme du militaire dans le syst et dégât des origines volontairement occulté, changement du climat cache empoisonnement.

- « Les grandes conférences onusiennes resteront une fausse piste tant qu’elles consisteront à tenter de résoudre un problème sans gêner le système qui le génère (ce dernier objectif étant le seul à être respecté, notons-le au passage). »... « L’horloge sonne l’heure de la réinvention. À nous de déployer nos plus belles créativités, de proposer des imaginaires inspirants pour que chacun réalise que loin d’être en compétition, lutte sociale et lutte écologique se renforcent.

Nulle société possible dans un monde en effondrement écologique ; nulle stabilité durable possible dans un monde où l’homme se comporte en maître et possesseur, sans limite, de tout ce qui vit à ses côtés ; nul bien-être ou bonheur possible dans un univers de dissonances cognitives. Travaillons ensemble pour poser les bases d’une société respectueuse de l’altérité sachant s’autolimiter de façon lucide et humble, solidaire et digne.

Un sursaut. »

sur https://reporterre.net/La-civilisation-a-atteint-son-seuil-de-contre-productivite

cas nuc, image sarko sur cheval camarguais avec journalistes sur carriole, deux argentins, gare Brotteaux,

« stratégies rhétoriques du libéralisme nécessaires pour justifier l’empire » car c’est bien colonialisme républicain idéologie qui condamne à s’agrandir, bouffer l’autre sous peine d’être dévoré cf dialogue Latouche-

-L’interet des puissants d’atomiser les gens cas elec eau etc carseules les grandes firmes peuvent avoir avec etat parti complice des lois renseignemnt opportun des tarif préferentiel (principe de grosse consommation faible prix non juste pour petit car payent plus cher le forfait ou l’accès au réseau etc.

- prétention bourgeoise à vouloir nourrir le monde droit de l’homme etc alors que plûtot instruments politiques de domination ; Vu cas OMS indépendance impossible petit pays n’ont pas les moyens d’envoyer des représentants etc -

Cas AIEA dominé par US ainsi que brevets OMPI et autres institutions Cf l’ONU contre les droits, OMC FMI avec les Tafta Ceca et-cetera les députés continuent de voter les plein pouvoir à l’argent roi

et le conseil constitutionel est inconstitutionnel et ment (cas semences)

- Ils (on) ne veulent(peut)pas juger l’impérialisme car ils n’ont pas juger le colonialisme et pas entièrement le nazisme

- cas des christian procès BURE puis Nancy

- ce qu’avait dit l’hommefemme sur le samouraï

 

Amusé d’entendre les propos de soit-disant opposant politique actuel sur la contestation des gilets jaunes. Des Ripouxblicain, les nostalgiques de l’impérialisme à la papa, les pseudo socialistes, des cen-triste et les partis racistes et xénophobes (en dernier recours pour les puissants comme il y a 80 ans). Car à l’échelle des 500 ans d’esclavagisme puis de colonialisme qui continu sous forme de dictature de la dette et du bluff de la société de marché, ils étaient encore au pouvoir il n’y a pas 5mn et le gouvernement actuel n’est que le prolongement de leur prévarication à tous de longue date. Plus spécifiquement pour le cas de la France On peut remonter à plus de 250ans, le temps des fameuses Lumières...

 

 

Éteignez les Lumières de la fable humaniste et droit de l’hommiste

Le dévoiement d’une Révolution (le prétexte de la liberté cf l’homme révolté A:Camus, ou voir Charbonneau , Laborit etc Adorno qui prévaut une révolution des idées ou de la pensée)

Éteignez les Lumières … et allumons le feu

La guerre, la pollution de l’air et de la Terre c’est la faute à Voltaire, la pollution de l’eau et la montée des eaux c’est la faute à Rousseau...

Et toujours la double pensée libérale (Michea) « le prétexte de la liberté »

voir les droits de l’hommiste us puis f comme société des amis des noirs anglais puis f partis des colon britannique aux Amériques pour répandre « la civilisation » « éclairer le monde » et autres mortels discours pompeux, verbiages prétentieux, prétentions à l’universelle et à la liberté « Au nom du peuple français » Bien avant « le travail rend libre » etc

« La liberté du libre renard dans le libre poulailler » cette phrase résume tellement bien l’idéologie actuelle qu’elle a été complètement inversée voire réduite en pièces sur les moteurs de recherche dit « libres et indépendants »…

Voir « La cité perverse-Libéralisme et pornographie » de Dany Robert Dufour (idéologie Chrétienne à l’origine du désastre cf Guy Demenge, « La grande Transformation » de Karl Polanyi, « La menace nucléaire » de Gunter Anders, « Un si fragile vernis d’humanité », « L’ère des ténèbres » Michel Terestchenko, « Etrange défaite » Marc Bloch, confirmé par « Le choix de la défaite », « industriels et banquiers sous... » etc Annie Lacroix-Riz, « Eichmann à Jérusalem » Hannah Arendt.

Henri Laborit Simone Weil Bernard Charbonneau Jacques Ellul Tolstoï

Damasio rejoint laborit : Spinoza avait raison (contre Descartes)

montrer le dévoiement dès le début alors que semble partir de bons sentiments et cela s’est reproduit souvent depuis que l’homme occidentale a rayé tous les autres de leur essence.

Montrer encore une fois la contradiction de l’homme blanc.

 

Voir aussi le mythe du progrès hérité des Lumières « gauche non exempte » qui se transforme en perte de liberté, la violence engendre la violence, la plupart des révolutions violentes ont engendré et poursuivi la violence.

(Recensions pour tenter d’expliquer l’impensée des nucléocrates et l’arrogance des « élites » françaises et occidentales, et autres grands bourgeois qui restent dans leur bulle, droits dans leur bottes jusqu’à l’extinction finale.

Aussi tentative non désespérée de leur foutre un bon coup de pied au cul salutaire et populaire donc, par ceux d’en Bas.

« L’État nucléaire voit du jaune partout » (Décembre 2018)

Voir liens « contre scientisme » et « luttes pour neveux de Marcel Mauss » sur http://elianguesard.unblog.fr/

premières recensions :

 

Lewis Mumford (1973) : « Je me battais pour ce qu’il restait de démocratie. Parce que je comprenais que la démocratie est une invention de petite société. Elle ne peut exister qu’au sein de petites communautés. Elle ne peut pas fonctionner dans une communauté de 100 millions d’individus. 100 millions d’individus ne peuvent être gouvernés selon des principes démocratiques. J’ai connu une enseignante qui avait proposé à ses élèves, au lycée, de concevoir un système basé sur une communication électrique, avec une organisation centrale, permettant de transmettre une proposition à l’ensemble des votants du pays, à laquelle ils pourraient répondre « oui » ou « non » en appuyant sur le bouton correspondant. À l’instar de ses étudiants, elle croyait qu’il s’agissait de démocratie. Pas du tout. Il s’agissait de la pire forme de tyrannie totalitaire, du genre de celle qu’impose le système dans lequel nous vivons. La démocratie requiert des relations de face-à-face, et donc des communautés de petites tailles, qui peuvent ensuite s’inscrire dans des communautés plus étendues, qui doivent alors être gouvernées selon d’autres principes. Je défendais la démocratie parce qu’il s’agit de quelque chose de fondamental. […] Au contraire, je m’aperçus que ce que les économistes ont récemment nommé l’Age de la machine ou l’Age de la puissance avait son origine, non dans la prétendue révolution industrielle du XVIIIe siècle, mais au tout début dans l’organisation d’une machine archétypique, formée d’éléments humains. »[egypte-moyen-orient]» […]« Tôt ou tard, à ce que suggère cette analyse, nous devons avoir le courage de nous demander : cette association d’une puissance et d’une productivité peu communes avec une violence et une destruction tout aussi peu communes est-elle purement accidentelle ? […]« La vie, dans sa plénitude et son intégrité, ne se délègue pas ».[…] Il percevait très lucidement les travers psychologiques qui encouragent la réalisation des techniques autoritaires :
« Les inventeurs des bombes atomiques, des fusées spatiales et des ordinateurs sont les bâtisseurs de pyramides de notre temps : leur psychisme est déformé par le même mythe de puissance illimitée, ils se vantent de l’omnipotence, sinon de l’omniscience, que leur garantit leur science, ils sont agités par des obsessions et des pulsions non moins irrationnelles que celles des systèmes absolutistes antérieurs, et en particulier cette notion que le système lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie.[…]
Tels les pharaons de l’âge des pyramides, ces serviteurs du système identifient ses bienfaits à leur propre bien-être ; comme le dieu-roi, leur apologie du système est un acte d’auto-adoration ; et comme le roi encore, ils sont en proie à un besoin irrépressible et irrationnel d’étendre leurs moyens de contrôle et de repousser les limites de leur autorité. »

Dans Le Mythe de la machine, il ajoutait :

« Les gens sains psychologiquement n’ont aucun besoin de d’abandonner à des phantasmes de puissance absolue […]. Mais la faiblesse cruciale d’une structure institutionnelle réglementée à l’excès — et presque par définition la « civilisation » fut dès le début règlementée à l’excès —, c’est qu’elle ne tend pas à produire des gens sains psychologiquement. La rigide division du travail et la ségrégation des castes produisent des caractères déséquilibrés, cependant que la routine mécanique normalise — et récompense — les personnalités compulsives qui ont peur d’affronter les embarrassantes richesses de la vie. » […]Il soulignait aussi une différence fondamentale entre les pratiques autoritaires des organisations de masse du passé et de la nôtre actuelle :
« La technique actuelle se distingue de celle des systèmes du passé, ouvertement brutaux et absurdes, par un détail particulier qui lui est hautement favorable : elle a accepté le principe démocratique de base en vertu duquel chaque membre de la société est censé profiter de ses bienfaits. C’est en s’acquittant progressivement de cette promesse démocratique que notre système a acquis une emprise totale sur la communauté, qui menace d’annihiler tous les autres vestiges démocratiques. »[…]En outre, toujours dans ce livre, Mumford faisait remarquer, à juste titre, qu’une certaine mentalité mathématiste, scientiste, qui appréhende le monde uniquement comme un ensemble de mécanismes et d’équations, était à l’origine de l’idéologie machiniste qui domine la civilisation industrielle :
« Sous ce nouveau règne de la science, ce fut le monde organique, et surtout l’homme, qui eut besoin de rédemption. Toutes les formes vivantes doivent être harmonisées avec l’image mécanique du monde en étant fondues, pour ainsi dire, et remodelées pour se conformer à un plus parfait modèle mécanique. […] Ce n’est qu’en rejetant la complexité organique, en la purifiant par l’abstraction et la stérilisation intellectuelle, en faisant l’ablation des organes internes de l’homme, en enveloppant les restes dans des bandelettes de momie de l’idéologie, que l’homme pouvait devenir aussi parfait, aussi fini — fini dans tous les sens du mot ! — que ses nouveaux artefacts mécaniques. Afin d’être racheté de l’organique, de l’autonome et du subjectif, l’homme doit être transformé en machine, ou, mieux encore, devenir partie intégrante d’une machine plus vaste, qui aiderait à créer la nouvelle méthode. […]Les complexités écologiques de l’existence outrepassent l’esprit humain, bien qu’une partie de cette richesse constitue une partie intégrante de la propre nature de l’homme. Ce n’est qu’en isolant pour un temps bref quelque petit fragment de cette existence qu’on le peut momentanément saisir : nous n’apprenons que d’après les échantillons. En séparant les qualités primaires des secondaires, en faisant de la description mathématique le critère de la vérité, en n’utilisant qu’une partie de la personne humaine afin de n’explorer qu’une partie de son environnement, la science nouvelle parvint à transformer les attributs les plus significatifs de la vie en phénomènes purement secondaires, étiquetés pour être remplacés par la machine. C’est ainsi que les organismes vivants, dans leurs fonctions et propos les plus typiques, devinrent superflus. »[…]« À mesure que la puissance mécanique augmenta, et que la théorie scientifique elle-même, grâce à de plus amples vérifications expérimentales, devint plus adéquate, la nouvelle méthode élargit son domaine ; et chaque démonstration nouvelle de son efficacité affermit le plan théorique branlant sur lequel elle reposait. Ce qui débuta dans l’observatoire astronomique finit par aboutir à notre époque à l’usine commandée par ordinateur et fonctionnant de manière automatique. En premier lieu, le savant s’exclut soi-même, et avec soi-même une bonne partie de ses potentialités organiques et de ses attaches historiques, de l’image du monde édifiée par lui. À mesure que ce système de pensée se répandait en tous les domaines, le travailleur autonome, jusque dans son aspect mécanique le plus réduit, allait être progressivement exclu du mécanisme de production. Finalement, si de tels postulats ne sont pas remis en question, et si les procédures institutionnelles demeurent inchangées, l’homme lui-même sera coupé de toute relation significative avec n’importe quelle partie de l’environnement naturel ou de son propre milieu historique. […]Les éléments qui manquent au modèle mécanique grossièrement schématisé de Descartes, ainsi qu’au point de vue scientifique qui, de façon consciente ou inconsciente, a pris la succession de ce modèle, sont l’histoire, la culture symbolique, l’esprit, en d’autres termes la totalité de l’expérience humaine non seulement telle qu’elle est connue, mais telle qu’elle est vécue ; en effet, toute créature vivante connaît de la vie quelque chose que même le plus brillant biologiste ne saurait découvrir qu’en vivant. Ne s’occuper que des abstractions de l’intelligence ou du fonctionnement de machines, et ignorer les sentiments, les phantasmes, les idées, revient à substituer des squelettes blanchis, manipulés par des fils de fer, à l’organisme vivant. Le culte de l’anti-vie débute secrètement en ce point, avec sa tendance à pratiquer l’ablation des organismes, et à contracter les besoins et désirs humains pour se conformer à la machine. […] »oujours dans Le Mythe de la machine, il montrait comment la science était devenue la « nouvelle religion de l’âge industriel », pour reprendre la formule du titre du livre de Guillaume Carnino :
« Les découvertes scientifiques, réalisées en de nouveaux domaines, ne restaient plus à l’écart, inactives : elles se prêtaient à une exploitation immédiatement profitable pour l’industrie ou la guerre. En ce point, la science elle-même devint le maître modèle, la technologie des technologies. Dans ce nouveau milieu, la production en série de connaissance scientifique alla de pair avec la production en série d’inventions et de produits dérivés de la science. Ainsi l’homme de science en vint-il à posséder un nouveau statut dans la société, équivalent à celui qu’avait eu le chef d’industrie. Lui aussi était engagé dans la production en série ; lui aussi traitait d’unités standardisées ; et sa production pouvait s’évaluer de plus en plus en termes d’argent. Même ses articles scientifiques personnels, ses prix et ses récompenses, avaient une « valeur d’échange » en termes pécuniaires : ils déterminaient les promotions universitaires, et augmentaient la valeur marchande des cours et consultations. […]
En tant qu’opérateur au sein de cette technologie orientée vers la puissance, le savant lui-même devient un serviteur d’organisations corporatives, acharnées à élargir les limites de l’empire. »

Et inlassablement, il dénonçait la finalité inhumaine et le processus déshumanisant de la mécanisation :

« Si la première étape dans la mécanisation, voilà cinq mille ans, fut de réduire l’ouvrier à la condition d’homme de peine docile et obéissant, le stade final que l’automation promet aujourd’hui consiste à créer un complexe électronique, mécanique, indépendant, n’ayant même plus besoin de pareilles non-entités serviles. »[…le reste de l’article consacre les nombreuses contradictions de Mumford comme beaucoup d’autres. Cela montre nos limites pour tenter « d’expliquer » les choses ; on peut se baser je pense sur le fait qu’ils ont fait des contributions importantes dans leurs limites d’homme toujours contradictoire, tout en soulignant ces contradictions. Sur la phrrase de reclus je n’avais pas la même interpretation mais c’est vrai qu’il était scientiste et suprémaciste, humain anthropocentrique etc. Plus loin on sent encore cette aliénation de la religion chrétienne qui aussi affectée Mumford « la natur à la disposition de l’homme avec un grand H...]
vu sur http://partage-le.com/2018/11/lewis-mumford-et-la-critique-de-la-civilisation/
exemple de honte : l’argent roi https://www.youtube.com/watch?v=YBe394KeW3Y

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Origine et critique civilisation

« Bien avant l’apparition de la société bourgeoise, le rationalisme grec avait légitimé le statut des femmes qui faisait d’elles pratiquement des biens meubles, et la morale hébraïque avait placé entre les mains d’Abraham le pouvoir de tuer Isaac. Cette réduction de l’humain à l’objet, que ce soit comme esclave, comme femme ou comme enfant, trouve son exact parallèle dans le pouvoir de Noé de nommer les animaux et de les dominer, d’asservir à l’homme le monde vivant. Ainsi, nés des deux sources essentielles de la civilisation occidentale, l’hellénisme et le judaïsme, les pouvoirs prométhéens du mâle se sont rassemblés en une idéologie de la rationalité répressive et de la morale hiérarchique. La femme est devenue l’incarnation de la fonction biologique, l’image de la nature, écrivent Horkheimer et Adorno, et l’assujettissement de celle-ci a constitué le titre de gloire de cette civilisation. » (Pour une société écologique, Christian Bourgois, 1976)

« Il y aura des leaders partout, chaque fois qu’une lutte sera engagée. L’existence de leaders conduit-elle nécessairement à l’existence d’une hiérarchie ? Absolument pas ! Le mot leader ne devrait pas nous faire peur au point de ne pas reconnaître que certains individus ont plus d’expérience de maturité, de force de caractère, etc. que d’autres. […] J’ai énormément de difficultés avec les anarchistes qui rejettent complètement toute direction. […] Il est tragique que les mots avant-garde et leader aient été discrédités par la Nouvelle gauche pendant les années 1960, à cause des expériences du stalinisme et du léninisme. Dans bien des révolutions, ils ont été infiniment importants ; des leaders et des organisations décidées ont porté en avant les révolutions et, en l’absence de telles personnes décidées, des révolutions ont échoué. » (Entretien avec Janet Biehl, 12 novembre 1996, Le Municipalisme libertaire, Éditions Écosociété, 2014)

« Chercher querelle à un tel système [capitaliste] au sujet de ses valeurs, tenter de l’effaroucher avec les conséquences de la croissance, revient à lui reprocher ce qui constitue son métabolisme même. Autant persuader une plante de renoncer à la photosynthèse que de demander à l’économie bourgeoise de renoncer à l’accumulation du capital. D’ailleurs, à qui s’adresser ? L’accumulation n’est pas déterminée par le bon ou le mauvais vouloir des bourgeois pris individuellement mais par la relation mercantile même que Marx a si judicieusement désignée comme la cellule de base de l’économie bourgeoise. Ce n’est pas la perversité du bourgeois qui suscite la production pour la production, mais le complexe même du marché, auquel il préside et auquel il succombe. En appeler à ses préoccupations humaines contre ses préoccupations économiques, c’est s’aveugler sur ce fait élémentaire que son pouvoir même est fonction de son être matériel. » (Pour une société écologique, Christian Bourgois, 1976 — en langue anglaise : 1964)

extraits de https://www.revue-ballast.fr/labecedaire-de-murray-bookchin/

voir aussi S Weil contre le colonialisme, Le partage, S. Bouamama etc

rejoint aussi Melchior, DR Dufour origine Chrétienne du capitalisme libéralisme

 

 

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Premiers mots sur universalis encyclopédi…Paradoxe contradiction de l’homme qui se résume à soif d’égo puissance mieux dit par Cf Laborit fondamentaux

Mise en cause problème et question JM Goulemot

« L'histoire du xxe siècle a mis à mal le bel optimisme kantien sur la maturité réflexive enfin acquise par une humanité libérée de son aliénation, devenue libre de penser par elle-même et d'user sans limites de sa raison. Jamais l'aliénation causée par les idéologies totalitaires ou les fondamentalismes n'a été aussi présente. Pour certains, cette occultation des Lumières tient aux Lumières elles-mêmes. Les membres de l'école de Francfort – Adorno et Horkheimer dans leur Dialectique de la raison, notamment – y voient même l'origine de la barbarie qui a dévasté le xxe siècle. L'homme universel et abstrait, le recours absolu à la raison qu'elles postulent ont indirectement permis la déshumanisation totalitaire. À vouloir oublier la part d'ombre qui habite l'homme, à ignorer les déterminations économiques et sociales qu'il subit, on finit par faire de lui la victime désignée des faux rationalismes. Et le nazisme ne fut-il pas une abstraction et une sérialisation de l'homme poussées à la limite ?

 

La psychanalyse conduit à douter du rôle imparti à la raison par les Lumières, même si elle partage avec elles la volonté de comprendre et de dépasser les apparences, d'aller au cœur des choses. En reconnaissant à l'homme sa part de mystère et d'ombre, en insistant sur les ruses de la raison, en soupçonnant la croyance au progrès d'être un leurre (Freud dans Malaise dans la civilisation), la psychanalyse rompt avec une vision comptable du savoir et avec l'optimisme des Lumières. Au Voltaire « dernier philosophe heureux », ainsi que le définissait Roland Barthes, elle préfère les noirceurs sadiennes et le doute qui très tôt s'insinue dans son histoire quant à l'évidente clarté de la philosophie. La psychanalyse non seulement s'interroge sur l'anthropologie des Lumières, mais elle propose un mode de compréhension des faits qui s'en éloignent. Freud n'est pas hostile aux Lumières. Il se situe hors de leur problématique et de leur espace spécifique. »

 

A/ Vers la colonisation française en Afrique, De « nouvelles colonies » pour les Lumières et la Révolution

Archipel 269 avril 2018

« ...pourquoi, au sortir de la révolution française, la France s’est-elle embarquée avec un telle brutalité dans la colonisation de l’Afrique du nord puis de toute l’Afrique ? » ... « pour comprendre comment s’est forgée cette nouvelle « utopie coloniale », c’est au contexte philosophique des Lumières, de la Révolution française et des débuts du socialisme qu’il faut en revenir.

...dès le 18ème siècle que cette idéologie colonialiste aurait commencé à prendre forme, dans le choc entre la crise du système colonial de l’Ancien Régime et les profonds bouleversements politiques induits dans la foulée par la révolution française. Avant la révolution, à l’époque de la monarchie absolue, la France constituait l’une des principales puissances coloniales du monde, aux côtés de l’Espagne, du Portugal, de la Hollande et de l’Angleterre. Au milieu du 18ème siècle, toute une partie de l’Amérique du Nord et de l’Inde étaient sous son contrôle, tout comme les principales îles esclavagistes des Antilles, qui produisaient alors la majeur partie du sucre, du café et du coton importé en Europe. Mais suite à la guerre de sept ans menée entre la France et l’Angleterre sur trois continents, le territoire des colonies françaises avait été drastiquement réduit, passant de près de 4 millions de km² à 40000 après la signature en 1763 du traité de paix définitif entre les deux pays.

A partir de 1791, le soulèvement général à Saint-Domingue, la plus riche colonie de l’époque, acheva de déstabiliser totalement le système colonial français. Les autres puissances européennes, quant à elles, se trouvaient alors profondément remises en question par les velléités indépendantistes des bourgeoisies coloniales : en Amérique du nord, treize anciennes colonies anglaises démarraient en 1776 la guerre pour l’indépendance de ce qui deviendra les États-Unis, tandis que des mouvements similaires commençaient à éclore dans les colonies hispaniques des Amériques.

C’est dans ce contexte de crise du système colonial de l’Ancien Régime que les structures mêmes du gouvernement français se trouvèrent profondément remises en question par la Révolution. Les privilèges de la noblesse et du clergé furent abolis, les biens fondamentaux redéfinis, et les nouveaux idéaux de « liberté, égalité, fraternité » et « des droits de l’homme et du citoyen » apparurent. Mais quelle posture cette France « révolutionnaire » allait-elle adopter à l’égard des colonies ? Faute d’intérêt réelle sur le sujet, on se persuade souvent que ce n’est que bien après, au cours du 19è qu’une « idéologie coloniale » se serait vraiment développée. Hors, c’est justement dans la période qui suit immédiatement la Révolution de 1789 que se dessine un projet colonial « moderne ».

Comme le souligne JL Marçot, face à la censure et aux blocages politiques de l’ancien Régime, au 18ème, le « désir d’ailleurs » était particulièrement répandu chez les intellectuels et les philosophes dits « des Lumières ». La perspective d’une révolution politique étant alors encore difficilement envisageable, ce n’est pas vraiment en Europe qu’un « monde idéal » était imaginé, mais sur d’autres parties de la planète. A ce sujet le genre littéraire de « l’utopie » pratiqué alors par les intellectuels depuis deux siècles et demi, ne consistait pas seulement à désigner en creux les tares des gouvernements, comme on le ressasse souvent : il traçait aussi un »plan de la colonie idéale »...Le livre L’utopie de Thomas More [1535] en est l’illustration complète : le héros, Utopus, s’empare d’une région appelée « Terre d’Abraxa » qu’il va rebaptiser, peupler et séparer du continent grâce à ses soldats et aux « indigènes » qui vont couper l’isthme qui l’amarrait à la terre ferme. Les indigènes qui résistent au bonheur que les Utopiens veulent leur inculquer y sont réduits en esclave et condamnés aux tâches les plus viles et les plus pénibles. Lorsqu’ils se révoltent, « on les tue comme des bêtes féroces » et « si l’île entière se trouvait surchargée d’habitants, une émigration générale serait décrétée. Les émigrants iraient fonder une colonie dans le plus proche continent, où les indigènes ont plus de terrains qu’ils n’en cultivent. La colonie se gouverne selon les lois utopiennes, […] si les colons rencontrent une nation qui repousse les lois de l’Utopie, ils chassent cette nation de l’étendue du pays qu’ils veulent coloniser, et, s’il le faut, ils emploient la force des armes ».

« Si, à l’exemple de Thomas More, de nombreux ouvrages mettaient alors en scène la fondation d’une société idéale dans le « nouveau monde », beaucoup de philosophes des Lumières étaient cependant extrêmement critiques face au système esclavagiste qui y avait été mis en place, tout particulièrement dans les Antilles. Et ce sont plutôt les essais de communautés idéales, d’inspiration souvent religieuses, que des Européens étaient partis fonder aux Amériques qui font l’objet d’une certaine fascination de leur part, notamment Philadelphie et la Pennsylvanie, fondées par les quakers au17è. A la fin du 18è, la Pennsylvanie attirait en effet de nombreux colons venant de toute l’Europe et Philadelphie était devenue la plus grande ville d’Amérique du nord. Les philosophes des Lumières y jouissaient d’un crédit particulièrement important, relayé notamment par des personnages tels que Benjamin Franklin, fondateur de l’université de Pennsylvanie et de la société américaine de philosophie. Dans son Essais sur les mœurs et l’esprit des nations, Voltaire fait l’apologie de la colonie, ventant un établissement exempt de violence et d’usurpation, dont le terrain aurait été acheté aux indigènes, qui y vivraient en « bonne intelligence » avec les Européens…

Paradoxalement, c’est alors au sein du mouvement dit « abolitionniste », très inspiré par le quakers, que la fondation en Afrique d’un projet colonial « modernisé »va trouver ses plus ardents défenseurs. Marqué par la réussite économique des colonies religieuses américaines, promptes à intégrer de plus en plus d’anciens esclaves au sein de leurs nouvelles communautés chrétiennes, le mouvement abolitionniste anglais développe en effet très tôt l’idée de fonder en Afrique des colonies nouvelles dédiées à l’agriculture et au commerce et « délivrées »de l’esclavage. Dès 1786, soit près d’un an avant la fondation officielle du « comité pour l’abolition de la traite des Noirs », Granville Sharp, principal leader du mouvement abolitionniste avait convaincu le gouvernement anglais de payer les frais d’une expédition visant à réinstaller plus de 300 « Blacks Poors » (« pauvres noirs ») de Londres sur des terres en contre bas des montagnes dites de la Sierra Leone en Afrique de l’ouest. En 1790, il en rédige un manifeste : « Free English Territory in Africa ». La construction de la première « province de la liberté » à Sierra Leone ayant été un échec, une deuxième expédition rapatrie cette fois des ces américaines de la Nouvelle Écosse un millier d’anciens esclaves noirs ayant combattu aux côté de l’Angleterre durant les guerres d’indépendance américaines, aboutissant à la fondation de Freetown, future capitale des colonies anglaises d’Afrique.

L’instrumentation politique de ces rapatriements vers l’Afrique d’anciens esclaves encadrés par des prêtres évangéliques est évidente, tant à Londres, où toute une élite blanche s’inquiétait de l’augmentation du nombre de prolétaires noirs et indiens dans la ville, tout comme dans les Amériques, où les tensions « raciales » entre les communautés et esclaves affranchies étaient alors chaque fois plus fortes. Mais ces nouvelles politiques marquent la création d’un nouveau type d’établissements coloniaux en Afrique, prétendument « post-esclavagistes » aboutissant à la création des colonies britanniques de la Sierra Leone en 1808 puis de la Gambie (1843) et du Libéria américain en 1862.

En France, le mouvement abolitionniste vise alors lui aussi les mêmes objectifs : la « Société des amis des Noirs » fondée en 1788 imagine très vite contribuer à l’élaboration de nouveaux projets coloniaux, et ses objectifs sont officiellement étendus en Février 1796 à « la fondation des colonies nouvelles » et au « perfectionnement moral et philosophique des habitants des colonies, des progrès de l’agriculture, de l’industrie et commerce dans les colonies ».

Malgré la violence et la cruauté déployées aux Amériques pour s’emparer des terres indiennes, pour ces nouvelles élites des Lumières et de la Révolution bourgeoise, la pensée coloniale est donc bien loin de connaître la même réprobation morale que la pratique de l’esclavage… Au contraire, elle apparaît bien vite comme un nouvel horizon, à même de canaliser les énergies révolutionnaires vers un idéal tout théorique « d’émancipation humaine ».

C’est Talleyrand, un député du Tiers-Etat, membre de la société des « Amis des Noirs » et fraîchement revenu des Etats-Unies qui, à partir de 1796, va faire de ce projet colonial un nouvel axe de la politique extérieure de la France post-révolutionnaire. Dans un discours célèbre, prononcé le 3 Juillet 1797 à l’Institut de France, devant toute les élites intellectuelles du nouveau régime, celui-ci s’exclame : « Tout presse de s’occuper de nouvelles colonies ! L’exemple des peuples les plus sages, qui en ont fait un des grands moyens de tranquillité ; le besoin de préparer le remplacement de nos colonies actuelles pour ne pas nous trouver en arrière des événements ; la convenance de placer la culture de nos denrées coloniales plus près de leurs vrais cultivateurs ; la nécessité de former avec les colonies les rapports les plus naturels, bien plus faciles sans doute, dans des établissements nouveaux que dans les anciens ; l’avantage de ne point nous laisser prévenir par une nation rivale, pour qui chacun de nos oublis, chacun de nos retards en ce genre est une conquête ; l’opinion des hommes éclairés qui ont porté leur attention et leurs recherches sur cet objet ; enfin la douceur de pouvoir de pouvoir attacher à ces entreprises tant d’hommes agités qui ont besoin de projets, tant d’hommes malheureux qui ont besoin d’espérance. »

Nommé deux semaines plus tard ministre des Relations Extérieures du nouveau gouvernement du Directoire, celui-ci va alors poser les bases de ce qui allait devenir la nouvelle doctrine coloniale de la France au 19ème siècle. Mais avant de se focaliser sur l’Afrique, les gouvernements post-révolutionnaires vont dans un premier temps lorgner sur l’Égypte et les pourtours de la Méditerranée, où se concentrent alors les nouveaux projets coloniaux du ministère.

 

 

(voir Jean-Louis Marçot « Comment est née l’Algérie française- La « belle utopie »)

Archipel 272 juillet 2018

Jean-Louis Marçot Roger Pasquier puis Marcel Dorigny

 

A1/ Le « colonialisme républicain » : une invention de Bonaparte ?

(Cas Égypte)

https://www.contretemps.eu/colonialisme-republicain-bonaparte/

 

A2/ Bien le bonjour du Sénégal

https://lavoiedujaguar.net/Bien-le-bonjour-du-Senegal-1417

 

, par Siete Nubes

Nangadef ? … (Comment ça va ?)

En chemin vers Kayes, une région du Mali limitrophe du Sénégal où je pars rejoindre de vieux amis de retour au bled, je suis en escale depuis une petite semaine à Dakar, capitale du Sénégal et qui est, avec ses quatre millions d’habitants, la plus grosse ville d’Afrique de l’Ouest. Comme on est quelques-uns à vous bassiner régulièrement avec le Mexique, je me disais que ça valait le clin d’œil de changer un peu de coordonnées, pour quelques réflexions à la con sur notre grand et beau système capitaliste... Donc voilà, un bonjour du bled, Dakar, premier volet. Comme au final je me barre au Mali, j’aurais pu commencer direct à Bamako, mais bon… Au-delà des considérations économiques qui guident mes tribulations, j’ai aussi une curiosité lancinante pour essayer de comprendre ce que c’était (ce que c’est ?) que « l’empire colonial français ». Passer par Dakar et par le Sénégal, c’était aussi une occasion de se confronter à cela : la racine historique de la colonisation française en Afrique de l’Ouest.

Alors première — bonne — claque : à part les publicités et (évidemment ce n’est pas rien !) la majeure partie des cadres normatifs (les panneaux de circulation, les consignes de l’aéroport, les émissions de télévision, etc.) qui sont presque totalement calqués sur la France, l’empreinte coloniale, c’est pas franchement la première chose qui saute aux yeux en arrivant à Dakar. Pas autant par exemple que dans les Antilles « françaises », quoi.

Dakar, comme toutes les grandes villes du « Sud », c’est d’abord le règne généralisé de l’informel. Les échoppes et la vente de rue, la foule qui vaque dehors à ses occupations, de jour comme de nuit, le sable qui envahit les rues, les mégaphones et les chants religieux du ramadan, la circulation cataclysmique, les mille et un taxis et transports collectifs… bref, le bled, avec ses variantes, mais tellement de choses en commun, que l’on soit ici à Dakar, ou à Tunis, à Hanoï, à Château-Rouge ou Mexico City. Des endroits où le capitalisme et l’empire dominent, c’est évident, mais comme un appareil de capture, un écrasement, jamais au point que la société-supermarché en vienne à y faire « civilisation » comme c’est le cas jusque dans les plus petites bourgades en Occident, où même au cœur de la campagne des gens font passer la tondeuse à gazon sur leurs terrains !

Bon, j’arrive en pleine période de ramadan, du coup forcément, ce qui impacte le plus, c’est plutôt la force culturelle du monde musulman, avec toute sa singularité bien propre au Sénégal. Les coupes de vêtements, les fêtes religieuses, les talibés dans la rue, les appels à la prière, la relative mise à l’écart de l’alcool dans les quartiers populaires (bien sensible par rapport au Mexique) et l’influence palpable des paroles du Coran, des cheikhs locaux et des confréries religieuses dans l’imaginaire social et dans toute la vie quotidienne... Toute une religiosité très marquée, ce qui ne veut pas dire, contrairement aux clichés, que les gens vont te regarder de travers pour être athée, catholique, ou ce que tu es, bien au contraire. Chacun son mode. Pour bien casser les préjugés, la famille des personnes qui m’accueille est moitié catholique, moitié musulmane…

Ici, je suis hébergé dans un quartier populaire, en grande banlieue de Dakar, à Guediawaye, derrière Pikine. Deux heures de transport depuis le centre-ville, des trajets immergés dans le grouillement de la ville… Pas trop de dépaysement avec le Mexique. Mêmes habitations de parpaing, même usage avant tout utilitaire et réduit à l’essentiel des pièces de la maison, mêmes cours intérieurs avec le robinet et les bassines, mêmes petites basses-cours (plus développé ici même, y a pas que les poules, y a même l’agneau qui passera sur le fil pour le tabaski…), même téloche qui tourne en non-stop, avec ou sans spectateur… Et un peu les mêmes débrouilles familiales : un salaire de l’usine, des formations ou des stages d’agriculture urbaine, des études sans trop de débouchés, mélangées aux coups de main et aux heures passées dans la quincaillerie du copain… Pareil, pareil, pareil même pour, je pense aujourd’hui, un bonne moitié de la population de la planète qui vit dans les villes hors Occident ! Et puis d’autres choses, un sens énorme de l’hospitalité, des enfants conscients dès tout petits des tâches et de toutes les attentions du foyer, l’intensité de la vie et de l’entraide de quartier… une petite claque, une fois de plus, sur tous nos codes implicites, tellement imprégnés d’individualisme inconscient en Occident.

Après, au quotidien, le wolof, le wolof, le wolof… Je galère un peu. Bon évidemment, le français, langue coloniale, est compris par tous… Mais c’est surtout la langue de l’école officielle, des présentateurs télé, des pubs ou des bouquins… Bref, du monde d’en haut, de la « haute société »… celle à laquelle j’aimerais bien ne pas trop être rattaché ! Claire différence avec les Amériques, où l’espagnol et les langues coloniales ont eu le temps de s’imposer à presque toute la société et d’y conquérir une place hégémonique.

Bref, Dakar, vie quotidienne, c’est la vie urbaine d’une grosse métropole, c’est clair, mais sans qu’elle soit engoncée non plus dans une modernité « à la française » ou à l’occidentale… Ça me rassure un peu, par rapport aux clichés « à la Babylone » que me colportaient quelques potes maliens sur le Sénégal ! N’empêche. La force de toute cette vie populaire urbaine n’efface pas non plus magiquement tous les stigmates de la colonisation… Difficile, en toile de fond, de mettre de côté l’histoire et la réalité de ce qu’elle a représenté, tout comme la traite négrière, tant elles ont marqué la formation du pays tout entier — comme de tous les autres États actuels d’Afrique de l’Ouest. Alors, comme c’était aussi l’objectif, un petit retour en arrière s’impose. Un sombre regard vers l’océan…

Déportés d’Gorée [1]

Gorée, l’île en face de Dakar, à l’abri du cap le plus avancé des côtes d’Afrique de l’Ouest. Point hautement stratégique pour le contrôle maritime de la région, sous la mainmise des Portugais, puis des Hollandais, avant d’être finalement conquise par les Français, qui s’acharneront à en garder le contrôle militaire face aux attaques incessantes de la marine anglaise. Port fortifié fondé au XVIIe siècle, base de ravitaillement et d’expéditions maritimes… mais, surtout, de contrôle de la traite négrière. Gorée, avec sa porte sans retour, la porte sur l’océan, devenue mythique pour les consciences africaines du monde entier. Une histoire lourde, l’esclavage, paradoxalement si ignorée et si mal connue aujourd’hui par les Français.

Forcément, on va dire, tout ça, c’est un peu mis en scène, prétexte à un nouveau tourisme de la mémoire, pour faire pleurer à bon compte en vendant des trajets en bateau, de l’artisanat et quelques souvenirs... En fin de compte, Gorée n’était « juste » qu’un comptoir à esclaves parmi d’autres, comme il y en eut sur toute les côtes africaines… Saint-Louis du Sénégal, Joal, Rufisque, Portudal, Fort Saint-James, pour ne citer que quelques autres comptoirs situés à proximité (et qu’il faudrait démultiplier par tous les autres le long des côtes guinéennes, du Bénin, de la « Gold Coast » anglophone ou de ce qu’on nomma avec le même cynisme la « Côte d’Ivoire », ou même la « côte des esclaves », et tous les autres comptoirs s’étendant du golfe du Congo jusqu’en Angola). Souvenirs d’une « brève » période récente de l’humanité. De la fin du XVe au début du XIXe siècle, pas moins de trois cent cinquante ans de traite occidentale…

La traite des esclaves, évidemment, n’était pas le monopole de l’Europe. En Afrique, des commerçants arabes et berbères en avaient instauré les rouages depuis des siècles au travers de caravanes traversant le Sahara, exploitant les traditions de soumission des vaincus si courantes dans de nombreux États africains (tout comme sur tous les pourtours de la Méditerranée), bien avant l’arrivée des Européens. Grâce au contrôle de l’océan atlantique, c’est ce circuit traditionnel de la traite vers les régions méditerranéennes que les nouveaux négriers d’Occident vont s’employer à détourner à leur profit. Mais, dès la fin du XVe siècle, c’est aussi toute une réalité nouvelle qui se met en place, fondée sur toute une abominable économie industrielle et raciste d’achat et d’exploitation de la main-d’œuvre, en vue d’approvisionner les impitoyables camps de travaux forcés des nouvelles colonies.

Un commerce de la mort, mené par les Portugais et les Hollandais dans un premier temps, avant d’être largement monopolisé par les Anglais et les Français, nouveaux maîtres des océans. Chaque année, ce sont des centaines et des centaines de navires qui seront destinés au transport des esclaves, sous la direction des armateurs du Havre, de Nantes ou de Bordeaux, pour ne citer que trois des villes françaises ayant figuré pendant plus de deux siècles parmi les capitales mondiales de cette entreprise de déportation de masse. Les données connues pour une ville comme Nantes par exemple, font état d’au moins 877 expéditions au XVIIIe siècle, soit 294 000 personnes déportées d’Afrique [2]. Les quantités d’esclaves transportés d’un bout à l’autre de l’Atlantique sont effarantes, surtout au regard de l’époque : selon les historiens, on parle, au minimum, de onze millions de femmes et d’hommes déportés d’Afrique vers les Amériques [3]. Rien qu’en Sénégambie, au XVIIIe siècle, c’est près de 300 000 esclaves qui seront déportés, sur un total de six millions pour ce siècle sur tout le continent.

Colonisation et extermination en masse des peuples originels vivant sur le continent américain. Colonisation et déportation en masse des peuples du continent africain… Tout cela afin d’ériger sur des millions d’hectares les « plantations » et les grands domaines (fincas) des Amériques, euphémisme pour désigner les campements de déportation, de travail et d’extermination créés par les Européens sur leurs colonies du « Nouveau Monde ». Elle est belle, la racine historique du capitalisme !

On viendra ensuite nous rabâcher les mêmes poncifs : le progrès, les lumières, la civilisation, et des « plus jamais ça » dégoulinant d’hypocrisie… Après avoir déporté d’Afrique pendant des siècles des femmes et des hommes par millions, aujourd’hui on vient nous bassiner à propos de la « crise migratoire » et de cette « misère du monde » qui tenterait d’envahir l’Occident. L’oubli, comme disent les zapatistes, a toujours été le meilleur allié du crime.

Bref… Pour en revenir à l’histoire du Sénégal, c’est à partir du contrôle progressif exercé par les Français sur le commerce à l’embouchure du fleuve éponyme, puis tout au long de celui-ci, que se créent les bases de ce qui deviendra la « colonie du Sénégal ». En 1628, la Compagnie normande, créée par des marchands de Dieppe et de Rouen sous le règne de Richelieu, crée un premier comptoir à l’embouchure du fleuve, déplacé en 1638 sur l’île de Bocos. Suite à un accord avec le Brak du Waalo, le souverain local, le comptoir est transféré en 1659 sur l’île de N’dar, à l’embouchure du fleuve, où est construit le fort Saint-Louis. Après ses débuts sous Colbert, en 1674, Louis XIV entérine la création de la Compagnie du Sénégal, ayant pour but explicite la collecte d’esclaves dans la région afin d’alimenter les plantations de canne à sucre en cours de fondation sur les îles de la Martinique et de la Guadeloupe, suivant le modèle anglais alors mis en place en Jamaïque.

Dès lors, tout comme sur le fleuve Gambie plus au sud, où les Anglais procèdent de même, des forts et des factoreries ravitaillées par bateau sont peu à peu construits tout au long du fleuve Sénégal, à James Toll, Podor, Matam, Bakel, Saint-Joseph de Galam… C’est dans ces fortins que, tout comme le long des côtes, les Français viennent vendre aux royaumes africains différents articles de commerce (métal, verreries, chevaux, armes et cotonnades d’Inde) en échange des esclaves capturés suite aux guerres et aux razzias qui ravagent toute la région. La demande en esclaves et les promesses de gains qui y sont liées alimentent en effet en permanence les guerres entre seigneurs locaux, favorisant l’éclatement des grands royaumes africains : dans la région sénégambienne, les seigneurs du Cayor puis du Baol se détachent ainsi du royaume du Djolof, tout comme le Siné et le Saloum plus au sud. Plus dans les terres, le même processus a lieu avec les seigneurs du Galam et du Khasso, qui, pour commercer et vendre directement des esclaves aux Européens, s’affranchissent du royaume bambara du Kaarta. Du XVIIe au XIXe siècle, les côtes de la région et les abords du fleuve Sénégal sont désormais traversés en permanence par des caravanes de captifs, tandis que de grands marchés aux esclaves se mettent en place, comme à Joal sur la côte, à Bakel dans le haut-Sénégal, ou à Médine, à quelques kilomètres de Kayes.

Si le commerce est prospère, Français et Européens sont toutefois dépendants du bon vouloir des élites régnantes de ces royaumes africains, qui n’hésitent pas à taxer sévèrement les commerçants français, voire parfois à détruire les comptoirs en question au gré de leurs guerres internes. Il n’est pas non plus sans provoquer de fortes révoltes, comme dans la région du Fouta, sur le moyen Sénégal, où en 1776, la révolution islamique toroodo tente de mettre un terme à la traite des esclaves sur le fleuve Sénégal. Mais c’est en 1791, suite au soulèvement général des esclaves sur l’île française de Saint-Domingue, dans les Antilles — « joyau » des plantations esclavagistes de l’époque —, que le système esclavagiste atteint ses limites dans les Amériques.

Au XIXe siècle, alors que la traite des esclaves est peu à peu prohibée, une nouvelle forme d’exploitation vient la remplacer : désormais, plutôt que de déporter sans fin de la main-d’œuvre servile outre-Atlantique pour assurer la production de denrées agricoles, les commerçants français et européens vont s’attacher à mettre en valeur de nouvelles matières premières, dont la production sera directement assurée par les paysans africains. De nouveaux commerces lucratifs vont alors remplacer le négoce des esclaves : celui de la gomme arabique tout d’abord, puis d’une plante dont la culture va devenir hégémonique dans toute la région : l’arachide. En réponse aux nouveaux besoins industriels de l’Europe, au milieu du XIXe siècle s’ouvre alors une nouvelle période : celle de la colonisation française de l’Afrique de l’Ouest…

(à suivre)

Siete Nubes

Notes

[1« déportés dGorée / tandis que les truies font des portées dporcs / et moi qui rêve d’or et d’argent… » Une rime de l’époque adolescente qui me reste gravé dans la mémoire, du rappeur (franco-sénégalais) Booba, bien avant l’actuel « DKR », le vidéo-clip que mes neveux adoptifs n’arrêtent pas d’écouter en boucle…

[2] Guy Thilmans, 2010, Informations sur l’esclavage, Éditions du musée historique du Sénégal.

[3] Paul E. Lovejoy, 2000, « Transformations in slavery. A history of slavery in Africa », African Studies Series, Cambridge University Press.

 

 

B/ De la révolution française à la naissance de l’impérialisme républicain

Archipel 272 juillet 2018

En France c’est principalement par le biais de la Société des amis des Noirs et de la revue La Décade Philosophique, toutes deux extrêmement influentes dans les milieux dirigeants du gouvernement post-révolutionnaire du Directoire (1795-1799) que selon l’historien Bernard Gainot, va s’imposer cette idéologie de la « colonisation nouvelle » visant à « régénérer » le système économique des îles antillaises en y inventant une économie post-esclavagiste, tout en incitant à la fondation en Afrique d’établissements coloniaux d’un nouveau type, à l’exemple de la toute nouvelle colonie anglaise de la Sierra Léone.

L’un des meilleurs spécialistes de cette période, l’historien Marcel Dorigny, a notamment montré comment, dans leurs écrits abolitionnistes, les intellectuels gravitant autour de la Société des Amis des Noirs, tels que l’Abbé Grégoire, Mirabeau, Brissot, Clavière, Lanthenas ou Bonnemain mettaient tout particulièrement l’accent sur les richesses agricoles et minières de l’Afrique dont l’exploitation aurait jusque là été délaissées à cause de la traite négrière. En abolissant la traite, il s’agissait d’inciter, selon ces « philosophes », au développement d’échanges économiques plus fructueux entre l’Europe et l’Afrique, fondés sur une exploitation économique plus « rationnelle » du continent. Pour cela, les membres de la Société se proposaient de transformer les futurs établissements coloniaux en lieux de mise en pratique auprès des « peuples primitifs » de la « science européenne » et de la « pédagogie des droits de l’homme », car l’esclavage avait, selon leurs vues, transformé les peuples africains en « êtres incapables de raisonner ». Dans la fable humaniste de la nouvelle idéologie des Lumières, à la différence du passé, la colonisation devenait ainsi « un acte profitable avant tout aux populations africaines elles-mêmes »…

Un justificatif moral pour la colonisation

C’est ainsi que, dans la pensée des nouvelles élites révolutionnaires, la colonisation devint un véritable impératif moral de « civilisation ». L’un des principaux pilier du mouvement abolitionniste, Carl Bernhard Wadström, l’explique clairement dans son Essai sur la Colonisation, l’un des ouvrages les plus lus et commentés dans les milieux intellectuels de l’époque : « L’établissement de l’empire de l’intelligence sur la volonté, elle-même influencée par les affects, est la conséquence de ce que nous nommons éducation ou civilisation. (…) Les sociétés peuvent être divisées en civilisées et non-civilisées ; et les tâches correspondant aux premières sur les dernières sont similaires à celles des parents vis-à-vis des enfants : car les nations non-civilisées tout comme les enfants, sont gouvernés par les affects, leur intelligence n’ayant pas été cultivée ».

Mais c’est dans les écrits d’un illustre participant de la Société des Amis des Noirs, le mathématicien Condorcet, considéré comme l’une des principales figures de la philosophie et de la révolution française, que l’on peut le plus approcher de ce qui allait constituer le coeur de l’idéologie coloniale républicaine. Dans son œuvre posthume, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, celui-ci soumettait aux scientifiques, philosophes et révolutionnaires occidentaux la tâche historique de « libérer les peuples du monde » et d’éradiquer l’arriération « au-delà des frontières de l’Europe ». Convaincu que l’humanité suit la voie inéluctable du progrès scientifique vers le bonheur, Condorcet définissait, dans la dixième et dernière période de son tableau historique du progrès humain, différentes tâches dont l’accomplissement permettrait de hâter le chemin de l’humanité vers la « perfection ».

En tout premier lieu, afin que les nations puissent se rapprocher de « l’état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains » , et que soit abolie la distance immense qui sépare ces peuples de la « servitude des nations soumises à des rois, de la barbarie des peuplades africaines et de l’ignorance des sauvages », il s’agissait de parcourir les diverses nations, pour voir dans chacune « quels obstacles particuliers s’opposent à cette révolution. Ou quelles dispositions la favorisent ; nous distinguerons celles où elle doit être doucement amenée par la sagesse peut-être déjà tardive de leurs gouvernements, et celles où, rendu plus violente par leur résistance, elle doit les entraîner eux-mêmes dans ses mouvements terribles et rapides. »

Bien au-delà de l’Afrique, le champ d’action réservé par cette grande figure de la philosophie des Lumières aux nouveaux révolutionnaires se voulait en effet planétaire : « ces vastes pays lui offriront ici des peuples nombreux, qui semblent n’attendre, pour se civiliser, que d’en recevoir de nous les moyens, et de trouver des frères dans les Européens, pour devenir leurs amis et leur disciples ; là, des nations asservies sous des despotes sacrés ou des conquérants stupides, et qui, depuis tant de siècles, appellent des libérateurs ; ailleurs, des peuplades presque sauvages, que la dureté de leur climat éloigne des douceurs d’une civilisation perfectionnée, tandis que cette même dureté repousse également ceux qui voudraient leur en faire connaître les avantages ; ou des hordes conquérantes, qui ne connaissent de loi que la force, de métier que le brigandage ».

Cependant, « les progrès de ces deux dernières classes de peuple seront plus lents, accompagnés de plus d’orages ; peut-être même que, réduits à un moindre nombre, à mesure qu’ils se verront repoussés par les nations civilisées, ils finiront par disparaître insensiblement, ou se perdre dans leur sein... » . Dans cette synthèse ramassée, comme le note Jean-Louis Marçot, Condorcet laisse ouvertes toutes les options, de l’élimination par le refoulement à l’élimination par l’assimilation des premiers occupants : un avenir radieux en perspective pour tous les peuples du monde, comme les massacres et les exterminations coloniales du 19è viendront l’illustrer par la suite…

C’est en tout cas ce programme de « civilisation » au nom du « progrès de l’esprit humain» qui, à partir de 1795, sera amplement publié, enseigné et diffusé dans toute la France par décision officielle du gouvernement de la Convention thermidorienne. Ayant posé les bases théoriques du programme d’instruction scolaire de la toute nouvelle République française, l’influence de l’Esquisse de Condorcet n’a cessé d’être déterminante dans la formation des élites républicaines, de 1795 jusqu’à nos jours, tout particulièrement dans les milieux scientifiques et chez les mathématiciens, auxquels il attribuait la tâche spécifique de guider l’humanité vers la perfection.

Un de ses amis mathématicien Gaspard Monge, allait jouer un rôle central dans la diffusion de cet idéal colonial au sein des nouvelles élites. D’abord enseignant à l’école d’artillerie militaire de Mézières, il devient par la suite, sur la suggestion de Condorcet, ministre de la Marine et des Colonies. Mais c’est surtout en 1795, à travers la fondation de l’École polytechnique sous le patronage du mathématicien et commissaire à la guerre Lazare Carnot, que cet idéal colonial et progressiste va durablement se répandre chez les élites. Comme nous allons le voir par la suite, Monge et toute l’École vont jouer un rôle majeur dans la planification scientifique et militaire, en 1798, de la première grande opération coloniale du nouveau régime post-révolutionnaire, l’ « expédition d’Égypte ». Et c’est justement de ses rangs que sortiront Lamoricière, Cavaillac, Faidherbe, Archinard et une grande partie des officiers militaires responsables de la colonisation de l’Algérie et de la construction du nouvel empire colonial de la République.

 

Les nouveaux missionnaires de la « République universelle »

L’orientation militariste et coloniale du nouveau régime issu de la Révolution française n’avait pourtant au départ rien d’une évidence. Bien que la croyance dans la supériorité de la Raison et dans la tâche « civilisatrice » de l’Occident ait été très consensuelle parmi les philosophes dits « des Lumières » ( à l’exception notable de Rousseau), les premiers débats de l’Assemblée constituante issue de la Révolution étaient au départ marqués par le pacifisme, et totalement hostiles aux politiques de conquêtes territoriales. Ainsi, lorsqu'en mai 1790, le roi Louis 16 tente de justifier auprès de l’Assemblée constituante une opération navale de soutien militaire à l’Espagne, alors en conflit avec l’Angleterre à propos de leurs possessions coloniales au nord de la Californie américaine, un vaste débat sur la guerre s’engage parmi les représentants révolutionnaires, qui vont finalement adopter par décret, le 22 mai 1790, le fait que « la nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et qu’elle n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple ».

La position pacifiste de l’Assemblée constituante issue de la Révolution représenta alors une rupture inédite dans la diplomatie des États, et fut acclamée par la société civile de nombreux pays européens.

[rectifié wiki : « Selon Jean-Paul Bertaud « cette déclaration de paix au monde était moins dictée par un pacifisme doctrinal que par le souci d'éviter un accroissement du pouvoir royal. Le Roi, chef des armées, en cas de victoire, en retirerait tout bénéfice et pourrait dicter sa politique aux députés de l'Assemblée .

L'Assemblée législative déclare finalement la guerre au roi de Bohême et de Hongrie le 20 avril 1792, arguant d'une guerre contre un souverain plutôt que contre un peuple1. ]

Mais elle fut de bien courte durée : moins de deux ans plus tard, en avril 1792, la France révolutionnaire prenait cette fois-ci l’initiative d’une guerre offensive contre les troupes de l’empereur d’Autriche, puis contre la plupart des monarchies européennes. Invasion des territoires[…]. De 1792 à la chute de Napoléon en 1815, la France ne cessera dès lors de pratiquer une politique de conquête et d’invasion militaire dans toute l’Europe.

Or, ce ne sont ni les militaires, ni les plus radicaux des révolutionnaires qui vont inciter la Révolution française à se tourner vers une politique d’expansion territoriale et de guerre à outrance, mais justement l’écrivain Brissot, le banquier Clavière, le philosophe Condorcet et tous les principaux animateurs de la Société des Amis des Noirs et du mouvement abolitionniste ! Dès les premières sessions de l’ « Assemblée législative » qui fait suite à l’adoption, le 23 septembre 1791, de la première Constitution française, et malgré les opposition de Marat et de Robespierre, toute une partie des nouveaux députés se rallièrent ainsi au « parti de la guerre » dont Brissot était le principal porte-parole.

[ wiki : un accord préalable des grandes puissances, et l'Angleterre de Pitt était contre une guerre contre-révolutionnaire. Cependant, en France, la propagande de l'aile gauche des révolutionnaires (dont Brissot) faisait de la déclaration de Pillnitz une vraie déclaration de guerre, dans le désir de radicaliser la révolution moyennant une guerre extérieure...Brissot….Son rôle dans le déclenchement de la guerre contre l'Autriche et le débat politique qui en découla avec Robespierre eut des conséquences très importantes sur la lutte entre girondins et montagnards. …

Dans l'opinion, le courant favorable à la guerre gagne du terrain. À l'extrême gauche, un des premiers à réagir est Marat, dans son journal L'Ami du peuple du er décembre 1791. Il voit dans la guerre un piège pour les forces révolutionnaires. « Je tremble », écrit-il, « que l'Assemblée, hâtée par les jongleurs prostitués à la Cour, ne se prête elle-même à entraîner la nation dans l'abîme. ». Le journal de Louis-Marie Prudhomme, Les Révolutions de Paris, lui emboîte le pas dès le 3 décembre75. Le 5 décembre 1791, Billaud-Varennes s'exprime au club des Jacobins76,77.

Alors que Marat est contraint de suspendre la parution de l'Ami du Peuple le 15 décembre 1791, Billaud-Varennes, le journal Les Révolutions de Paris, puis Robespierre multiplient les interventions contre la guerre durant ce mois de décembre. Parmi les chefs montagnards, Robespierre devient l'opposant à la guerre le plus obstiné. Il combat avec persévérance, au sein des sociétés populaires, les idées de Brissot et des Girondins qui y rencontrent un certain écho, en tentant de démontrer que la guerre ne sera pas facile, que la victoire risque de donner à la Révolution des généraux aspirant à la dictature militaire et que les soldats français ne seront absolument pas reçus comme des libérateurs78. Il recommande de régler les problèmes intérieurs, avant de se lancer dans une guerre,... ]

 

Pour celui-ci, une fois la nouvelle Constitution entérinée, la suite logique de l’oeuvre révolutionnaire consistait à mener désormais « une croisade de liberté universelle », une véritable « guerre expiatoire, qui va renouveler la face du monde, et planter l’étendard de la liberté sur les palais des rois, sur le sérail des sultans, sur les châteaux des petits tyrans féodaux, sur les temples des papes et des muphtis ».

Si Brissot en fut le principal propagandiste, c’est en fait le banquier suisse Etienne Clavière, son comparse et mécène financier qui, dès octobre 1791, encouragea l’adoption de cette politique guerrière. Les « assignats », la monnaie-papier du nouveau Régime créé par celui-ci et par Talleyrand, connaissaient alors une forte dépréciation du fait de la spéculation internationale : « Les ennemis de la Révolution veulent avilir les assignats, et faire monter par ce moyen le prix de toute chose...Notre première opération de finance sera donc la guerre contre les princes coalisés ; à moins que leur coalition ne cesse de nous présenter des incertitudes alarmantes... » explique-t-il

Lui aussi très pragmatique, Condorcet notait en effet dans sa Chronique de Paris (11 janvier 1792) que « nous sommes en paix et notre commerce languit, notre change baisse tous les jours et nos assignats baissent de plus en plus...La confiance diminue, les mécontents se multiplient … Si les Français ne la décident pas (la guerre), l’état de désunion se prolongera, la perte des assignats augmentera, l’effervescence des esprits, qui eut été utilement dirigée contre l’ennemi commun et vers un grand but, se tournera contre nous-mêmes ».

Afin de s’attaquer à la noblesse contre-révolutionnaire réfugiée à ses frontières, l’Assemblée législative décide donc, à l’instigation de Brissot, d’envahir les territoires belges sous le contrôle du Roi d’Autriche, proclamant par décret le 15 novembre 1792, que désormais, la France accorderait « fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer la liberté, et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples, et défendre les citoyens qui auraient été vexés ou qui pourraient l’être pour la cause de la liberté ».

Dans les pays conquis, la féodalité, la noblesse , les privilèges et les autorités établies devaient être dissous et le peuple convoqué en assemblées, mais « les peuples chez lesquels les armées de la République ont porté la liberté n’ayant pas l’expérience nécessaire pour rétablir leur droits, il faut que nous nous déclarions pouvoir révolutionnaire, et que nous détruisions l’ancien régime qui les tenait asservis ».

les sacrifices consentis par la France révolutionnaire en vue de la « libération des peuples » n’étaient en effet pas tout à fait gratuits, puisque selon le même décret, « en offrant au peuple une partie de nos trésors pour l’aider à reconquérir sa liberté, nous lui offrirons notre monnaie révolutionnaire ; cette monnaie deviendra la sienne...dès lors nous augmenterons notre propre puissance, puisque nous aurons un moyen d’écoulement pour diminuer la masse des assignats circulant en France , et l’hypothèque que fourniront les biens mis sous la sauvegarde de la République, augmentera le crédit de ces mêmes assignats ». Outre la tutelle politique exercée par la France sur les peuples libérés, la « guerre contre les tyrans » devait ainsi aboutir à la construction d’un espace monétaire et économique totalement contrôlé par la nouvelle République, sorte de « zone franc CFA » avant la lettre…

Comme argumente alors l’un des plus ardents promoteurs de cette politique de conquête militaire, le richissime baron Anarcharsis Cloots : « Nous préviendrons les manœuvres des tyrans en saturant leurs provinces d’assignats incendiaires à l’aide de nos armées libératrices. C’est en liant la prospérité de nos voisins à celle de la France que nous propagerons notre doctrine avec la rapidité de l’éclair »… Pour ce défenseur du « système de la Nation unique », cette politique d’impérialisme économique ne posait évidemment aucun problème, la France étant, selon lui, vouée à devenir le fondement d’une « République universelle » et Paris, le nouveau « chef-lieu de l’univers».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Voir Jean-Louis Marçot, Roger Pasquier, Marcel Dorigny Bernard Gainot)

 

B1 <idéologie des polytechniciens ; Faidherbe etc jusqu’aux nucléocrates...)

Idéologie polytechnique issus de la révolution, saint Simon etcextrait wiki polytec 2018.11 :

Les missions de service public de l'École imprègnent les élèves d'un idéal républicain29. Ainsi lorsqu'en 1814 les troupes étrangères sont aux portes de Paris les polytechniciens tentent de défendre la barrière du Trône30. Après l'arrêt de la parution du journal saint-simonien Le Producteur en octobre 1826, les disciples de Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, parmi lesquels le polytechnicien Barthélemy Prosper Enfantin, donnent toute une série de conférences pendant deux ans, trouvant un écho très favorable à l'École polytechnique31. Ainsi, à partir des années 1830 de nombreux élèves de l'École polytechnique sont influencés par les idéologies saint-simonienne et positiviste12. L'influence du positivisme sur l'École conduit Friedrich Hayek à la décrire comme la source de l'orgueil scientiste et du socialisme moderne26. Cette critique est reprise par Wilhelm Röpke qui voit dans l'École le centre de diffusion d'un courant « mécanistique-positiviste » au « rationalisme effréné » voulant construire et organiser « l'économie, l'État et la société, suivant des lois prétendument scientifiques32. »

 

...Du Second Empire à l'entre-deux-guerres

Le Second Empire marque l'élévation sociale des polytechniciens. L'École cesse en effet progressivement d'être un laboratoire scientifique pour s'imposer comme un espace de production de la « noblesse d'État », tout en étendant son emprise sur la gestion des appareils industriels29. Certains auteurs, comme Terry Shinn et Bruno Belhoste, considèrent que l'École n'a pas contribué à l'industrialisation de la France pendant cette période et que les polytechniciens se sont contentés de tâches administratives dans les entreprises au lieu d'être des inventeurs et de promouvoir les nouvelles technologies35,36,37. François Crouzet estime néanmoins que ces critiques sont excessives et que les polytechniciens ont joué un rôle important dans le développement économique de la France au XIXe siècle38. L'École devient alors un lieu de conservatisme politique et social d'après Bruno Belhoste29, si bien que lors du soulèvement du 18 mars 1871, et à l'inverse des insurrections précédentes, l'École polytechnique ne se place pas du côté du peuple39. Après la défaite, l'École prépare la revanche militaire sur l'Allemagne40 et seuls quelques polytechniciens, comme Henri Poincaré et Henri Becquerel, portent le « flambeau de la science à l'École »41, si bien que Louis Pasteur attribue la défaite française aux carences de la science française qu'incarne à ses yeux l'École polytechnique et son éloignement de la recherche42.

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https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=AHRF_317_0014

B2/ La Société des Amis des Noirs (1788-1799). Contribution à l’histoire de l’abolition de l’esclavage

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